Lever les freins de la rénovation énergétique, l'enjeu des Défis organisés à Porto-Vecchio

Written on 10/16/2026
Julien Castelli

Ce jeudi 15 octobre, le magasin de matériaux de construction Gedimat Castelli basé à Porto-Vecchio, a rassemblé des acteurs du bâtiment, de la formation et de l’accompagnement autour des Défis de la rénovation énergétique en Corse. Entre aides jugées complexes, pouvoir d’achat contraint et manque d’artisans qualifiés RGE, le secteur peine à transformer les besoins en chantiers.

La 4e édition des Défis de la rénovation énergétique a eu lieu ce jeudi, toute la journée, sur le parking de l'entreprise Gedimat Castelli à Porto-Vecchio.

Le marché du neuf a beau ralentir, celui de la rénovation énergétique ne prend pas véritablement le relais. Un constat partagé ce jeudi lors de la quatrième édition des Défis de la rénovation énergétique en Corse. Organisée par la CAPEB (la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), elle a réuni artisans, fournisseurs, organismes de formation et représentants institutionnels autour de stands installés sur le parking de Gedimat Castelli. Tous se sont retrouvés pour comprendre comment surmonter les obstacles qui freinent les travaux et dans quelle mesure il leur sera possible de les lever.

Jean-Baptiste Michon, le président départemental de la CAPEB,  souhaite « créer une synergie dans les démarches d’aide à la rénovation énergétique ». Il pointe notamment « l’instabilité » des règles qui ont encadré les aides ces dernières années, à la défaveur des différents remue-ménages gouvernementaux. Une instabilité qui a pu nourrir l’inquiétude de propriétaires désireux de rénover leur patrimoine bâti. Mais en temps normal, il ne voit que des avantages à la rénovation énergétique « qui permet d’améliorer le confort, réduire les factures et valoriser les biens ».

Des aides, mais aussi un reste à charge

Sur le terrain, les dispositifs de soutien ne suffisent pas toujours à déclencher les travaux. Frédéric Guidoni, directeur commercial de Corstyrène, fabricant et distributeur de matériaux isolants basé à Aleria, observe un décalage entre les besoins et les moyens des ménages. « Il y a du potentiel, mais les aides ne sont pas du tout en adéquation avec les besoins. Ma Prim’Renov, c’est une foire d’empoigne pour y parvenir. » À ses yeux, le principal frein reste « le pouvoir d’achat des Corses », davantage encore que le faible nombre d’entreprises qualifiées. Il plaide pour des interventions ciblées, accessibles financièrement, comme l’isolation des combles avec de la laine de roche ou celle des plafonds de garage. Des travaux qui peuvent améliorer rapidement le confort d’un logement, sans engager immédiatement une rénovation globale, « et pour 2 000 euros seulement ».

Guilhem Billaud, technicien rénovation énergétique à l’Agence d’urbanisme et d’énergie de la Corse (AUE), rappelle que les aides nationales MaPrimeRénov’ peuvent être complétées par ORELI, le dispositif régional d’aide à la rénovation énergétique des logements individuels. Contrairement aux conditions d’accès à MaPrimeRénov’ pour certains parcours, ORELI repose notamment sur la réalisation d’un audit énergétique. Les deux dispositifs peuvent être cumulés, selon les critères d’éligibilité applicables. Mais même lorsque les aides sont mobilisables, la question du reste à charge demeure. « Pour combler les besoins de trésorerie, on essaie de travailler auprès des organismes bancaires », explique-t-il.

Les projets accompagnés portent souvent sur plusieurs postes à la fois : isolation des combles, remplacement d’un système de chauffage au fioul ou au gaz, changement des menuiseries. L’AUE travaille également avec le CPIE A Rinascita à la mise en place d’un parcours d’accompagnement destiné à faciliter les démarches des ménages. Pour Guilhem Billaud, les aides constituent aussi un levier économique : les dossiers ORELI ont généré, selon ses chiffres, 11 millions d’euros de travaux en 2025, avec des perspectives supérieures à 13 millions pour 2026.

Le manque d’artisans qualifiés, un autre verrou

Encore faut-il trouver les entreprises capables de réaliser les travaux et de répondre aux exigences des dispositifs d’aide. La qualification RGE (Reconnu garant de l’environnement) permet aux professionnels de faire bénéficier leurs clients de certaines aides à la rénovation énergétique. Mais la démarche reste lourde. « On fait monter les professionnels du bâtiment en labellisation RGE pour qu’ils puissent entrer dans la démarche. Mais il y en a très peu, car administrativement parlant, c’est compliqué », souligne Hervé Graziani, manager gros œuvre et isolation chez Gedimat Castelli. Les petites entreprises, souvent dépourvues de personnel administratif dédié, finissent parfois par renoncer.

Pour faciliter ces démarches, Gedimat Castelli propose des sessions de formation, notamment autour des qualifications et des dispositifs de montée en compétences du secteur. L’entreprise Costructor a, de son côté, développé un portail destiné à accompagner les professionnels dans leur labellisation, mais aussi à conserver le label qu’ils auront fini par obtenir. Peggy Poirot, responsable de l’antenne porto-vecchiaise de la Chambre de métiers et de l’artisanat de Corse, insiste également sur la nécessité de former les nouvelles générations. « Sur la labellisation RGE, il y a une mésinformation. La Chambre des métiers forme à la RGE. C’est bien de sensibiliser les entreprises actuelles, mais c’est bien aussi de sensibiliser les artisans de demain qui sont en apprentissage au CFA. »

Un secteur du bâtiment contraint de se réinventer

La question se pose d’autant plus que les entreprises de construction doivent composer avec un marché du neuf moins porteur. Dans l’Extrême-Sud, Peggy Poirot estime que la diversification devient indispensable : « Il y a nécessité pour les entreprises de se diversifier, elles ne peuvent plus seulement se baser sur la construction, ce n’est pas possible. » Les contraintes foncières et les restrictions d’urbanisme, notamment à Porto-Vecchio, s’ajoutent à la diminution des commandes.

En Corse, Jean-Baptiste Michon met le doigt sur plusieurs spécificités : un parc immobilier vieillissant, des logements dispersés et de nombreuses constructions anciennes en pierre dans les villages : « Autant de particularités qui rendent le savoir-faire local essentiel », souligne-t-il. L’Insee recensait par ailleurs 8 695 logements vacants en Corse en 2022.