Lors d’une conférence de presse organisée jeudi matin à Ajaccio, EDF Corse a dressé le bilan d’un été 2026 marqué par une consommation record : 514 GWh en juillet et août et une pointe de 489 MW, atteinte le jeudi 13 août à 19h30. Mais, malgré un été marqué par des épisodes de forte chaleur et plusieurs incidents sur le réseau, le système électrique corse a tenu bon. EDF affirme avoir alimenté tous ses clients sans recourir au délestage, grâce notamment à la disponibilité de ses installations et à la mobilisation de ses équipes. Sébastien Pietre-Cambacédès, le directeur régional, prévient toutefois que les prochains étés resteront tendus jusqu’à la mise en service des grands projets énergétiques attendus d’ici à 2030.
« Notre ambition première demeure inchangée : garantir à la Corse une alimentation électrique fiable, durable et de plus en plus décarbonée. » En ouvrant, ce jeudi matin à Ajaccio, la présentation du bilan électrique de l’été 2026, le directeur régional d’EDF Corse, Sébastien Pietre-Cambacédès, a rappelé la mission de service public de l’entreprise. Mais derrière cette ambition, le constat est sans détour : l’été a placé le système insulaire sous forte contrainte. Les chiffres donnent la mesure de l’épisode. La consommation a atteint 514 GWh en juillet et août, soit près du quart de l’énergie consommée sur une année. La pointe du soir a culminé à 489 MW, soit 50 MW de plus que le précédent record. « Ce record, on ne l’a pas battu une fois ou deux : on l’a battu 60 fois cet été », souligne le directeur régional. La consommation d’énergie estivale a, elle, augmenté de 13 %.
« Ces records n’ont pas été battus un peu, ils l’ont été beaucoup et à de nombreuses reprises », insiste-t-il. La chaleur, précoce et durable, a fortement sollicité les équipements de climatisation. Pour Amandine Bono, responsable du système électrique, l’été s’est surtout distingué par sa durée : le nombre de journées répondant aux critères de canicule a dépassé ceux des épisodes de 2003 et de 2024. Avec une puissance installée de 1 044 MW, la Corse pourrait sembler disposer d’une capacité largement supérieure à ses besoins. Mais, au moment de la pointe du soir, une partie de ces moyens n’est pas mobilisable : le photovoltaïque ne produit plus, les importations depuis la Sardaigne sont limitées, l’éolien est faible et la production hydraulique doit tenir compte des réserves d’eau, de l’irrigation, de l’eau potable et de la sécurité des personnes en aval des ouvrages.
« La stabilité du système aurait pu être remise en cause »
Au moment du pic, EDF estime à environ 512 MW la puissance disponible pour répondre à une consommation de 489 MW. La marge n’était donc que d’une vingtaine de mégawatts. « Maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande s’est avéré très complexe », reconnaît Sébastien Pietre-Cambacédès. « La stabilité du système aurait pu être remise en cause. » Le directeur régional ne cache pas l’inquiétude ressentie certains jours : « Dans ce contexte, je ne vous cache pas que nous avons été soucieux. » La mobilisation accrue de l’hydraulique, notamment en démarrant certains ouvrages tôt le matin pour disposer de davantage de puissance le soir, a permis de gagner des marges. Elle a toutefois entraîné des déstockages plus importants dans certaines retenues. Malgré les tensions, EDF affirme avoir alimenté tous ses clients. « Le réseau et le système ont tenu bon », se félicite le directeur régional, qui salue « l’engagement des équipes, leur professionnalisme et leur réactivité face aux aléas ». L’entreprise met en avant une disponibilité globale de ses moyens de production supérieure à 90 % pendant l’été, ainsi que la bonne tenue de son réseau de transport.
Les difficultés n’ont pourtant pas manqué : surchauffe de câbles souterrains et de machines, orages violents à Ajaccio les 20 et 21 août, avec une vingtaine de défauts sur des départs moyenne tension, et incendie à Castellu-di-Rustinu. Ce dernier a endommagé une ligne et détruit une douzaine de poteaux. « Les équipes ont reconstruit cette ligne en moins d’un mois, en plein été, dans un contexte compliqué », rappelle Sébastien Pietre-Cambacédès. Il souligne la pénibilité des interventions, entre canicule et conditions de travail difficiles après l’incendie.
Le Ricanto ne fournira pas davantage de puissance
La pression ne devrait pas retomber immédiatement. « Les étés resteront tendus jusqu’en 2030 », prévient le directeur régional, le temps que les nouveaux équipements entrent en service. Le premier chantier attendu est celui du Ricanto, appelé à remplacer le Vazzio. Les essais des moteurs doivent commencer en 2027, avant une mise en service progressive en 2028. Le changement doit améliorer la fiabilité et le bilan environnemental, notamment en matière de consommation d’eau, d’émissions d’oxydes d’azote et de poussières. Mais Sébastien Pietre-Cambacédès tempère les attentes : « Le Ricanto et le Vazzio sont à puissance équivalente. On va gagner en fiabilité et sur le bilan carbone, mais pas sur la puissance. »
Pour renforcer les capacités du système, EDF compte aussi sur le renforcement de la liaison SACOI 3 et sur la future station de transfert d’énergie par pompage de Lugo-di-Nazza-Ghisoni. Cette STEP utilisera l’électricité solaire produite en journée pour pomper de l’eau vers une retenue haute, avant de la turbiner lors de la pointe du soir. Elle doit pouvoir fournir environ 50 MW pendant deux heures. Des batteries représentant quelque 19 MW de puissance, avec deux heures de stockage, sont également annoncées d’ici à 2029. Dans l’attente des grands projets, une turbine à combustion mobile supplémentaire doit être acheminée depuis la Guyane. EDF prévoit par ailleurs d’augmenter de 88 MW, à l’horizon 2028, la capacité d’accueil de nouveaux projets photovoltaïques.
« La pointe, c’est entre 19 heures et 21 heures »
Pour Sébastien Pietre-Cambacédès, la réponse ne sera pas seulement industrielle. Elle passera aussi par le déplacement de certains usages vers les heures de production solaire et par la maîtrise de la consommation en soirée. « La pointe, c’est entre 19 heures et 21 heures. Si l’on arrive à limiter notre consommation pendant ce créneau, le système tient. » La climatisation est aujourd’hui au cœur des préoccupations d’EDF. L’entreprise travaille avec les établissements qui accueillent des touristes pour les inciter à relever les consignes ou à décaler l’utilisation de leurs équipements. « On peut arrêter temporairement sa climatisation et la remettre à 21 heures. On ne perd pas forcément beaucoup en confort, mais on soulage vraiment le système électrique. »
Le directeur régional évoque aussi les heures creuses solaires et les écogestes : « Il faut expliquer la situation pour que chacun comprenne pourquoi on lui demande de modérer sa consommation. » EDF n’exclut pas une nouvelle campagne de SMS en cas de tension, mais Sébastien Pietre-Cambacédès insiste sur la nécessité de préparer le public : « Si les gens reçoivent un message d’alerte sans avoir compris les enjeux en amont, cela risque de créer de l’incompréhension. » Le bilan présenté ce jeudi matin mêle donc satisfaction et vigilance : satisfaction d’avoir passé l’été sans délestage, mais vigilance face à une demande qui progresse et à des marges étroites lors des pointes. « Nous sommes fiers d’avoir tenu bon », conclut Sébastien Pietre-Cambacédès. « Mais il faut continuer à anticiper pour garantir durablement l’alimentation électrique de la Corse »,.

