Malgré ses forêts, la Corse peine à développer sa filière bois

Written on 11/01/2026
Manon Venturi

Avec 69 % de son territoire couvert de forêts, la Corse est la région la plus boisée de France métropolitaine. Pourtant, la filière bois ne représente que 0,4 % de la richesse régionale. Une étude de l’Insee, publiée ce mardi 20 octobre, met en lumière les difficultés d’un secteur au potentiel encore largement inexploité.

C’est un paradoxe insulaire. Malgré une ressource forestière abondante, la filière bois peine à trouver sa place dans l’économie corse. En 2023, elle rassemble 437 établissements, dont 83 % ne comptent aucun salarié. La menuiserie et les travaux de charpente dominent le secteur, avec 236 établissements, contre 201 pour l’exploitation forestière et la première transformation. Au total, la filière emploie 362 salariés, auxquels s’ajoutent les non-salariés. Présentée par Ghjuliana Ballo, chargée d’études à l’Insee, l’analyse souligne d’abord les difficultés à exploiter cette ressource.


Si les forêts couvrent 69% de la superficie insulaire, contre 32 % en moyenne nationale, de nombreux massifs restent difficiles d’accès. Selon la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), seules 20% des formations boisées seraient réellement exploitables. Moins de 0,2% du bois sur pied serait prélevé chaque année. Entre 2022 et 2024, la récolte commercialisée oscillait entre 14 000 et 17 000 m³ par an, dont deux tiers destinés au bois-énergie. Pourtant, les ressources ne manquent pas. Le chêne-liège représente entre 1 000 et 2 000 tonnes de production annuelle, soit environ la moitié de la production nationale. Son potentiel pourrait être dix fois supérieur. Mais les contraintes d’exploitation et les volumes limités compliquent le développement d’une activité capable de concurrencer les bois importés. En 2023, la richesse dégagée par la filière atteint 24 millions d’euros, soit quatre fois moins, en proportion, qu’à l’échelle nationale.


Des emplois stables, mais une filière à structurer

La filière bois occupe une place plus visible dans la zone d’emploi de Corte, où elle représente 1,8% des salariés, soit cinq fois la moyenne insulaire. Le territoire compte 28 établissements employeurs, pour 45 salariés. Autre constat de l’étude: les rémunérations sont inférieures à celles du reste de l’économie corse. Le salaire horaire net moyen s’élève à 13,80 euros, contre 14,60 euros à l’échelle régionale. L’Insee explique notamment cet écart par la forte proportion d’ouvriers non qualifiés, qui représentent 36% des salariés du secteur, contre 15% dans l’ensemble de l’économie insulaire. La Corse affiche ainsi la part la plus élevée de ces travailleurs parmi les régions de province. Les emplois restent néanmoins relativement stables: huit salariés sur dix sont en CDI et neuf sur dix travaillent à temps complet. La filière se distingue également par la jeunesse de ses effectifs, puisque 30% des salariés ont moins de 30 ans, contre 21 % dans l’ensemble de l’économie corse. Elle demeure toutefois très masculine, avec 81% d’hommes parmi les salariés.


Enfin, l’activité réelle dépasse les seuls établissements recensés. Certains propriétaires forestiers commercialisent du bois de chauffage sans être enregistrés comme entreprises, échappant ainsi aux statistiques. L’Office du développement agricole et rural de Corse (ODARC) accompagne notamment les acteurs dans la mise en conformité et la professionnalisation de leurs activités. Pour développer la filière, la valorisation du bois local, notamment dans la construction et les projets des collectivités, constitue une piste. Reste à surmonter les contraintes du relief, les coûts d’exploitation et les difficultés de transmission des entreprises. Autant de défis pour faire de la forêt corse une véritable richesse économique.