Adopté jeudi 1er octobre en conseil municipal, le dispositif d’élus référents doit mailler Ajaccio en dix secteurs et installer des rendez-vous réguliers avec les habitants. La majorité y voit un outil de proximité ; les élus nationalistes dénoncent une gouvernance qui risque de les exclure.
Le maire d’Ajaccio, Stéphane Sbraggia, veut faire de la proximité un marqueur de sa nouvelle mandature. Le conseil municipal a adopté en ce sens, ce jeudi 1er octobre, la mise en place d’une nouvelle gouvernance de quartier reposant sur la désignation d’élus référents, répartis dans dix secteurs géographiques de la commune. Le dispositif, qui doit entrer en action à partir de novembre, entend rapprocher les élus des habitants, recueillir les signalements liés au cadre de vie et assurer un suivi des demandes. Réunions de quartier, permanences mensuelles, concertations ou encore déambulations sont prévues. Les élus référents devront également s’appuyer sur les associations, les commerçants et les représentants de quartier pour faire remonter les besoins du terrain.
Le découpage retenu comprend dix secteurs : du Capo di Feno aux Quartiers des étrangers ; de l’hypercentre au lycée Laetitia, avec notamment les parcs Berthault et Sébastiani ; la partie haute du cours Grandval, Balestrino, les Jardins de l’Empereur, Salario et la Torretta ; Saint-Jean, Loreto, la Gravona, Vittulo et Biancarello ; les Cannes, les Padules, les routes d’Alata et des Milelli ; les Salines, Finosello et Candia ; Pietralba et Noël-Franchini ; la Rocade Nord, d’Alzo di Leva à Bodiccione ; Mezzavia, Suartello, Stiletto et les Confina ; enfin le Vazzio, Aspretto et Saint-Joseph jusqu’à l’intersection du mont Thabor.
« La sectorisation est un découpage qui a essayé de reprendre, dans des ensembles cohérents, la vie telle qu’elle est, c’est-à-dire une mosaïque de quartiers », a expliqué Stéphane Sbraggia. Le maire a toutefois présenté ce nouveau maillage comme une expérimentation, susceptible d’être ajustée au fil de sa mise en œuvre. Un bilan annuel doit être soumis au conseil municipal afin d’évaluer sa pertinence et son efficacité.
Des référents désignés par le maire
C’est précisément la désignation de ces référents qui a alimenté les débats durant la séance. La délibération prévoit que le maire les choisisse parmi les membres du conseil municipal. Pour les élus nationalistes, la formulation laisse entière la question de la place accordée à l’opposition. Danielle Antonini a ainsi estimé que le conseil était invité à approuver un principe « sans que l’essentiel soit défini ». Elle a notamment interrogé l’exécutif sur la future charte des élus référents, leurs missions précises, leurs relations avec les services municipaux et les adjoints, ainsi que sur les critères de leur choix. Surtout, l’élue a demandé si des conseillers municipaux d’opposition pourraient eux aussi être désignés dans les quartiers.
Julia Tiberi a prolongé la critique, jugeant que les habitants devaient pouvoir retrouver, dans les réunions de quartier, les élus qu’ils avaient choisis. « Écarter l’opposition de ce dispositif reviendrait », selon elle, « à réduire la portée institutionnelle du dialogue avec les Ajacciens entre deux scrutins ». Sans garantie sur ce point, elle a dénoncé « un outil de communication au service de la majorité ».
Me Alexandre-Guillaume Tollinchi, conseiller municipal issue de l’ancienne coalition UDR, est venu pour sa part au secours de la majorité municipale, dans le droite fil des sénatoriales, appelant à ne pas transposer les rapports de force électoraux à l’échelle des quartiers. « Nous sommes tous des élus d’Ajaccio », a-t-il rappelé, considérant que l’approche partisane devait passer au second plan dans un dispositif de proximité. Et voit dans cette expérimentation une occasion de « retisser le lien de confiance entre les élus et nos administrés ».
François Filoni, l’ancien délégué RN en Corse, s’est de son côté interrogé sur les moyens nécessaires à sa mise en application, demandant notamment que le nouveau dispositif ne génère pas de coûts supplémentaires, alors que les frais de fonctionnement de la ville approchent « les 80 millions d’euros ». Il a également soulevé la question de l’articulation entre les futurs référents, les 14 adjoints et les services déjà chargés de traiter les problèmes signalés dans les quartiers.
Stéphane Sbraggia a assuré qu’aucune dépense nouvelle n’était envisagée : « C’est essentiellement du temps qu’il faudra trouver. » Il a défendu une démarche fondée à la fois sur l’écoute des habitants et sur l’information autour de l’action municipale. « Je suis le maire de tous les Ajacciens », a-t-il affirmé, non sans ironie envers les élus nationalistes : « C'est une délibération politique, ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Si vous voulez vous associer à la promotion de l’action politique majoritaire que vous combattez ce soir, je suis prêt à imaginer avec vous un nouveau modèle de gouvernance. »
La délibération a finalement été adoptée sans les voix de l'opposition, à l'exception de Me Alexandre-Guillaume Tollinchi. Reste désormais à connaître l’identité des dix élus référents et les règles précises qui encadreront leur action dans chacun des secteurs.


