Le portugais fait son entrée dans des écoles de Corse-du-Sud

Written on 11/03/2026
MP

Depuis septembre, le portugais est devenu la cinquième langue étrangère enseignée dans le premier degré en Corse-du-Sud. Pour marquer le lancement de ce nouvel enseignement, la rectrice de l’académie de Corse, Nathalie Mons, et l’ambassadeur du Portugal en France, Francisco Ribeiro de Menezes, se sont rendus ce mardi au collège du Stilettu, à Ajaccio, où ils ont assisté à un atelier linguistique avec les élèves. Une initiative qui rencontre déjà un certain succès, avec 220 élèves qui apprennent désormais le portugais dans l'île.

Le portugais fait son entrée dans des écoles de Corse-du-Sud

(Photos : Paule Santoni)

Une nouvelle langue a fait son entrée dans les établissements scolaires de Corse-du-Sud en septembre dernier. Depuis cette rentrée scolaire, le portugais est en effet désormais proposé aux élèves de plusieurs écoles primaires du département, mais aussi sous forme d’ateliers au collège du Stilettu, à Ajaccio. Une nouveauté que la rectrice de l’académie de Corse, Nathalie Mons, a souhaité mettre en lumière ce mardi, à l’occasion de la visite officielle de Francisco Ribeiro de Menezes, ambassadeur du Portugal en France. Accompagnés du principal de l’établissement, Laurent Bourgaut, ils ont notamment pu assister à un atelier de portugais et échanger avec les collégiens sur leurs motivations à apprendre cette nouvelle langue, avant de poursuivre leur visite à l'école primaire de Mezzavia.
 
« Nous sommes très heureux d’ouvrir une cinquième langue à l’enseignement », s’est réjoui Nathalie Mons. « L’idée, c’est vraiment d’être sur une ouverture de nos jeunes au plurilinguisme. Le portugais est une langue largement parlée dans le monde, mais qui est aussi parlée par une communauté importante en Corse ». Un enseignement qui répond ainsi à des attentes diverses chez les élèves. « Certains de nos élèves qui sont issus de la communauté portugaise ont choisi de participer à cet atelier pour pouvoir mieux parler avec leurs parents ou leurs cousins quand ils retournent au Portugal. D’autres sont vraiment là par curiosité, pour s’enrichir et partager une nouvelle langue », détaille la rectrice.
 
Pour cette première année d’expérimentation, trois écoles primaires, à Mezzavia, Alata-Trova et Bastelicaccia, proposent une sensibilisation au portugais directement intégrée à l’emploi du temps scolaire. Quatre autres établissements accueillent également des cours en dehors du temps scolaire. Au collège du Stilettu, l’apprentissage prend pour l’heure la forme d’un atelier, assuré grâce à une coopération avec le Portugal. « Nous avons une enseignante de langue portugaise qui va intervenir à la fois dans nos écoles primaires et au collège du Stilettu et nous complétons du côté de l’Éducation nationale avec un enseignant d’espagnol », précise Nathalie Mons.
 
Et le succès semble déjà au rendez-vous. Alors que l'académie souhaitait dans un premier temps expérimenter cet enseignement, l'intérêt manifesté par les familles et les élèves a dépassé les attentes. « Nous avons été heureux de voir qu’il y avait beaucoup de demandes, beaucoup plus que ce que nous avions pu envisager », se réjouit la rectrice. De quoi envisager désormais la suite, avec la volonté de développer progressivement une véritable filière linguistique permettant aux élèves de poursuivre cet apprentissage au-delà des premiers ateliers. L'enjeu est notamment de construire des parcours cohérents, de l'école primaire jusqu'au lycée, afin de favoriser la découverte des langues dès le plus jeune âge. « Dans les petites classes, ce qui est important, c’est de pouvoir immerger les élèves dans un bain de langues. L’idée, c’est qu’on puisse découvrir des structures de langues différentes, des sons différents et nous savons que plus on commence tôt le bilinguisme, plus nos élèves auront de capacités à apprendre d’autres langues », explique Nathalie Mons. Une démarche dans laquelle le corse conserve toute sa place. « Plus on apprend de langues, plus on est en capacité d’en apprendre. Cette ouverture plurilingue est pour nous très importante. Elle comprend le corse, mais aussi d’autres langues. Parler le corse, c’est aussi pouvoir s’ouvrir à d’autres langues, notamment toutes les langues latines », insiste-t-elle.
 
Une proximité linguistique également mise en avant par l’ambassadeur du Portugal en France, qui s’est félicité de l’engouement suscité par cette première expérimentation. « Je suis très fier car je vois de très jeunes élèves qui veulent apprendre le portugais pour plusieurs raisons, que ce soit des raisons familiales ou de la curiosité. C’est très bien de voir que cette demande a abouti à quelque chose qui marche très bien », confie Francisco Ribeiro de Menezes en se félicitant : « Nous sommes déjà à 220 élèves qui apprennent le portugais en Corse pour cette première année d’expérience ».
 
Pour le diplomate, l'intérêt de cet apprentissage dépasse d'ailleurs largement les frontières du Portugal. « Le portugais est parlé par environ 300 millions de personnes dans le monde. C’est la langue la plus parlée dans l’hémisphère sud. En apprenant le portugais, on peut travailler sur tous les continents. C’est un atout extraordinaire pour l’avenir des enfants », estime-t-il, avant de souligner que les racines communes des langues latines constituent également un facteur de rapprochement. « Les liens et la proximité entre langues latines ouvrent, je crois, un espace énorme et très naturel de partenariat et d’entente ».
 
Au collège du Stilettu, cette nouvelle offre vient en tout cas renforcer une politique déjà largement tournée vers l'apprentissage des langues. L'établissement, que la rectrice présente comme « collège phare en matière de langues étrangères », mise en effet sur la diversité linguistique pour favoriser les échanges entre les élèves. « L’objectif, c’est avant tout de vivre ensemble. Ce vivre ensemble peut s’incarner à travers le fait de se comprendre et de se parler », explique Laurent Bourgaut, principal du collège. « C’est la raison pour laquelle on a misé sur le portugais, mais aussi sur l’italien, l’espagnol, le corse et aussi un petit peu sur le latin ». Pour lui, l'intérêt de cette démarche ne se limite d'ailleurs pas à la maîtrise d'une langue supplémentaire. « Ce qui me semble primordial, c’est que les élèves puissent établir des passerelles en termes linguistiques, mais aussi en termes culturels et humains », souligne-t-il.
 
Reste désormais à donner une suite à cette première expérimentation. L'académie souhaite notamment faire évoluer les ateliers actuels vers une filière plus structurée, tandis que le collège du Stilettu travaille également sur des partenariats internationaux et un projet d'accréditation Erasmus+. Autant de perspectives qui pourraient permettre aux élèves de prolonger leur découverte des langues au fil de leur scolarité.