Le site ajaccien du Fichier automatisé des empreintes digitales doit fermer d’ici 2028 dans le cadre d’une réorganisation nationale, avec un transfert des missions vers Marseille. Une décision qui suscite la colère du syndicat UN1TÉ Corse-du-Sud, qui conteste les justifications avancées et s’inquiète des conséquences de cette centralisation pour le traitement des dossiers corses.
Le site ajaccien du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) va fermer. Annoncée le 29 septembre aux organisations syndicales, cette décision prévoit le transfert des missions actuellement assurées en Corse vers Marseille. Si la fermeture est officiellement programmée pour 2028, elle pourrait intervenir dès 2027, selon le calendrier de mise en place des nouveaux fichiers. Une décision qui provoque la colère d’UN1TÉ Corse-du-Sud. Dans un communiqué, le syndicat dénonce ce qu’il considère comme « la casse de la police technique et scientifique ». « On est très en colère parce que l’administration n’a pas fait la démarche de prendre attache avec les organisations syndicales pour expliquer la fermeture, on apprend ça d’une manière un peu indirecte », explique Pierre Azéma, secrétaire départemental du syndicat UN1TÉ en Corse-du-Sud.
Pour justifier cette fermeture, l’administration aurait notamment avancé un niveau de criminalité jugé insuffisant en Corse pour maintenir ce type de service. Un argument que le syndicat conteste, estimant qu’il ne tient pas compte des spécificités de l’île. « Je pense que c'est méconnaître l’évolution de la Corse », résume Pierre Azéma. « Effectivement, il y a moins d’assassinats et d’attentats que par le passé, mais on commence à connaître la délinquance de voie publique, l’arrachage de bijoux en pleine rue, les car-jackings… On sait que la délinquance en Corse est en train d'évoluer, et qu’elle est en train de se caler sur ce qu’il se passe sur le continent. Et en même temps, on nous annonce une fermeture d'un service qui a pour but la recherche et l’identification des auteurs à travers les traces et indices avec les empreintes digitales. C'est quand même assez contradictoire. »
Au-delà de l’argument lié au niveau de criminalité, c’est aussi la question du traitement des affaires qui inquiète le syndicat. À Ajaccio, deux fonctionnaires sont actuellement affectés à ces missions. Avec la fermeture du site, les missions aujourd’hui réalisées en Corse seront centralisées à Marseille. Cette organisation soulève plusieurs interrogations chez les policiers qui se demandent si « les urgences seront traitées au même niveau et avec la même rapidité qu'à Ajaccio ». « Y aura-t-il des effectifs supplémentaires à Marseille ? Ils doivent être submergés par les dossiers, on va en plus leur apporter ceux d’Ajaccio ? On n’a aucune garantie qu’on sera traité de la même manière. Personne n'est capable de nous le dire et je pense même qu’on ne sera pas prioritaires, parce qu’il semblerait que la criminalité n’est pas assez importante chez nous », ironise le secrétaire départemental d’UN1TÉ.
Pour UN1TÉ Corse-du-Sud, la fermeture du FAED intervient par ailleurs dans un contexte où le gouvernement affiche sa volonté de renforcer la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance. Le syndicat dénonce ainsi une contradiction entre les objectifs affichés et les décisions prises concernant les services présents sur le terrain. « Dans le temps, on avait une antenne police judiciaire en Corse-du-Sud qui était chargée de travailler sur les dossiers du grand banditisme. On l’a perdue, comme le laboratoire de police scientifique d’Ajaccio, et on perd maintenant le FAED. Qu’est-ce qu’on va nous enlever la prochaine fois ? On dit qu'il faut absolument lutter contre la criminalité organisée, qu’il faut vraiment mettre des moyens, mais on se rend compte que les services ferment. On ne peut pas l’accepter. C’est encore une décision purement parisienne sans prendre en compte le contexte local. »
Face à cette annonce de fermeture, le syndicat a décidé de saisir le préfet de Corse-du-Sud par écrit. Il lui demande d’intervenir auprès du ministère afin de tenter d’empêcher la fermeture du site ajaccien. Le sujet doit également être abordé la semaine prochaine lors d’une commission sociale d’administration à la préfecture, à laquelle les représentants syndicaux doivent participer. « Même si ça concerne très peu d'effectifs, on ne peut pas l'accepter, c'est une question de principe. En plus, l’annoncer le jour d'une action nationale qui dénonce la précarité dans la fonction publique et de manière générale dans le monde du travail avec les réductions d'effectifs et de budget, c'est de la provocation. Cette annonce de fermeture de service, c'est une goutte d'eau supplémentaire pour nous. »
