Réunis jeudi soir au Palais des congrès d’Ajaccio, une soixantaine de militants ont assisté à la conférence de presse et à la réunion publique du mouvement indépendantiste. Après le rejet du projet de loi constitutionnelle par le Sénat, Nazione estime que l’échec du processus de Beauvau confirme ses mises en garde. Le mouvement appelle à refonder la stratégie nationaliste autour d’une plateforme revendicative, du droit à l’autodétermination et d’un rapport de force avec l’État.
« Ce qui nous a été proposé n’était pas une véritable autonomie. Il n’y a pas une autonomie à la corse : il y a l’autonomie, ou il n’y a pas l’autonomie » a regretté Petru-Antone Tomasi, le porte parole de Nazione, en préambule de la réunion du parti indépendantiste au Palais des Congrès d’Ajaccio. Pour Nazione, le rejet du texte constitutionnel par le Sénat lundi soir ne constitue pas un accident de parcours. Il vient, selon le mouvement indépendantiste, « confirmer l’échec d’un processus qui, dès son origine, ne pouvait pas répondre aux revendications nationales corses ». C’est le message défendu ce jeudi soir à Ajaccio, où une soixantaine de militants se sont réunis pour une conférence de presse suivie d’une réunion publique.
Dans un communiqué lu par Petru-Antone Tomasi, porte-parole du mouvement, Nazione affirme avoir refusé de soutenir le processus de Beauvau, depuis le début, « non par esprit de rancœur » ni par volonté de « politique de la terre brûlée », mais parce qu’il considérait que le cadre des discussions écartait les revendications essentielles. Le vote négatif du Sénat, après le remaniement du texte, vient à ses yeux confirmer les limites de cette démarche. Le mouvement juge que « l’accord de Beauvau ne prévoyait ni statut de résident, ni coofficialité de la langue corse, ni corsisation des emplois, ni définition d’un corps électoral corse ». Il lui reproche également de ne pas reconnaître les droits du peuple corse et de ne pas instaurer un véritable pouvoir législatif pour l’Assemblée de Corse. Le pouvoir envisagé dans le texte, estime Nazione, « serait resté soumis à l’autorisation et au contrôle du Parlement français »
« Continuer à présenter le texte de l’accord de Beauvau comme une évolution politique à la hauteur des attentes de notre peuple relève du déni de réalité ou de l’illusionnisme politique », soutient le mouvement. Et considère que quatre années ont été perdues à négocier dans un cadre qui excluait, selon lui, les enjeux fondamentaux.
« Une nouvelle page de notre lutte »
Au-delà du débat institutionnel, le mouvement appelle à un repositionnement du mouvement national. « L’enjeu », ajoute Petru-Antone Tomasi, « n’est pas de préparer les prochaines échéances électorales, mais de réunir les forces patriotiques et les forces vives autour d’une stratégie commune. Cette unité devrait permettre de construire un rapport de force crédible face à l’État et de défendre les droits du peuple corse à vivre sur sa terre et à décider de son avenir ».
Un référendum, mais sur quelles bases ?
Interrogé par les militants présents, sur la proposition de référendum portée par d’autres formations autonomistes, Petru-Antone Tomasi n’a pas fermé la porte à cette option. Un référendum pourrait, selon lui, contribuer à établir un rapport de force politique. Mais il ne devrait pas porter simplement sur le texte de Beauvau : « il devrait s’appuyer sur une plateforme revendicative définie entre les différentes composantes du mouvement national ». Le porte-parole de Nazione pose aussi la question du corps électoral. La consultation prévue dans le cadre du processus de Beauvau devait s’adresser aux électeurs inscrits sur les listes électorales actuelles en Corse.
Pour Nazione, ces listes ne peuvent être considérées comme légitimes sans débat préalable sur les personnes appelées à se prononcer. « Il faut que l’on pose ensemble les termes de qui est appelé à se prononcer et de qui ne l’est pas. On ne peut pas demander à des nouveaux arrivants de juger ce qui peut être bon pour la Corse ou ce qui ne le serait pas », a notamment expliqué Petru-Antone Tomasi. Au terme de cette réunion, Nazione ne plaide donc pas pour une reprise du processus à l’identique, mais pour un changement de cap. Le mouvement appelle ainsi les forces nationalistes à s’accorder sur une plateforme commune et à construire un rapport de force autour des droits du peuple corse. Il affirme enfin vouloir prendre toute sa part à cette démarche afin de « bâtir une étape décisive vers la pleine souveraineté » de la Corse.


