Après plusieurs semaines de colère face aux difficultés qui frappent leurs exploitations, les agriculteurs corses se mobilisent ce jeudi 24 septembre dans toute l’île. Des rassemblements sont prévus à partir de 10 heures à Ajaccio, Bastia, Corte, Calvi et Sartène, à l’appel des six organisations syndicales agricoles. Suivez cette mobilisation en direct sur CNI
La colère du monde agricole corse descend dans la rue ce jeudi. Après avoir décidé de faire front commun face à une situation qu’elles jugent désormais intenable, les six organisations syndicales de l’île, à savoir la Coordination Rurale Corsica, la FDSEA 2A, la FDSEA 2B, les JA Corse, Mossa Paisana et Via Campagnola, appellent les agriculteurs à se mobiliser à partir de 10 heures à Ajaccio, Bastia, Corte, Calvi et Sartène.
Au cœur de cette journée, l’enveloppe de 1,3 million d’euros attribuée à la Corse dans le cadre du plan CASI après un été particulièrement marqué par la sécheresse et la canicule. Un montant très loin, selon les syndicats, des pertes réellement subies par les exploitations, estimées entre 8 et 9 millions d’euros dans l’hypothèse basse et jusqu’à 21 millions d’euros selon les estimations les plus élevées. Mais la mobilisation dépasse désormais la seule question de cette aide d’urgence. L’avenir du Plan d’Ambition Corse, la prochaine PAC ou encore la prise en compte des spécificités insulaires figurent également parmi les inquiétudes du monde agricole.
Une mobilisation soutenue bien au-delà du monde agricole
Tout mon soutien à nos agriculteurs mobilisés ce matin en Corse. Notre île est aux avant-postes du changement climatique. La part réservée à la Corse dans les aides nationales est dérisoire. La réponse de l'Etat doit impérativement être réévaluée.https://t.co/rMvMf7xPJs
— Stéphane Sbraggia (@s_sbraggia) September 24, 2026
Plusieurs établissements scolaires bloqués en soutien aux agriculteurs
Au lycée Fesch, à Ajaccio, les élèves mobilisés ont pour leur part choisi de mettre en place un barrage filtrant devant l’établissement, « afin de laisser entrer ceux qui le souhaitent », explique Yoan, élève de seconde. Une action par laquelle les lycéens entendent afficher leur soutien aux agriculteurs corses. « Lors des grosses sécheresses, l’État français est censé indemniser tous les agriculteurs pour leurs pertes financières. Or, l’État n’a indemnisé les agriculteurs corses qu’à hauteur de 1,3 million d’euros, alors que les pertes sont estimées à 9 millions d’euros. La moitié des agriculteurs de l’île sont en train de perdre tout leur travail. La Corse est laissée de côté par l’État français », estime-t-il.
Pour le jeune homme, cette mobilisation a aussi une résonance plus personnelle. « Pour moi, c’était important de mener cette action car une partie des membres de ma famille sont agriculteurs, et puis nous connaissons tous des agriculteurs dans notre entourage. Certains lycéens veulent eux-mêmes devenir agriculteurs. C’est notre culture. On ne peut pas laisser faire ».
10h15- Les agriculteurs commencent à se rassembler à Ajaccio et Bastia
À Bastia, les premiers agriculteurs commencent à arriver devant la préfecture, où le rassemblement est prévu à 10h30
À Ajaccio, une vingtaine d’agriculteurs et plusieurs tracteurs se sont retrouvés en début de matinée au rond-point de Campo dell’Oro. Un cortège a ensuite pris la route en direction de la préfecture en milieu de matinée, où ils ont rejoint les autres participants à la mobilisation.
11 h - À Ajaccio, les syndicats unis pour faire entendre la voix de l'agriculture corse
Une mobilisation qui a aussi la particularité de réunir, main dans la main, les six syndicats agricoles de l’île. « Nous sommes là en intersyndicale car nous sommes tombés d’accord sur pas mal de points, notamment sur le fait de refuser les 1,3 million d’euros proposés par l’État dans le cadre du plan CASI face à la sécheresse qui sévit sur la Corse », souligne François Cianfarani, présidente de la FDSEA 2A.
« Nous sommes réunis aujourd’hui ensemble devant la préfecture d’Ajaccio car nous voulons montrer que la Corse ne se traite pas comme une ligne statistique sur un tableur Excel », explique pour sa part Jean-Baptiste Cantini, président de la MSA de Corse. « C’est aujourd’hui le traitement que fait Paris de la Corse : une simple ligne sur un tableur Excel, des règles de trois, de la proportionnalité avec le nombre d’exploitations… Sauf que la réalité, c’est que nous connaissons la sécheresse depuis des décennies quand la France reçoit son premier coup de chaud cette année. Et on s’aperçoit seulement que la sécheresse a des conséquences importantes sur le terrain », déplore-t-il.
Au-delà de l’aide d’urgence réclamée après un été particulièrement difficile, le président de la MSA insiste surtout sur la nécessité d’apporter des réponses plus durables aux difficultés du monde agricole insulaire. « Le problème, c’est qu’aujourd’hui nos exploitations n’ont plus de trésorerie pour investir et pour préparer les sécheresses de demain, car on va vers un changement climatique. Aujourd’hui, nos agriculteurs n’arrivent même plus à remplir leurs frigidaires. Nous ne faisons pas l’aumône. Ce que les agriculteurs demandent, c’est de pouvoir vivre de leurs productions ». Pour y parvenir, plusieurs leviers doivent selon lui être actionnés. « Il y a des moyens à court terme à travers de l’aide à la trésorerie. Mais il y a aussi des moyens à moyen et à long terme, comme le foncier, le social. Nous voulons construire avec l’État un réel plan pour pouvoir préparer demain et remplir les frigidaires aujourd’hui ».
« On voit que les services de l’État nous ont classé comme une région qui subit pour la première fois une sécheresse, alors que depuis 2003 nous enchainons sécheresses et canicule », grince de son côté, Romain Rubini, éleveur ovin et bovin dans la plaine du Liamone, vice-président de la chambre d’agriculture et président du syndicat Mossa Paisana. « Comparé à d’autres régions, les chiffres annoncés ne nous suffisent pas. Seulement pour la spéculation des ovins et des caprins, pour pouvoir maintenir la production laitière jusqu’au mois de décembre et la première repousse d’herbe, il nous faudrait 5 millions d’euros », pose-t-il.
Mais au-delà du montant des aides, Romain Rubini attend surtout que la situation particulière de l’agriculture insulaire soit enfin reconnue. « Nous n’attendons pas grand-chose des services de l’État, mais au moins la reconnaissance d’être la région métropolitaine la plus excentrée au sud. Si les régions du nord de la France ont connu des sécheresses pour la première fois, nous, cela fait déjà plus de 20 ans que nous les subissons », insiste-t-il, rappelant que les exploitants ont déjà dû adapter leurs pratiques au fil des années pour tenter de préserver leurs cheptels et leur production.
Car pour l’éleveur, l’urgence actuelle doit aussi pousser à préparer les exploitations aux conséquences du changement climatique. « Cela peut devenir compliqué si on ne met pas en place certaines méthodes de travail, et en même temps des financements pour obtenir des retenues collinaires », prévient-il. Il réclame également un allègement des contraintes administratives, avec « moins de paperasse à remplir et des contrôles qui ne sont pas adaptés à nos terrains ». À court terme, Romain Rubini espère la mise en place d’un véritable plan d’urgence pour l’île. « Nous ne sommes pas là pour réclamer l’aumône, ni un dû, mais seulement une réelle reconnaissance de notre agriculture qui subit des sécheresses depuis plus de 20 ans », martèle-t-il. Faute de réponses jugées satisfaisantes à l’issue de cette mobilisation, il prévient que les agriculteurs sont prêts à aller plus loin et à durcir le mouvement. « Si l’avis de la préfecture n’est pas positif, nous allons doubler les actions », insiste ainsi François Cianfarani, présidente de la FDSEA 2A.
À Bastia, une centaine de personnes rassemblées devant la préfecture
Parmi eux le président de la Chambre d'agriculture, Jean-Baptiste Arena, mais aussi le président de la Coordination Rurale Corsica, Cyril Caria, ou encore le président de la FDSEA 2B, Joseph Colombani. De nombreux tracteurs sont stationnés devant la préfecture et la route a été bloquée en milieu de matinée. Des lycéens du lycée agricole de Borgo ont aussi rejoint la mobilisation.
« L’ensemble de la profession a réussi à créer une intersyndicale pour protester aujourd’hui. Le sujet aujourd’hui c’est avant tout le plan CASI qui nous est proposé par le ministère. 1,3 millions d’euros pour la Corse c’est très insatisfaisant car si on divise cette somme par le nombre d’exploitants on arrive à un résultat ridicule de même pas 500 euros chacun, alors qu’avec les services de la Chambre d’agriculture nous avons évalué les pertes à plus de 8 millions d’euros », a indiqué Cyril Caria, président de la Coordination Rurale Corsica avant d’être reçu en préfecture avec une délégation menée par le président de la Chambre d’agriculture.
Des réunions en cours au sein des préfectures
À Calvi, les agriculteurs mobilisés en nombre devant la sous-préfecture
Aux alentours de midi, une délégation a été reçu par le sous-préfet.
À Ajaccio, un agriculteur recadre les jeunes
Une délégation est toujours reçue à la préfecture à la mi-journée. Le rassemblement se poursuit quant à lui dans le calme.







