Six auteurs ont été distingués à l’occasion des Prix du Livre corse 2026, dont la remise s’est déroulée au fort génois d’Aleria il y a quelques jours. De Marc Biancarelli à Laëtitia de Witt, en passant par Ghjuvà Lucchinacci, le jury a récompensé des ouvrages qui font la part belle à l’Histoire, à la langue et au patrimoine insulaires.
Dans son allocution de bienvenue, Jean-Claude Franceschi a rappelé qu’Aleria ne pouvait se réduire à sa seule vocation agricole et entendait également jouer pleinement son rôle sur les plans historique et culturel. Le maire s’est ainsi dit heureux d’accueillir « avec joie et fierté » cette remise des prix, en présence des auteurs, des membres du jury et d’un public nombreux.
Cette année, six auteurs ont été distingués dans différentes catégories, à travers des fictions et des essais qui abordent notamment l’Histoire, le patrimoine mais aussi la langue corse, bien immatériel que la littérature contribue à préserver.
Marc Biancarelli récompensé pour « Roman national »
Dans la catégorie fiction, le jury a choisi de récompenser Marc Biancarelli pour « Roman national », paru chez Albiana. Un récit tumultueux que Janine Vittori décrit comme une « anti-épopée » qui « met en lumière ceux que la légende laisse dans l’ombre », tout en saluant « le souffle épique et le regard sans complaisance d’un grand romancier ».
Dans la catégorie Fictions en langue corse, le prix est revenu à Marceddu Jureczek pour « U pesu di u mondu », également publié chez Albiana. Un ouvrage dont le thème philosophique renvoie à Rinatu Coti. « Pensà vole di etimulogicamente "pisà nantu à u mondu" », indiquent Marie-Claude Luciani et Alain Di Meglio, qui saluent « un texte d’une haute qualité linguistique ».
Dans la catégorie essai, Laëtitia de Witt a été distinguée pour « Letizia Bonaparte », publié chez Tallandier. Une biographie qui redonne toute sa place à la mère de Napoléon, femme forte qui a veillé dans l’ombre sur sa lignée. Absente lors de la cérémonie, l’autrice avait adressé un message lu par Philippe Colombani, dans lequel elle a expliqué combien ce prix la confortait dans sa démarche, confiant notamment sa fascination « pour la capacité de Letizia Bonaparte à surmonter les épreuves ».
Ces trois auteurs ont reçu chacun un stylet ouvragé par le maître coutelier Jean-Dominique Susini, véritable pièce de collection témoignant d’un savoir-faire ancestral.
Un premier manga entièrement imaginé et créé en Corse
Dans la catégorie « Ghjuventù », le prix est revenu à Ghjuvà Lucchinacci pour « Sognus Mortalis », publié par Le Parti des oiseaux et traduit par Stéphane Conca. Une œuvre originale puisqu’il s’agit du premier manga entièrement imaginé et créé en Corse, mêlant le polar et la bande dessinée. Pascale Antonetti et Sampieru Mari ont notamment souligné la nouveauté du style et l’originalité du propos : « U stilu novu, quasgi svergugnatu, ci porta in un universu chi imbuleghja rifarenze diverse incù legende è credenze nostre ». Une création originale de Toni Casalonga est venue récompenser le jeune auteur.
Le Prix Beaux Livres, qui distingue un ouvrage tant pour la qualité de ses illustrations que pour la pertinence de son texte, a quant à lui été attribué à Alain Gauthier pour « Sources thermales et minérales de Corse », paru chez Albiana. Marie-Pierre Marchini en souligne notamment tout l’intérêt patrimonial : « Un ouvrage total, un "beau livre" dont la facture esthétique, servie par la maquette magique de Valérie Biancarelli, sollicite l’imaginaire du lecteur, le regard, dans une foison de documents : 425 figures, cartes, photos, plans ». Pour récompenser l’auteur, le sculpteur Gabriel Diana lui a offert une statuette en bronze intitulée « U vecchju corsu ».
Une mention spéciale pour les ruchers traditionnels
Sensible à la qualité de « Ernaghji/Arnaghji, Les ruchers traditionnels de Corse », de Jean-Louis Santini, paru chez Piazzola, le jury a également décidé de lui attribuer une mention spéciale « Beau livre ». À travers cet ouvrage, l’auteur met en lumière un patrimoine rural méconnu en explorant le monde des abeilles et de ces ruchers traditionnels cachés dans les murs. « Jean-Louis Santini évoque cette Corse rurale laborieuse aujourd’hui disparue, dont seuls le paysage, la langue et quelques témoignages conservent encore la trace. Il œuvre pour préserver la mémoire de ce patrimoine tant matériel qu’immatériel, et ouvre des pistes pour son urgente sauvegarde », souligne Dominique Orsoni. Jean-Louis Santini a pour sa part reçu une œuvre du peintre José Lorenzi.
Après la remise des prix, la journée s’est poursuivie par une visite du musée d’archéologie d’Aleria, puis par deux conférences. Bernard Pantalacci, conchyliculteur, est revenu sur le passé et l’avenir de l’étang de Diana, tandis que Sampieru Mari, médiateur culturel et membre du jury du Prix du Livre corse, a dévoilé les secrets et les particularités du banquet étrusque.
