Ajaccio : un nouveau centre de neurochirurgie prévu pour rapprocher les soins des patients

Written on 09/28/2026
Jeanne Soury

Depuis janvier 2025, le Dr Karim Moubarak développe une activité de neurochirurgie à l’Hôpital privé Sud Corse, à Ajaccio. Fin octobre, un centre de neurochirurgie doit officiellement y voir le jour. Une nouvelle étape pour une spécialité encore peu implantée dans le sud de l’île, avec l’ambition de répondre davantage aux besoins des patients et de limiter les départs vers Bastia ou le continent.

Le Dr Karim Moubarak est le seul neurochirurgien à opérer en Corse-du-Sud (© Karim Moubarak)

Jusqu’à récemment, un patient du sud de la Corse nécessitant une intervention neurochirurgicale devait quitter la région pour être pris en charge, à Bastia ou sur le continent. Depuis janvier 2025, le neurochirurgien Karim Moubarak développe cette activité à l’Hôpital privé Sud Corse, à Ajaccio. « Avant moi, il n’y avait personne. Il y avait des consultations de collègues marseillais qui venaient de façon ponctuelle, mais il n’y avait pas de chirurgie sur place », rappelle le neurochirurgien.

La neurochirurgie concerne à la fois le cerveau et la colonne vertébrale. À Ajaccio, le Dr Karim Moubarak pratique aujourd’hui la chirurgie rachidienne. La chirurgie du cerveau reste quant à elle soumise à une autorisation spécifique que l’établissement ne possède pas encore.

Les patients consultent notamment pour des lombalgies ou des cervicalgies, mais l’intervention chirurgicale reste loin d’être systématique. « En moyenne, autour de 11 % des patients ont besoin d’être opérés », explique-t-il.  Pour les autres, la prise en charge passe notamment par la rééducation ou, dans certains cas, des infiltrations.

Réduire les départs hors de Corse

« Il y a un taux de fuite très important pour la neurochirurgie en Corse », constate Karim Moubarak. Avant de s’installer à Ajaccio, le médecin a exercé plus d’une dizaine d’années à Bastia, où il a dirigé le service de neurochirurgie. Malgré le développement de l’activité, l’offre ne permettait pas de couvrir tous les besoins.

Son arrivée à Ajaccio répond aussi à la volonté de se rapprocher d’une patientèle qu’il connaissait déjà. « Les patients partaient d’Ajaccio pour me voir en consultation à Bastia. Et maintenant, il y en a plein qui me disent : “Docteur, c’est bien, heureusement que vous êtes là, on a moins de chemin.” »

Pour une consultation comme pour une intervention, ces déplacements représentent des transports, parfois un accompagnement et une organisation plus lourde. Selon une estimation du Dr Moubarak, son activité à Ajaccio aurait permis, sur un an et demi, d’éviter environ 4 000 transports sanitaires vers Bastia ou le continent pour des consultations, ainsi que 300 à 400 interventions. « C’est autant de transports sanitaires économisés », souligne-t-il. 

L’objectif du centre est donc de développer suffisamment l’offre locale pour éviter ces départs lorsqu’ils ne sont pas nécessaires. « L’ambition pour la neurochirurgie en Corse, c’est qu’on soit autonomes et qu’on n’ait plus à nous justifier tous les jours en disant : “On sait faire, vous inquiétez pas, vous n’avez pas besoin de partir.” »

Ajaccio : un nouveau centre de neurochirurgie prévu pour rapprocher les soins des patients

Le Dr Karim Moubarak a lancé une chaîne YouTube, Dans la tête d’un neurochirurgien, destinée au grand public (© Isula Praxis)

Un centre pour structurer l’offre

La création officielle du centre, au sein de l’hopital privé, est prévue pour la fin du mois d’octobre. Le recrutement d’un deuxième neurochirurgien devait accompagner son lancement, mais le praticien finalement pressenti a accepté une autre proposition. « On va maintenir la date de fin octobre », assure tout de même Karim Moubarak. À terme, il espère toujours renforcer l’équipe.

Le nouveau centre ne signifie toutefois pas que toutes les interventions neurochirurgicales pourront être réalisées à Ajaccio. Certaines prises en charge très spécialisées continueront d’être orientées vers le continent. « Ce sont des niches, des activités qui sont très limitées. Ça ne sert à rien de décider de faire une activité pour quatre ou cinq patients à l’année alors qu’il y a un collègue qui en fait 250 sur le continent », explique-t-il.

L’enjeu est donc moins de tout rapatrier en Corse que de permettre une prise en charge locale chaque fois que cela est pertinent. Le libre choix du patient demeure, rappelle-t-il. Mais encore faut-il connaître les possibilités existantes. « L’important, c’est qu’ils sachent que l’offre existe ici », insiste le docteur. 

Informer pour mieux orienter

Cette volonté de mieux faire connaître la neurochirurgie se poursuit aussi en dehors de l’hôpital. Le Dr Karim Moubarak a lancé une chaîne YouTube, Dans la tête d’un neurochirurgien, destinée au grand public. Une première vidéo explique la spécialité, une prochaine sera consacrée à la sciatique.

Le médecin explique recevoir régulièrement des patients qui ne relèvent finalement pas de la neurochirurgie. « Il y en a trois ou quatre par jour », estime-t-il. Avec cette chaîne, il veut donc aussi aider les patients à mieux s’orienter : « Est-ce que je dois aller voir le docteur Moubarak ou est-ce que je demande à mon médecin généraliste de m’adresser à quelqu’un d’autre ? ». 

Car avec plus de 30 patients reçus chaque jour en consultation, mieux les orienter devient donc un enjeu à part entière : savoir quand consulter un neurochirurgien, et quand s’adresser à un autre professionnel de santé.