Les syndicats des pilotes SNPL et SPAC maintiennent, pour l’heure, leur préavis de grève du 9 au 16 octobre au sein de la compagnie insulaire.. À moins de 48 heures du début du mouvement, la direction d’Air Corsica assure avoir formulé des propositions salariales « significatives » et un accompagnement des pilotes susceptibles d’être placés en activité partielle suite à l’immobilisation de cinq de ses ATR. Des perturbations sont à craindre pour les passagers à compter de ce vendredi. Les deux organisations syndicales n’ont pu être jointes ce mercredi soir.
À deux jours du début annoncé de la grève, Air Corsica hausse le ton tout en maintenant la porte du dialogue ouverte. Le préavis déposé par le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et le Syndicat des pilotes de l’aviation civile (SPAC), qui couvre la période du vendredi 9 au vendredi 16 octobre, n’avait pas été levé ce mercredi soir. Une échéance redoutée par la compagnie, qui affirme avoir engagé plusieurs jours de discussions et revu ses propositions au fil des négociations. « La perspective d’une grève ajoute une nouvelle incertitude. Je le regrette profondément », a déclaré Pierre Muracciole, président du directoire d’Air Corsica, lors d’un point presse organisé ce mercredi.
Le dirigeant assure que les échanges se sont poursuivis jusqu’aux dernières réunions, « dans un esprit à la fois de sérénité, de respect et de recherche d’un compromis ». Mais, à ce stade, aucun accord n’a été trouvé. « Nous avons discuté, nous avons écouté et fait évoluer nos positions au gré des différentes négociations. Nous sommes allés, de mon point de vue, aussi loin que la situation de la compagnie nous permettait de le faire », affirme-t-il.
Une hausse salariale différée en 2027
Au cœur du différend figurent les rémunérations et leur évolution. Dans leur communiqué annonçant le préavis, le SNPL et le SPAC avaient dénoncé une proposition de la direction qui, selon eux, bloquerait la progression salariale liée à l’ancienneté. Les deux organisations rappelaient les efforts déjà consentis par les pilotes ces dernières années, avec deux années de gel des salaires et une réduction du nombre de jours de congés. La direction assure, de son côté, avoir mis sur la table une revalorisation salariale importante, différée à 2027. « Nous avons mis sur la table des augmentations salariales qui représentent plusieurs milliers d’euros », a précisé Pierre Muracciole, sans détailler les montants, les négociations n’étant pas closes. Dans son communiqué, Air Corsica évoque une hausse « significative », en deux étapes au cours de l’année 2027.
La compagnie dit également avoir proposé une prise en charge renforcée de la rémunération des pilotes susceptibles d’être placés en activité partielle. Une mesure rendue nécessaire par l’immobilisation prolongée d’une grande partie de la flotte ATR, qui réduit mécaniquement l’activité de certains personnels navigants techniques. « Nous avons mis sur la table un dispositif d’accompagnement de ces personnels pendant la durée de l’activité partielle, pour éviter une perte de revenus qu’ils auront immanquablement dans un régime couvert par l’assurance chômage », explique le président du directoire. Un effort que la direction présente comme un geste de solidarité, alors même que la compagnie doit financer des solutions de remplacement pour préserver son programme de vols.
« Chacun prendra ses responsabilités »
Pour Marie-Hélène Casanova-Servas, présidente du conseil de surveillance d’Air Corsica et représentante de l’actionnaire majoritaire, la Collectivité de Corse, les revendications portées par les pilotes peuvent être entendues. « Il y a des revendications qui peuvent être légitimes », reconnaît-elle. Mais la priorité doit, selon elle, rester la préservation de l’entreprise et du service public aérien. « Notre responsabilité, c’est de préserver la compagnie, ses emplois et sa mission de service public », a-t-elle souligné. La présidente du conseil de surveillance considère que les propositions formulées par la direction vont dans le sens d’un apaisement du conflit, tout en restant compatibles avec la situation financière de l’entreprise. « On ne peut pas non plus faire n’importe quoi », insiste-t-elle.
Elle regrette surtout le calendrier du mouvement, à l’heure où la compagnie connaît déjà une situation opérationnelle particulièrement tendue. « Cette grève aura des conséquences sur les passagers », prévient-elle, en évoquant notamment les Corses qui doivent se rendre sur le continent pour des soins ou des rendez-vous médicaux. « Nombre d’entre eux vont sans doute devoir reporter ou annuler leurs rendez-vous. ». « Chacun prendra ses responsabilités », ajoute-t-elle, rappelant que « la mission première de la compagnie est d’assurer le service public ».
Une mobilisation difficile à anticiper
L’ampleur réelle des perturbations dépendra désormais du nombre de pilotes qui se déclareront effectivement grévistes. Conformément au cadre légal, les personnels concernés doivent faire connaître leur intention de participer au mouvement 48 heures avant leur prise de service. La compagnie devrait donc disposer, dans les prochaines heures, d’une vision plus précise des vols qui pourront être assurés et de ceux qui risquent d’être annulés.
La direction affirme rester disponible pour parvenir à un accord avant vendredi. Les deux syndicats de pilotes, qui avaient déclaré ne pas souhaiter « faire grève pour faire la grève » et avaient proposé un accord sur quatre ans à application différée, n’avaient pas pu être joints ce mercredi soir pour réagir aux dernières propositions formulées par la compagnie.
« Je ne peux pas promettre aujourd’hui ce que nous ne pourrions pas honorer demain », leur répond Pierre Muracciole. « Il en va de l’avenir d’Air Corsica, de l’emploi de nos salariés et de notre capacité à assurer durablement notre mission de service public. »
Air Corsica assure vouloir, en cas de mouvement, mobiliser tous les moyens disponibles pour limiter les conséquences pour les passagers. Mais la recherche de solutions de remplacement s’annonce délicate. La compagnie recourt déjà largement aux affrètements depuis plusieurs semaines, alors que cinq de ses sept ATR 72-600 ont été immobilisés à titre préventif, à la suite d’odeurs persistantes signalées dans les cockpits et certains aéroports comme celui d'Ajaccio requiert des qualifications spécifiques. Pour assurer l’essentiel de ses rotations, Air Corsica a déjà recours à plusieurs compagnies françaises et à ses Airbus, avec un coût des affrètements estimé à plus d’un million d’euros par mois. Ce poste pourrait représenter à terme environ deux millions d’euros de charges supplémentaires.
C’est dans ce contexte déjà fragilisé que s’ouvre désormais la perspective d’une grève des pilotes.
