Roccu Garoby a été élu président de la fédération Régions et Peuples solidaires (R&PS) lors du congrès organisé en Alsace à Colmar, fin octobre, succédant ainsi à l’ex-député européen, François Alfonsi. Militant du Partitu di a Nazione Corsa (PNC) et membre du Cunsigliu Naziunali, il est aussi Secrétaire général du groupe parlementaire ALE (Alliance Libre européenne) au Parlement européen. Entouré d’un bureau de cinq personnes issues des territoires français, membres de R&PS, il entend redonner un nouveau souffle à cette fédération pour mieux porter les idées régionalistes et préparer les prochaines échéances électorales.
- Quel est votre sentiment après votre élection à la présidence de R&PS ?
- J’ai été flatté et surpris que des amis alsaciens, basques, bretons, corses aient pensé à moi pour la présidence de Régions et Peuples solidaires. J’ai réfléchi longuement parce que cela va compliquer les choses d’un point de vue personnel, familial et politique. Je ne voulais pas que ce soit uniquement personnel, mais que ce soit un projet collectif avec une équipe pour transformer un peu la fédération qui, à mon avis, est un outil sous-exploité et qui a un potentiel immense. C’est un peu l’objectif que nous avons collectivement : continuer à grandir. La fédération est née il y a 32 ans avec le mandat de Max Simeoni. Elle a grandi pendant des décennies, y compris sous le mandat de Francois Alfonsi, mon prédécesseur. Le but aujourd’hui est de continuer à l’agrandir encore, et qu’elle devienne un des éléments incontournables de la vie politique hexagonale.
- Quel est ce nouveau souffle que vous voulez insuffler ?
- La première chose qui est importante pour nous, c’est d’assumer que, malheureusement dans un système jacobin français, la présence dans les milieux médiatiques français et parisiens est nécessaire. Dans nos territoires, ce sont nos partis membres qui s’en occupent. En Corse, le PNC ou Femu a Corsica. En Alsace, Unser Land. En Bretagne, l’Union démocratique bretonne. Ils ont tous des contacts avec les médias locaux. La fédération doit être présente, visible, pour être une caisse de résonance des partis membres dans les médias parisiens et faire le lien entre différents territoires. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas été suffisamment performants, donc la marge de progression est importante. Par exemple, l’élection du nouveau bureau, composé d’un Alsacien, d’une Bretonne, d’un Basque, d’un Occitan et de moi, a eu lieu dimanche à Colmar lors de notre congrès en Alsace. Lundi, nous étions à Paris pour soutenir le sénateur de R&PS, membre de Femu A Corsica, Paulu Santu Parigi, lors du vote sur l’autonomie de la Corse au Sénat avec malheureusement le résultat que l’on connaît et que l’on regrette tous. Nous avons rencontré d’autres parlementaires pour continuer à partager les éléments, que ce soit sur la Corse ou sur d’autres territoires.
- Quelle est la représentation aujourd’hui de R&PS dans le monde politique français ?
- R&PS regroupe 12 partis politiques : des Corses, des Basques, des Bretons, des Occitans, des Savoyards, des Catalans, des Alsaciens, des Mosellans, y compris un parti qui représente le peuple amazigh. Nous avons vocation à nous élargir puisque pendant notre congrès à Colmar, nous avons eu des rencontres très intéressantes avec des Kanaks, des Flamands, des Francs-comtois et des partis politiques qui souhaitent nous rejoindre ou coopérer avec nous de façon plus approfondie. Nous avons aussi cinq parlementaires : trois Corses avec Paul-André Colombani, Michel Castellani et Paulu Santu Parigi, un Breton Paul Molac et un Basque Peio Dufau. Nous avons vocation, dès l’année prochaine aux élections législatives, à continuer à progresser, parce que nous avons bien vu la différence quand nous n’avions pas de parlementaire avant 2012 et quand Paul Molac a été élu pour la première fois, également quand il n’y avait pas de parlementaires corses avant 2017. Ce n’est pas encore suffisant, vu le vote du Sénat ! Il y a encore du travail à faire. Malheureusement le Sénat n’a pas été capable de tenir compte du vote démocratique des Corses.
- Cela veut-il dire que vous présenterez plus de candidats ?
- Nous avons toujours présenté plus d’une cinquantaine de candidats en France, notamment dans nos territoires. La stratégie définitive pour l’année prochaine n’est pas encore adoptée parce qu’elle est en cours de discussion dans la fédération. L’idée est, à la fois, de continuer à mailler et d’être présent dans le maximum de territoires, et aussi d’avoir plus de parlementaires à Paris pour réussir à débloquer le système jacobin. Même si on sait très bien qu’avoir des élus dans nos territoires, dans les différents conseils régionaux ou les collectivités territoriales, c’est fondamental pour faire remonter les souhaits populaires et démocratiques de nos peuples.
- Votre influence dans les territoires et la population tend-t-elle à s’étendre ?
- Oui ! Ça a été confirmé par un excellent sondage que nous avons commandé à l’IFOP et qui a été présenté lors de notre congrès. Il montre que sur toutes nos thématiques, que ce soit le fédéralisme, l’autonomie de la Corse, le pouvoir législatif, le transfert de compétences aux régions, l’enseignement des langues dites régionales et minoritaires, ou même le statut de résident…, toutes ces revendications sont ultra-majoritaires, quasi-consensuelles dans tous nos territoires, mais aussi, et c’est désormais l’élément important, elles sont consensuelles dans l’espace français. En moyenne, les Français sont moins convaincus que les Corses, les Bretons, les Catalans… pris séparément, mais il y a une majorité absolue de Français qui y est désormais favorable. Ce soutien populaire est extrêmement positif. On sent qu’il y a un rejet du parisianisme, du centralisme, du jacobinisme et de sa version la plus verticale lors de cette décennie macroniste, une vraie volonté de réaliser à travers les territoires, de partir des identités, des normes, des cultures, des traditions. En réalité, il ne reste plus que le cœur de la Haute administration française et le Sénat qui sont figés dans leur archaïsme jacobin, alors que partout ailleurs, ça a bougé. Le gouvernement a bougé, l’Assemblée nationale a bougé. En même temps, ceux, qui aujourd’hui jouent sur le rejet du système, ne sont pas nos partenaires, ni nos amis. Je pense à l’Extrême droite et d’une certaine façon à la France Insoumise. Quand on parle de langue, de territoire, ce ne sont pas eux qui font en sorte que ces revendications soient défendues, protégées et mises en avant à Paris. Ces choix populaires et démocratiques doivent avoir une expression politique. Nous essayons d’être cette expression politique dans les différents territoires avec nos partis membres. Nous pensons que nos partis membres sont les meilleurs vecteurs pour porter ce message-là dans nos territoires et à Paris.
- Comment expliquez-vous cette peur que l’autonomie de la Corse inspire à Paris et ce rejet total d’une Chambre issue des territoires ?
- Il y a plusieurs éléments. Le premier est l’échéance présidentielle qui s’approche et donc une dimension électoraliste que l’on ne peut pas nier. On a bien vu Bruno Retailleau, le chef des LR, se cachant derrière le sénateur de Corse du Sud, Jean-Jacques Panunzi, verrouiller tout le débat et une partie des votes sur une position archaïque, ultra-conservatrice et ultra-jacobine. C’est grave de jouer avec les élections et la démocratie ! Le deuxième élément est assez paradoxal : la Chambre des territoires est finalement la plus conservatrice sur les demandes territoriales. Il y a continuellement à Paris, notamment au Sénat, cette vision qui consiste à dire : ce qui n’est pas pour tout le monde, n’est pour personne. C’est un leurre ! C’est remarquable que ce soit la ministre, et Dieu sait si, à R&PS, nous ne sommes pas macronistes, qui a fait remarquer que lorsqu’il y a un texte de loi pour toutes les régions, personne ne s’en empare. Et quand il y a un projet de loi pour un territoire, il y a un tir de barrage contre. Ce n’est pas possible que la Chambre des territoires représente aussi peu les territoires ! Le troisième élément, c’est qu’il reste dans la Haute administration française un archaïsme jacobin qui veut qu’on ne reconnaisse pas une situation différente et qu’on ne veut pas la traiter différemment. Alors que la France est diverse. Il y a le concordat en Alsace-Moselle, Paris est une ville et un département en même temps, les agglomérations de Lyon et de Marseille ont un statut particulier, la Corse a un statut particulier, je ne rentre même pas dans le cas des DOM-TOM où la Polynésie a un statut encore plus particulier, la Kanaky a organisé des référendums… L’uniformité n’existe pas en France. Mais il y a cet archaïsme qui ne veut pas créer un statut supplémentaire. On nous oppose toujours l’esprit de la Constitution, mais la réalité, c’est de partir des territoires, ce n’est pas à nous de nous adapter à la Constitution française, c'est à la Constitution française de s'adapter à la réalité, politique et démocratique, des territoires.
- Comment les autres membres de R&PS ont-ils réagi à la séquence du Sénat ?
- Tous nos partis membres dans leur territoire respectif sont favorables à plus d’autonomie, à un transfert du pouvoir législatif, à la possibilité d’enseigner nos langues dans nos écoles. Ces revendications de base sont partagées par tous. Même si tous ne sont pas au même niveau de la revendication démocratique parce qu’on n’a pas forcément les mêmes résultats électoraux, nous sommes tous sur le même chemin de l’autodétermination. Nos membres ont trouvé le vote du Sénat, à la fois, effrayant et choquant. Effrayant parce que quand un peuple vote pendant dix ans à chaque élection territoriale, législative, municipale pour des partis politiques qui soutiennent l’autonomie, il n’y a pas de débouché politique possible parce qu’il y a un verrou. Choquant parce que ça rappelle la fermeture de l’État français et d’autres souvenirs ailleurs en Europe, pas forcément sur le même sujet, ni avec les mêmes conséquences, mais on se rend compte que ce fond de jacobinisme est toujours présent et qu’il faut continuer à le combattre. Il y a donc eu un immense élan de solidarité vis-à-vis des Corses et des élus corses, et c’est plutôt positif. Le combat, ce n’est plus du tout la Corse contre la France, c’est finalement l’ensemble des Corses et des Français contre la Haute administration française et désormais le Sénat. Nous devons trouver les chemins démocratiques pour donner un avenir à la Corse. Sinon, quelle est l’alternative ? Elle ne peut pas être bonne ! Nous devons le faire comprendre à Paris, le plus rapidement possible.
- Au vu de l’actualité, de la campagne présidentielle et du timing serré, cela semble compromis ?
- Je ne dis pas que le chemin est facile. Ça se saurait ! Ça fait 50 ans qu’en Corse on se bat pour l’autonomie, dix ans que les Corses le disent dans les urnes. Si c’était facile, ce serait déjà fait ! Mais si je prends d’autres exemples dans le passé. La situation de la Nouvelle Calédonie dans les années 80 n’était pas facile non plus. Michel Rocard n’avait pas de majorité à l’Assemblée nationale, pas de majorité au Congrès, mais il a su trouver le chemin. De la même façon, on nous disait qu’il était impossible en 2015 quand nous avons gagné la première fois les élections territoriales, et pourtant quelques années après, la question de l’autonomie est arrivée sur la table. En politique, il ne faut jamais dire jamais ! Au risque de devoir relancer des situations que personne ne veut. Il faut trouver des solutions concrètes pour des problèmes concrets. Aujourd’hui, il y a des problèmes concrets, le système actuel ne fonctionne pas. Les propositions défendues par Les Républicains ne fonctionnent pas parce qu’elles ont déjà été utilisées, ce sont des leurres. Des choix ont été faits par les électeurs corses, des compromis ont été faits par les élus corses et des compromis sur le compromis ont été fait au Palais Bourbon. Désormais, il est temps de trouver une solution et un débouché politique.
- Quelle sera votre priorité en tant que président de R&PS ?
- Notre vocation, comme je l’ai dit, est d’être à la caisse de résonance de nos partis membres dans leur propre territoire et de faire remonter nos revendications dans l’espace médiatique français. Nous sommes en train de discuter pour savoir comment nous allons essayer de peser dans le débat présidentiel pour que nos revendications soient entendues. Nous ne souhaitons pas élire un président de la République qui soit encore plus jacobin que l’actuel. Le défi est compliqué. Très probablement, il y aura ensuite en juin des législatives, et notre but est d’avoir encore plus de parlementaires pour faire entendre la voix des territoires, la diversité, faire respecter nos droits. Nous avons le droit d’apprendre notre langue et de vivre au pays. Pour cela, les six prochains mois seront fondamentaux. Enfin, on n’oublie pas qu’en 2028, il y aura aussi des élections départementales, régionales et territoriales. C’est très important pour nos partis, soit de continuer à gouverner nos territoires respectifs, soit d’intégrer des majorités pour peser au maximum et faire avancer nos idées et nos projets.
Propos recueillis par Nicole MARI.
- J’ai été flatté et surpris que des amis alsaciens, basques, bretons, corses aient pensé à moi pour la présidence de Régions et Peuples solidaires. J’ai réfléchi longuement parce que cela va compliquer les choses d’un point de vue personnel, familial et politique. Je ne voulais pas que ce soit uniquement personnel, mais que ce soit un projet collectif avec une équipe pour transformer un peu la fédération qui, à mon avis, est un outil sous-exploité et qui a un potentiel immense. C’est un peu l’objectif que nous avons collectivement : continuer à grandir. La fédération est née il y a 32 ans avec le mandat de Max Simeoni. Elle a grandi pendant des décennies, y compris sous le mandat de Francois Alfonsi, mon prédécesseur. Le but aujourd’hui est de continuer à l’agrandir encore, et qu’elle devienne un des éléments incontournables de la vie politique hexagonale.
- Quel est ce nouveau souffle que vous voulez insuffler ?
- La première chose qui est importante pour nous, c’est d’assumer que, malheureusement dans un système jacobin français, la présence dans les milieux médiatiques français et parisiens est nécessaire. Dans nos territoires, ce sont nos partis membres qui s’en occupent. En Corse, le PNC ou Femu a Corsica. En Alsace, Unser Land. En Bretagne, l’Union démocratique bretonne. Ils ont tous des contacts avec les médias locaux. La fédération doit être présente, visible, pour être une caisse de résonance des partis membres dans les médias parisiens et faire le lien entre différents territoires. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas été suffisamment performants, donc la marge de progression est importante. Par exemple, l’élection du nouveau bureau, composé d’un Alsacien, d’une Bretonne, d’un Basque, d’un Occitan et de moi, a eu lieu dimanche à Colmar lors de notre congrès en Alsace. Lundi, nous étions à Paris pour soutenir le sénateur de R&PS, membre de Femu A Corsica, Paulu Santu Parigi, lors du vote sur l’autonomie de la Corse au Sénat avec malheureusement le résultat que l’on connaît et que l’on regrette tous. Nous avons rencontré d’autres parlementaires pour continuer à partager les éléments, que ce soit sur la Corse ou sur d’autres territoires.
- Quelle est la représentation aujourd’hui de R&PS dans le monde politique français ?
- R&PS regroupe 12 partis politiques : des Corses, des Basques, des Bretons, des Occitans, des Savoyards, des Catalans, des Alsaciens, des Mosellans, y compris un parti qui représente le peuple amazigh. Nous avons vocation à nous élargir puisque pendant notre congrès à Colmar, nous avons eu des rencontres très intéressantes avec des Kanaks, des Flamands, des Francs-comtois et des partis politiques qui souhaitent nous rejoindre ou coopérer avec nous de façon plus approfondie. Nous avons aussi cinq parlementaires : trois Corses avec Paul-André Colombani, Michel Castellani et Paulu Santu Parigi, un Breton Paul Molac et un Basque Peio Dufau. Nous avons vocation, dès l’année prochaine aux élections législatives, à continuer à progresser, parce que nous avons bien vu la différence quand nous n’avions pas de parlementaire avant 2012 et quand Paul Molac a été élu pour la première fois, également quand il n’y avait pas de parlementaires corses avant 2017. Ce n’est pas encore suffisant, vu le vote du Sénat ! Il y a encore du travail à faire. Malheureusement le Sénat n’a pas été capable de tenir compte du vote démocratique des Corses.
- Cela veut-il dire que vous présenterez plus de candidats ?
- Nous avons toujours présenté plus d’une cinquantaine de candidats en France, notamment dans nos territoires. La stratégie définitive pour l’année prochaine n’est pas encore adoptée parce qu’elle est en cours de discussion dans la fédération. L’idée est, à la fois, de continuer à mailler et d’être présent dans le maximum de territoires, et aussi d’avoir plus de parlementaires à Paris pour réussir à débloquer le système jacobin. Même si on sait très bien qu’avoir des élus dans nos territoires, dans les différents conseils régionaux ou les collectivités territoriales, c’est fondamental pour faire remonter les souhaits populaires et démocratiques de nos peuples.
- Votre influence dans les territoires et la population tend-t-elle à s’étendre ?
- Oui ! Ça a été confirmé par un excellent sondage que nous avons commandé à l’IFOP et qui a été présenté lors de notre congrès. Il montre que sur toutes nos thématiques, que ce soit le fédéralisme, l’autonomie de la Corse, le pouvoir législatif, le transfert de compétences aux régions, l’enseignement des langues dites régionales et minoritaires, ou même le statut de résident…, toutes ces revendications sont ultra-majoritaires, quasi-consensuelles dans tous nos territoires, mais aussi, et c’est désormais l’élément important, elles sont consensuelles dans l’espace français. En moyenne, les Français sont moins convaincus que les Corses, les Bretons, les Catalans… pris séparément, mais il y a une majorité absolue de Français qui y est désormais favorable. Ce soutien populaire est extrêmement positif. On sent qu’il y a un rejet du parisianisme, du centralisme, du jacobinisme et de sa version la plus verticale lors de cette décennie macroniste, une vraie volonté de réaliser à travers les territoires, de partir des identités, des normes, des cultures, des traditions. En réalité, il ne reste plus que le cœur de la Haute administration française et le Sénat qui sont figés dans leur archaïsme jacobin, alors que partout ailleurs, ça a bougé. Le gouvernement a bougé, l’Assemblée nationale a bougé. En même temps, ceux, qui aujourd’hui jouent sur le rejet du système, ne sont pas nos partenaires, ni nos amis. Je pense à l’Extrême droite et d’une certaine façon à la France Insoumise. Quand on parle de langue, de territoire, ce ne sont pas eux qui font en sorte que ces revendications soient défendues, protégées et mises en avant à Paris. Ces choix populaires et démocratiques doivent avoir une expression politique. Nous essayons d’être cette expression politique dans les différents territoires avec nos partis membres. Nous pensons que nos partis membres sont les meilleurs vecteurs pour porter ce message-là dans nos territoires et à Paris.
- Comment expliquez-vous cette peur que l’autonomie de la Corse inspire à Paris et ce rejet total d’une Chambre issue des territoires ?
- Il y a plusieurs éléments. Le premier est l’échéance présidentielle qui s’approche et donc une dimension électoraliste que l’on ne peut pas nier. On a bien vu Bruno Retailleau, le chef des LR, se cachant derrière le sénateur de Corse du Sud, Jean-Jacques Panunzi, verrouiller tout le débat et une partie des votes sur une position archaïque, ultra-conservatrice et ultra-jacobine. C’est grave de jouer avec les élections et la démocratie ! Le deuxième élément est assez paradoxal : la Chambre des territoires est finalement la plus conservatrice sur les demandes territoriales. Il y a continuellement à Paris, notamment au Sénat, cette vision qui consiste à dire : ce qui n’est pas pour tout le monde, n’est pour personne. C’est un leurre ! C’est remarquable que ce soit la ministre, et Dieu sait si, à R&PS, nous ne sommes pas macronistes, qui a fait remarquer que lorsqu’il y a un texte de loi pour toutes les régions, personne ne s’en empare. Et quand il y a un projet de loi pour un territoire, il y a un tir de barrage contre. Ce n’est pas possible que la Chambre des territoires représente aussi peu les territoires ! Le troisième élément, c’est qu’il reste dans la Haute administration française un archaïsme jacobin qui veut qu’on ne reconnaisse pas une situation différente et qu’on ne veut pas la traiter différemment. Alors que la France est diverse. Il y a le concordat en Alsace-Moselle, Paris est une ville et un département en même temps, les agglomérations de Lyon et de Marseille ont un statut particulier, la Corse a un statut particulier, je ne rentre même pas dans le cas des DOM-TOM où la Polynésie a un statut encore plus particulier, la Kanaky a organisé des référendums… L’uniformité n’existe pas en France. Mais il y a cet archaïsme qui ne veut pas créer un statut supplémentaire. On nous oppose toujours l’esprit de la Constitution, mais la réalité, c’est de partir des territoires, ce n’est pas à nous de nous adapter à la Constitution française, c'est à la Constitution française de s'adapter à la réalité, politique et démocratique, des territoires.
- Comment les autres membres de R&PS ont-ils réagi à la séquence du Sénat ?
- Tous nos partis membres dans leur territoire respectif sont favorables à plus d’autonomie, à un transfert du pouvoir législatif, à la possibilité d’enseigner nos langues dans nos écoles. Ces revendications de base sont partagées par tous. Même si tous ne sont pas au même niveau de la revendication démocratique parce qu’on n’a pas forcément les mêmes résultats électoraux, nous sommes tous sur le même chemin de l’autodétermination. Nos membres ont trouvé le vote du Sénat, à la fois, effrayant et choquant. Effrayant parce que quand un peuple vote pendant dix ans à chaque élection territoriale, législative, municipale pour des partis politiques qui soutiennent l’autonomie, il n’y a pas de débouché politique possible parce qu’il y a un verrou. Choquant parce que ça rappelle la fermeture de l’État français et d’autres souvenirs ailleurs en Europe, pas forcément sur le même sujet, ni avec les mêmes conséquences, mais on se rend compte que ce fond de jacobinisme est toujours présent et qu’il faut continuer à le combattre. Il y a donc eu un immense élan de solidarité vis-à-vis des Corses et des élus corses, et c’est plutôt positif. Le combat, ce n’est plus du tout la Corse contre la France, c’est finalement l’ensemble des Corses et des Français contre la Haute administration française et désormais le Sénat. Nous devons trouver les chemins démocratiques pour donner un avenir à la Corse. Sinon, quelle est l’alternative ? Elle ne peut pas être bonne ! Nous devons le faire comprendre à Paris, le plus rapidement possible.
- Au vu de l’actualité, de la campagne présidentielle et du timing serré, cela semble compromis ?
- Je ne dis pas que le chemin est facile. Ça se saurait ! Ça fait 50 ans qu’en Corse on se bat pour l’autonomie, dix ans que les Corses le disent dans les urnes. Si c’était facile, ce serait déjà fait ! Mais si je prends d’autres exemples dans le passé. La situation de la Nouvelle Calédonie dans les années 80 n’était pas facile non plus. Michel Rocard n’avait pas de majorité à l’Assemblée nationale, pas de majorité au Congrès, mais il a su trouver le chemin. De la même façon, on nous disait qu’il était impossible en 2015 quand nous avons gagné la première fois les élections territoriales, et pourtant quelques années après, la question de l’autonomie est arrivée sur la table. En politique, il ne faut jamais dire jamais ! Au risque de devoir relancer des situations que personne ne veut. Il faut trouver des solutions concrètes pour des problèmes concrets. Aujourd’hui, il y a des problèmes concrets, le système actuel ne fonctionne pas. Les propositions défendues par Les Républicains ne fonctionnent pas parce qu’elles ont déjà été utilisées, ce sont des leurres. Des choix ont été faits par les électeurs corses, des compromis ont été faits par les élus corses et des compromis sur le compromis ont été fait au Palais Bourbon. Désormais, il est temps de trouver une solution et un débouché politique.
- Quelle sera votre priorité en tant que président de R&PS ?
- Notre vocation, comme je l’ai dit, est d’être à la caisse de résonance de nos partis membres dans leur propre territoire et de faire remonter nos revendications dans l’espace médiatique français. Nous sommes en train de discuter pour savoir comment nous allons essayer de peser dans le débat présidentiel pour que nos revendications soient entendues. Nous ne souhaitons pas élire un président de la République qui soit encore plus jacobin que l’actuel. Le défi est compliqué. Très probablement, il y aura ensuite en juin des législatives, et notre but est d’avoir encore plus de parlementaires pour faire entendre la voix des territoires, la diversité, faire respecter nos droits. Nous avons le droit d’apprendre notre langue et de vivre au pays. Pour cela, les six prochains mois seront fondamentaux. Enfin, on n’oublie pas qu’en 2028, il y aura aussi des élections départementales, régionales et territoriales. C’est très important pour nos partis, soit de continuer à gouverner nos territoires respectifs, soit d’intégrer des majorités pour peser au maximum et faire avancer nos idées et nos projets.
Propos recueillis par Nicole MARI.

