Kurdes réfugiés en Grèce : depuis la Corse, l'association Per a Pace refuse l’oubli

Written on 10/24/2026
Manon Venturi

Trois bénévoles de "Per a Pace" acheminent 13 m³ de denrées alimentaires, de vêtements et de produits d’hygiène auprès des réfugiés kurdes en Grèce. Une septième mission depuis 2021 pour une association qui refuse de laisser ces populations sombrer dans l’oubli.

Kurdes réfugiés en Grèce : depuis la Corse, l'association Per a Pace refuse l’oubli

(Photos : Per a Pace)

"Le premier choix, c’est de se taire. Le deuxième, c’est la prison si on parle. Et le troisième, c’est l’exil".Cette phrase, Jacques Casamarta la rapporte d’une femme d’origine kurde rencontrée au fil des missions de Per a Pace. Trois possibilités, aucune véritable liberté. C’est pour ces hommes, ces femmes et ces enfants contraints de fuir leur terre que l’association corse poursuit son engagement. Cette semaine, trois de ses membres ont pris la route de la Grèce pour dix jours, avec près de 13 m³ de denrées alimentaires, de produits d’hygiène, de vêtements et de matériel collectés en Corse. Destination: les réfugiés kurdes de Lavrio et de l’île d’Égine. Une opération rendue possible grâce aux dons de citoyens, d’entreprises et d’organismes, notamment Corsica Ferries, Leclerc Location et la Collectivité de Corse.

Réparti entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, le peuple kurde est confronté, selon les régions, à des persécutions et à des conflits qui poussent certains de ses membres sur les routes de l’exil. En Syrie, la situation demeure particulièrement préoccupante pour les populations kurdes: "Dans les camps où nous allons, on trouve des femmes qui ont combattu Daech", raconte  Jacques Casamarta, "À l’époque, l’Europe entière a applaudi le courage de ces femmes. Et aujourd’hui, on fait comme si elles n’existaient pas". Pour le responsable associatif, ces réfugiés ne sont pas de simples chiffres : ce sont des familles, des enseignants, des infirmiers et des personnes qui cherchent à vivre en sécurité. La Grèce constitue une étape pour certains de ces exilés, qui tentent ensuite de rejoindre d’autres pays européens. Face à leur situation, Per a Pace dénonce l'insuffisance du soutien institutionnel et appelle à une solidarité durable.
 


"Il faut aider ces populations à vivre chez elles"

Cette mission est la septième menée auprès des réfugiés kurdes depuis 2021. Elle s’inscrit dans une histoire de solidarité plus ancienne, renforcée en 2020 par la venue en Corse d’une délégation du Conseil démocratique kurde, reçue par l’Assemblée de Corse. Née dans le contexte des guerres des Balkans, Per a Pace revendique plus de 35 ans d’engagement et 106 actions de solidarité internationale. L’association a notamment acheminé du matériel médical vers des territoires qui en avaient besoin et participé à des projets de mémoire avec des jeunes. Au-delà de l’aide matérielle, Jacques Casamarta défend une conviction: agir pour que les populations puissent vivre dignement dans leur pays, sans être contraintes de le quitter: "Il faut aider ces populations à vivre chez elles. C’est ça, le courage politique aujourd’hui."

Pour lui, la réponse ne peut se trouver dans la confrontation: "À la force des armes, il faut être capable de substituer la force de l’intelligence, la force du droit, la force du dialogue".Une vision qu’il souhaite voir portée par la Corse, qu’il décrit comme un territoire au carrefour de la Méditerranée. Grâce aux bénévoles et aux donateurs, l’île apporte ainsi sa contribution à une chaîne de solidarité internationale. Une action modeste face à l’ampleur des crises, mais qui rappelle qu’au-delà des frontières, l’humanité ne devrait jamais être une question de nationalité.