En cette période de la Toussaint, Sandrine Memi, directrice des cimetières de Bastia, nous ouvre les portes du cimetière de Montesoro. Avec près de 10 000 tombes réparties sur 9 hectares, cette « ville dans la ville » nécessite une gestion quotidienne entre inhumations, entretien, manque de place et préservation du patrimoine.
(Photos Gérard Baldocchi)
Lorsqu’on est directrice des cimetières de Bastia, peut-on dire que vous êtes le « maire » d’une « ville dans la ville » ?
Effectivement, le cimetière, c’est une ville dans la ville. Il y a le cimetière de Montesoro, qui fait 9 hectares, et celui d’Ondina, qui fait 3 hectares et puis le cimetière de Cardo. Cela représente beaucoup de tombes et de défunts à gérer. Près de 10 000 tombes à Montesoro, beaucoup moins à Ondina qui a été fermé pendant de nombreuses années pour travaux. Il a rouvert depuis mais nous avons réussi à poursuivre les enterrements en collaboration avec les entreprises qui intervenaient sur le site.
En quoi consiste la gestion quotidienne d’un cimetière ?
On fait beaucoup de choses. La base de notre travail, c’est de gérer les inhumations et les exhumations. Cela peut être la mise en terre d’un cercueil, le dépôt d’une urne dans un caveau ou une case de columbarium, ou encore la dispersion des cendres. Mais il y a aussi l’accueil des familles, notamment celles qui ont un proche en fin de vie et qui n’ont pas prévu de concession. Il faut alors essayer de trouver un terrain et une solution. Il y a également la gestion des maçons qui travaillent tout au long de l’année, l’organisation des gardiens et de leurs plannings. Une journée en tant que responsable des cimetières n’est jamais la même. On pourrait penser qu’il ne se passe rien dans un cimetière, mais c’est tout le contraire. Il n’y a pas de routine. C’est aussi pour cela que j’aime mon métier.
Quelles sont les principales problématiques rencontrées dans les cimetières ? Les vols, notamment ?
Les vols sont effectivement l’une des premières problématiques. Il y en a tout au long de l’année, mais certaines périodes sont plus sensibles, notamment celle de la Toussaint. Nous avons un système de vidéosurveillance mais malgré cela, nous avons encore des vols, principalement de fleurs. Des personnes viennent nous voir parce qu’elles ont déposé des fleurs le dimanche et que, dès le lundi, elles ont disparu. C’est très problématique. Je pense que les vols ont toujours existé dans les cimetières, et que ce n’est pas spécifique à Bastia. Malheureusement, je n’ai pas de solution miracle, si ce n’est de demander aux gardiens d’effectuer davantage de rondes. Même lorsqu’un gardien voit quelqu’un prendre des fleurs sur une tombe, il ne peut pas forcément savoir s’il s’agit d’un vol. Il y a aussi des vols de plaques funéraires. Il y a quatre ou cinq ans, une famille est venue me signaler la disparition d’une très belle plaque en forme de Corse. Je comprends la peine des familles, et je ne comprends pas comment certaines personnes peuvent agir ainsi.
Il y a aussi la gestion du manque de place ?
Avec la réouverture d’Ondina, on respire un peu mieux. Le cimetière a rouvert complètement, sans restriction. Les travaux sont terminés, à l’exception de quelques finitions, et il reste énormément de place. Nous essayons également de trouver des solutions pour les familles qui possèdent déjà un caveau familial. Le règlement intérieur a notamment permis d’autoriser une surélévation supplémentaire des caveaux. Une famille qui possède, par exemple, huit enfeus peut ainsi construire un étage supplémentaire.
Comme dans une ville, existe-t-il des règles d’urbanisme dans les cimetières ? Peut-on construire le caveau que l’on souhaite ?
On reste généralement sur des caveaux classiques, notamment avec des habillages en granit. Mais certaines familles ont des demandes un peu différentes. Par exemple, nous avons attribué un terrain à une famille dont les membres souhaitent tous être crématisés. Ils n’avaient donc pas besoin d’un caveau traditionnel et nous ont demandé s’ils pouvaient construire des cases de columbarium. Nous avons ainsi de petits columbariums familiaux dans le cimetière.
Les cimetières de Bastia possèdent également un patrimoine architectural remarquable. Comment le préserver ?
C’est beaucoup de travail et surtout un travail d’équipe, avec les gardiens et les agents d’entretien, qui sont très respectueux des lieux et font un travail exemplaire. Sur le plan architectural, nous avons des tombes magnifiques, qui ne se font plus aujourd’hui. Mais leur rénovation est parfois compliquée. Il est difficile de trouver des maçons capables de travailler certaines pierres anciennes. Il y a aussi des matériaux qui ne se trouvent plus et des méthodes de travail qui ont disparu. Pour les concessionnaires et les ayants droit, restaurer ces sépultures peut donc être un véritable défi.
Les Bastiais ne sont pas tous catholiques, les cimetières sont-ils multiconfessionnels ?
Oui. À Montesoro, nous avons deux carrés israélites et un carré slovaque. Il n’y a pas de carré musulman ici, mais il y en a un à Ondina, qui possède également un carré israélite. En tant que directrice, je suis tenue de connaître les différentes manières d’inhumer, les religions et les pratiques au moment des funérailles. C’est aussi en discutant avec les familles que j’apprends leurs traditions. C’est important pour mieux les accompagner, les orienter et surtout respecter leur religion.
Avec la baisse du pouvoir d’achat, le coût des concessions est-il devenu une préoccupation pour les familles ?
Nous avons ajouté une durée de concession qui n’existait pas auparavant : 15 ans. C’est justement pour faciliter l’accès aux concessions aux personnes qui n’ont pas forcément les moyens. Nous avons remarqué que les administrés choisissent souvent cette durée. Cela leur permet d’avoir une concession à un tarif plus accessible, qu’ils peuvent ensuite renouveler autant qu’ils le souhaitent. Je pense que nous avons des tarifs assez corrects à Bastia.
Les cimetières ont eux aussi leurs célébrités. À Bastia aussi ?
Oui, il y en a beaucoup. On retrouve notamment le tenor César Vezzani, mais aussi des peintres, des avocats et d’anciens maires de Bastia, des bandits. Avec le service du patrimoine, nous sommes en train de recenser ces personnalités pour essayer de créer, peut-être, un parcours patrimonial. C’est aussi cela, le cimetière de Montesoro : une partie du patrimoine et de l’histoire de Bastia. Pour les Bastiais, le cimetière de Bastia, c’est Montesoro, pas Ondina. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup souhaitent y être enterrés.
En cette période d’Halloween, existe-t-il des légendes ou des histoires mystérieuses autour du cimetière ?
Cela fait dix ans que je travaille dans les cimetières et je n’ai jamais rien vécu de spécial. Après, je préfère me dire qu’il ne se passe rien la nuit ! Mais on sent l’histoire dans ce cimetière. Il a notamment été bombardé et il y avait un local de munitions. Tout cela, je l’ai appris grâce aux personnes qui ont connu cette époque ou dont les parents l’ont vécue. C’est pour cela que nous prenons toujours le temps de discuter avec les personnes âgées qui viennent nous voir. Elles nous racontent le Bastia d’autrefois, mais aussi l’histoire du cimetière, que l’on connaît finalement assez peu. J’ai vu quelques photographies anciennes et le cimetière a énormément changé. C’est toujours intéressant de découvrir cette histoire à travers les souvenirs des habitants.
Lorsqu’on est directrice des cimetières de Bastia, peut-on dire que vous êtes le « maire » d’une « ville dans la ville » ?
Effectivement, le cimetière, c’est une ville dans la ville. Il y a le cimetière de Montesoro, qui fait 9 hectares, et celui d’Ondina, qui fait 3 hectares et puis le cimetière de Cardo. Cela représente beaucoup de tombes et de défunts à gérer. Près de 10 000 tombes à Montesoro, beaucoup moins à Ondina qui a été fermé pendant de nombreuses années pour travaux. Il a rouvert depuis mais nous avons réussi à poursuivre les enterrements en collaboration avec les entreprises qui intervenaient sur le site.
En quoi consiste la gestion quotidienne d’un cimetière ?
On fait beaucoup de choses. La base de notre travail, c’est de gérer les inhumations et les exhumations. Cela peut être la mise en terre d’un cercueil, le dépôt d’une urne dans un caveau ou une case de columbarium, ou encore la dispersion des cendres. Mais il y a aussi l’accueil des familles, notamment celles qui ont un proche en fin de vie et qui n’ont pas prévu de concession. Il faut alors essayer de trouver un terrain et une solution. Il y a également la gestion des maçons qui travaillent tout au long de l’année, l’organisation des gardiens et de leurs plannings. Une journée en tant que responsable des cimetières n’est jamais la même. On pourrait penser qu’il ne se passe rien dans un cimetière, mais c’est tout le contraire. Il n’y a pas de routine. C’est aussi pour cela que j’aime mon métier.
Quelles sont les principales problématiques rencontrées dans les cimetières ? Les vols, notamment ?
Les vols sont effectivement l’une des premières problématiques. Il y en a tout au long de l’année, mais certaines périodes sont plus sensibles, notamment celle de la Toussaint. Nous avons un système de vidéosurveillance mais malgré cela, nous avons encore des vols, principalement de fleurs. Des personnes viennent nous voir parce qu’elles ont déposé des fleurs le dimanche et que, dès le lundi, elles ont disparu. C’est très problématique. Je pense que les vols ont toujours existé dans les cimetières, et que ce n’est pas spécifique à Bastia. Malheureusement, je n’ai pas de solution miracle, si ce n’est de demander aux gardiens d’effectuer davantage de rondes. Même lorsqu’un gardien voit quelqu’un prendre des fleurs sur une tombe, il ne peut pas forcément savoir s’il s’agit d’un vol. Il y a aussi des vols de plaques funéraires. Il y a quatre ou cinq ans, une famille est venue me signaler la disparition d’une très belle plaque en forme de Corse. Je comprends la peine des familles, et je ne comprends pas comment certaines personnes peuvent agir ainsi.
Il y a aussi la gestion du manque de place ?
Avec la réouverture d’Ondina, on respire un peu mieux. Le cimetière a rouvert complètement, sans restriction. Les travaux sont terminés, à l’exception de quelques finitions, et il reste énormément de place. Nous essayons également de trouver des solutions pour les familles qui possèdent déjà un caveau familial. Le règlement intérieur a notamment permis d’autoriser une surélévation supplémentaire des caveaux. Une famille qui possède, par exemple, huit enfeus peut ainsi construire un étage supplémentaire.
Comme dans une ville, existe-t-il des règles d’urbanisme dans les cimetières ? Peut-on construire le caveau que l’on souhaite ?
On reste généralement sur des caveaux classiques, notamment avec des habillages en granit. Mais certaines familles ont des demandes un peu différentes. Par exemple, nous avons attribué un terrain à une famille dont les membres souhaitent tous être crématisés. Ils n’avaient donc pas besoin d’un caveau traditionnel et nous ont demandé s’ils pouvaient construire des cases de columbarium. Nous avons ainsi de petits columbariums familiaux dans le cimetière.
Les cimetières de Bastia possèdent également un patrimoine architectural remarquable. Comment le préserver ?
C’est beaucoup de travail et surtout un travail d’équipe, avec les gardiens et les agents d’entretien, qui sont très respectueux des lieux et font un travail exemplaire. Sur le plan architectural, nous avons des tombes magnifiques, qui ne se font plus aujourd’hui. Mais leur rénovation est parfois compliquée. Il est difficile de trouver des maçons capables de travailler certaines pierres anciennes. Il y a aussi des matériaux qui ne se trouvent plus et des méthodes de travail qui ont disparu. Pour les concessionnaires et les ayants droit, restaurer ces sépultures peut donc être un véritable défi.
Les Bastiais ne sont pas tous catholiques, les cimetières sont-ils multiconfessionnels ?
Oui. À Montesoro, nous avons deux carrés israélites et un carré slovaque. Il n’y a pas de carré musulman ici, mais il y en a un à Ondina, qui possède également un carré israélite. En tant que directrice, je suis tenue de connaître les différentes manières d’inhumer, les religions et les pratiques au moment des funérailles. C’est aussi en discutant avec les familles que j’apprends leurs traditions. C’est important pour mieux les accompagner, les orienter et surtout respecter leur religion.
Avec la baisse du pouvoir d’achat, le coût des concessions est-il devenu une préoccupation pour les familles ?
Nous avons ajouté une durée de concession qui n’existait pas auparavant : 15 ans. C’est justement pour faciliter l’accès aux concessions aux personnes qui n’ont pas forcément les moyens. Nous avons remarqué que les administrés choisissent souvent cette durée. Cela leur permet d’avoir une concession à un tarif plus accessible, qu’ils peuvent ensuite renouveler autant qu’ils le souhaitent. Je pense que nous avons des tarifs assez corrects à Bastia.
Les cimetières ont eux aussi leurs célébrités. À Bastia aussi ?
Oui, il y en a beaucoup. On retrouve notamment le tenor César Vezzani, mais aussi des peintres, des avocats et d’anciens maires de Bastia, des bandits. Avec le service du patrimoine, nous sommes en train de recenser ces personnalités pour essayer de créer, peut-être, un parcours patrimonial. C’est aussi cela, le cimetière de Montesoro : une partie du patrimoine et de l’histoire de Bastia. Pour les Bastiais, le cimetière de Bastia, c’est Montesoro, pas Ondina. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup souhaitent y être enterrés.
En cette période d’Halloween, existe-t-il des légendes ou des histoires mystérieuses autour du cimetière ?
Cela fait dix ans que je travaille dans les cimetières et je n’ai jamais rien vécu de spécial. Après, je préfère me dire qu’il ne se passe rien la nuit ! Mais on sent l’histoire dans ce cimetière. Il a notamment été bombardé et il y avait un local de munitions. Tout cela, je l’ai appris grâce aux personnes qui ont connu cette époque ou dont les parents l’ont vécue. C’est pour cela que nous prenons toujours le temps de discuter avec les personnes âgées qui viennent nous voir. Elles nous racontent le Bastia d’autrefois, mais aussi l’histoire du cimetière, que l’on connaît finalement assez peu. J’ai vu quelques photographies anciennes et le cimetière a énormément changé. C’est toujours intéressant de découvrir cette histoire à travers les souvenirs des habitants.

