Ajaccio - Aux Sanguinaires, des bénévoles s’attaquent aux griffes de sorcière sur l’île de Mezu Mare

Written on 11/02/2026
La rédaction

Vendredi dernier, ils étaient plus d’une cinquantaine à avoir embarqué direction l’île de Mezu Mare pour participer à une grande journée écocitoyenne organisée par le Syndicat mixte du Grand Site des Îles Sanguinaires et de la pointe de la Parata. En quelques heures, les bénévoles ont arraché quelque 3 500 m² de griffes de sorcière, une plante invasive qui menace la flore de l’île.

(Photos : Syndicat mixte du Grand Site des Iles Sanguinaires et de la pointe de la Parata)

Gants aux mains, ils ont passé une partie de la journée à débarrasser Mezu Mare de ses griffes de sorcière. Vendredi dernier, 56 bénévoles ont répondu à l’appel lancé par le Syndicat mixte du Grand Site des Îles Sanguinaires et de la pointe de la Parata pour participer à une vaste opération d’arrachage manuel de cette plante invasive. Acheminés par navette maritime depuis le port Tino Rossi, ils ont ainsi permis de retirer environ 3 500 m² de tapis en quelques heures.
 
Une opération loin d’être seulement esthétique. Le Carpobrotus edulis, plus connu sous le nom de griffe de sorcière, est en effet une plante originaire d’Afrique du Sud, initialement introduite comme plante ornementale pour ses fleurs et sa capacité à fixer les talus. Mais sur les littoraux méditerranéens, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des espèces exotiques envahissantes les plus problématiques. « Elle forme des tapis denses et continus qui étouffent la végétation indigène », explique ainsi le Syndicat mixte, qui souligne qu’elle « appauvrit la diversité floristique et modifie les sols » et « empêche la germination et l’installation des espèces locales, dont plusieurs sont patrimoniales ».
 

Le problème est particulièrement important sur Mezu Mare. En 2022, les tapis de griffes de sorcière couvraient en effet 2,7 hectares sur les 37 hectares que compte l’île. Or, cette dernière abrite une biodiversité particulièrement fragile. Pas moins de 285 taxons de plantes vasculaires y ont été recensés par le Conservatoire botanique national de Corse, parmi lesquels plusieurs espèces patrimoniales comme la Nananthée de Corse, l’Iris fétide, l’Arum mange-mouche, la Matthiole à trois pointes ou encore l’Évax de Corse.

Depuis plusieurs années, le Syndicat mixte tente donc de limiter la progression de ces espèces invasives sur le Grand Site. Une première opération d’ampleur avait notamment été menée en 2022 et 2023 sur la partie terrestre de la pointe de la Parata. « Le Syndicat a souhaité poursuivre cette dynamique, qui a porté ses fruits, en engageant des opérations d’arrachage manuel du Carpobrotus edulis sur l’île principale de l’archipel des Îles Sanguinaires », indique ce dernier. Dans les secteurs les plus difficiles d’accès, l’intervention est réalisée par des cordistes, tandis que les zones planes peuvent faire l’objet d’opérations avec des bénévoles comme celle organisée ce vendredi. ​

Au-delà de l’élimination des griffes de sorcière, l’objectif est de permettre progressivement à la flore locale de reprendre ses droits. Les secteurs traités feront ainsi l’objet d’un suivi écologique avec le Conservatoire botanique national de Corse afin « d’évaluer le retour de la végétation native et détecter d’éventuelles repousses ».
 

Plus loin, l’opération doit aussi participer à un autre chantier environnemental mené sur l’archipel : la lutte contre le rat noir. Les rongeurs consomment en effet les fruits des griffes de sorcière et participent ainsi à la dispersion de leurs graines. La suppression de la plante doit donc à la fois « priver les rats d’une ressource alimentaire » et améliorer l’efficacité de l’opération de dératisation.
 
Aux côtés des 56 bénévoles, plusieurs partenaires ont participé à cette journée, parmi lesquels le Conservatoire botanique national de Corse, chargé du suivi scientifique, la DREAL de Corse, RecyclaCorse, Urban Sketchers Ajaccio, Orange Corse ou encore l’UNSS Corse. Une mobilisation destinée à poursuivre, mètre carré après mètre carré, la reconquête écologique de l’île de Mezu Mare.