Hagards, incrédules, les Porto-Vecchiais ont découvert avec stupeur l’ampleur des dégâts ce vendredi, après deux jours de précipitations qui ont éventré des routes, détruit des ponts et inondé des maisons. Le soleil est revenu en milieu de matinée, mais les cœurs restaient bien sombres du fait de la nouvelle des décès de deux des leurs durant la nuit. Pour l’heure, l’urgence reste de mise, et les habitants font appel au système D et à la solidarité.

Victime de la crue du Stabiacciu, cette famille porto-vecchiaise a vidé son mobile-home pour faire sécher ce qui a été abîmé dans l'inondation.
Quand il s’est réveillé jeudi matin et qu’il a constaté que son terrain avait été englouti sous un mètre d’eau, Carl s’est dit que la deuxième lame était passée. La veille, ce Porto-Vecchiais s’est vu mourir. La nuit était tombée, comme la pluie. Au volant de sa Dacia, Carl venait de dépasser Ceccia en direction de Sotta quand l’eau d’une rivière s’est déversée devant lui sur la chaussée : « Les voitures avant moi sont passées sans problème, mais moi je me suis pris une vague et je me suis retrouvé emporté sur le bas-côté. C’est un tronc d’arbre qui m’a arrêté », raconte-t-il. Pris au piège par une crue soudaine, le Porto-Vecchiais décide de rester dans sa voiture et appelle un ami, qui prévient les pompiers. « Ils m’ont lancé une corde et c’est comme ça que je suis sorti », raconte, encore choqué, le miraculé, qui a pu ensuite regagner son domicile.
Carl, son épouse Christine, ainsi que leur neveu Eddy vivent dans des mobile-home, route de Sotta, et au petit matin, ils ont constaté que le Stabiacciu, tout proche, était sorti de son lit, pour se déverser chez eux. « Le matin, quand j’ai ouvert la porte, j’ai vu un lac », décrit Christine. Les pompiers, qu’elle a appelés, « sont arrivés très vite », salue la sexagénaire qui leur a indiqué que l’un de ses voisins, en mobile-home lui aussi, était handicapé et avait besoin d’aide. Au total, les secours ont évacué une quarantaine de personnes, toutes en mobile-home, dans cette zone habitée bien qu’inondable. « On a l’habitude que ça déborde, confie la Porto-Vecchiaise, mais ça ne dépasse généralement pas le fond du terrain. Là, on n’avait jamais vu ça. »
Réveil les pieds mouillés
Il est 6 heures du matin et Eddy, le neveu de Christine et Carl, venait de se lever pour partir travailler quand il s’est rendu compte que le sol de son mobile-home était mouillé. « J’ai tout de suite prévenu ma femme et on a mis à l’abri notre enfant d’un an qui dormait. » Leurs deux chiens, qui étaient dehors au moment de la crue, sont malheureusement décédés. Après avoir trouvé des solutions pour passer la nuit, la famille était de retour, vendredi matin, pour mesurer les dégâts, éponger au maximum et vider les mobile-homes de tous les équipements détériorés par la crue. « On se dit que ce n’est que du matériel », relativise Eddy, qui sait que deux Porto-Vecchiais ont perdu la vie pendant la nuit et que celle de son oncle n’avait tenu qu’à un fil la nuit précédente.
Réveil les pieds mouillés
Il est 6 heures du matin et Eddy, le neveu de Christine et Carl, venait de se lever pour partir travailler quand il s’est rendu compte que le sol de son mobile-home était mouillé. « J’ai tout de suite prévenu ma femme et on a mis à l’abri notre enfant d’un an qui dormait. » Leurs deux chiens, qui étaient dehors au moment de la crue, sont malheureusement décédés. Après avoir trouvé des solutions pour passer la nuit, la famille était de retour, vendredi matin, pour mesurer les dégâts, éponger au maximum et vider les mobile-homes de tous les équipements détériorés par la crue. « On se dit que ce n’est que du matériel », relativise Eddy, qui sait que deux Porto-Vecchiais ont perdu la vie pendant la nuit et que celle de son oncle n’avait tenu qu’à un fil la nuit précédente.
Au pont de Bala, un riverain regarde interloqué le terrain qui fait face à sa propriété, de l’autre côté de la chaussée. « Vous voyez le chêne au fond là-bas ? Eh bien en temps normal, on ne le voit pas. » La crue, provoquée cette fois par la rivière de Bala, a détruit toute une rangée d’arbres en bord de route, clairsemant le paysage : « De 3 h à 5 heures du matin, on a vu l’eau monter, de 2,30 mètres à 5 mètres. » Du pont de Bala, il ne restait plus en ce vendredi matin qu’un ouvrage ravagé par la crue, coupé en deux, des morceaux de béton dispersés ça et là dans la rivière. A deux pas, une voie privée distribue sur une dizaine de maisons individuelles, le long du cours d’eau. C’est ici que dans la nuit de mercredi à jeudi, les sapeurs-pompiers ont procédé à des évacuations, essentiellement dans la partie basse de la zone habitée. On croise Francescu à pied, deux valises à la main : « Je déménage. J’habite plus haut, je n’ai pas été inondé, mais je ne peux plus passer. On m’a prêté un appartement en ville. Je pourrai au moins me rendre sur mon lieu de travail lundi. » Car la petite route d’accès aux maisons en lisière de rivière a été emportée, rendant impossible tout passage en voiture. La végétation, sens dessus dessous, donne au lieu des airs de mangrove. De gros cailloux et des monticules de sable, charriés par la crue, trônent désormais aux entrées des propriétés, pour la plupart encore désertées par leurs propriétaires évacués la veille.

La rivière de Bala est sortie de son lit dans la nuit de mercredi à jeudi, inondant les maisons à proximité et détériorant fortement la voie d'accès.
"je suis complètement choquée"
C’est le cas de Marjorie. Cette Porto-Vecchiaise n’a qu’une envie : « Retourner chez moi. J’ai toute ma vie ici. » Mais tout juste sortie de la clinique où elle avait été transportée par les pompiers, Marjorie n’est pas encore en état de rentrer. Alors c’est un ami, Matthieu, qui s’est proposé d’aller voir l’étendue des dégâts. Il tente de la rassurer par téléphone, lui dit qu’il a retrouvé son chien et qu’« il va bien ». Âgée d’une soixantaine d’années, Marjorie a subi une opération lourde récemment : « Les pompiers m’avaient demandé de me mettre sur le toit, mais je ne pouvais pas. Finalement, j’ai été hélitreuillée. » A l’abri chez son fils, Marjorie confie aujourd’hui « avoir eu très peur. J’ai cette image en tête de l’eau qui s’approchait de la fenêtre… Je suis complètement choquée par ce qui s’est passé. » A proximité de ces maisons, la rivière forme un « S », et pourtant il n’y a aucun ouvrage pour prévenir de la survenance d’une crue. Ce qui met Marjorie en colère : « On ne comprend pas pourquoi on ne nous protège pas… ».
C’est le cas de Marjorie. Cette Porto-Vecchiaise n’a qu’une envie : « Retourner chez moi. J’ai toute ma vie ici. » Mais tout juste sortie de la clinique où elle avait été transportée par les pompiers, Marjorie n’est pas encore en état de rentrer. Alors c’est un ami, Matthieu, qui s’est proposé d’aller voir l’étendue des dégâts. Il tente de la rassurer par téléphone, lui dit qu’il a retrouvé son chien et qu’« il va bien ». Âgée d’une soixantaine d’années, Marjorie a subi une opération lourde récemment : « Les pompiers m’avaient demandé de me mettre sur le toit, mais je ne pouvais pas. Finalement, j’ai été hélitreuillée. » A l’abri chez son fils, Marjorie confie aujourd’hui « avoir eu très peur. J’ai cette image en tête de l’eau qui s’approchait de la fenêtre… Je suis complètement choquée par ce qui s’est passé. » A proximité de ces maisons, la rivière forme un « S », et pourtant il n’y a aucun ouvrage pour prévenir de la survenance d’une crue. Ce qui met Marjorie en colère : « On ne comprend pas pourquoi on ne nous protège pas… ».

Au pont d'Arca, les secours ont camouflé un trou béant sur le pont en utilisant les déchets charriés par le cours d'eau.
Un trou sur un pont
Pour l’heure, c’est l’urgence qui prédomine et au pied du pont de Bala (ou de ce qu’il en reste), une équipe de Kyrnolia s’affaire pour rétablir l’eau potable dans le quartier. Les inondations ont emporté une partie du pont, isolant les habitants de Bala et Murateddu, qui n’ont plus qu’une seule voie d’accès possible vers Porto-Vecchio (en passant par Sotta). Pour ces riverains habituellement situés à dix minutes du centre-ville, les trajets en voiture s’allongeront d’au moins vingt minutes dans les mois à venir et ce jusqu’à la réparation du pont. Du côté d’Arca-Pianedda, un autre cours d’eau est sorti de son lit, charriant nombre de débris en bord de route. Mais le pont a tenu et permettait, encore ce vendredi, de relier ce hameau porto-vecchiais au centre-ville. Cela dit, jusqu’à quand ? Le passage, autorisé, reste néanmoins dangereux, car un trou béant s’est formé sur le pont, que les secours ont bouché à la hâte avec une palette de bois, disposant deux chaises dessus pour forcer les automobilistes à se déporter. Derrière le pont de la route d’Arca, des bouts de chaussée manquants ont été comblés ce vendredi matin par la réactive entreprise de travaux publics Valli. Sur la route de l’Ospedale, le bitume s’est affaissé également, dans le village de Palavesa, rendant son accès des plus compliqués.
« On fera face à tous les dégâts de voirie », promettait jeudi soir le maire de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini. Mais pour l’heure, il s’agit de panser les plaies et de parer au plus pressé, dans la débrouille et l’entraide. Car la vie continue : cette lapalissade, un groupe d’enfants est venu nous la rappeler. Sur une route en ligne droite, gorgée d’eau, on les a vus sortir un skimboard, s’offrant une session de glisse sur bitume improbable, mais ô combien réconfortante.
Pour l’heure, c’est l’urgence qui prédomine et au pied du pont de Bala (ou de ce qu’il en reste), une équipe de Kyrnolia s’affaire pour rétablir l’eau potable dans le quartier. Les inondations ont emporté une partie du pont, isolant les habitants de Bala et Murateddu, qui n’ont plus qu’une seule voie d’accès possible vers Porto-Vecchio (en passant par Sotta). Pour ces riverains habituellement situés à dix minutes du centre-ville, les trajets en voiture s’allongeront d’au moins vingt minutes dans les mois à venir et ce jusqu’à la réparation du pont. Du côté d’Arca-Pianedda, un autre cours d’eau est sorti de son lit, charriant nombre de débris en bord de route. Mais le pont a tenu et permettait, encore ce vendredi, de relier ce hameau porto-vecchiais au centre-ville. Cela dit, jusqu’à quand ? Le passage, autorisé, reste néanmoins dangereux, car un trou béant s’est formé sur le pont, que les secours ont bouché à la hâte avec une palette de bois, disposant deux chaises dessus pour forcer les automobilistes à se déporter. Derrière le pont de la route d’Arca, des bouts de chaussée manquants ont été comblés ce vendredi matin par la réactive entreprise de travaux publics Valli. Sur la route de l’Ospedale, le bitume s’est affaissé également, dans le village de Palavesa, rendant son accès des plus compliqués.
« On fera face à tous les dégâts de voirie », promettait jeudi soir le maire de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini. Mais pour l’heure, il s’agit de panser les plaies et de parer au plus pressé, dans la débrouille et l’entraide. Car la vie continue : cette lapalissade, un groupe d’enfants est venu nous la rappeler. Sur une route en ligne droite, gorgée d’eau, on les a vus sortir un skimboard, s’offrant une session de glisse sur bitume improbable, mais ô combien réconfortante.

