En Corse, la restauration traditionnelle face à une fréquentation en berne

Written on 09/28/2026
Léana Serve

Alors que le chiffre d’affaires de la restauration traditionnelle recule de 4,9 % au deuxième trimestre 2026, celui de la restauration rapide progresse de 8,3 %. Entre baisse du pouvoir d’achat, nouvelles habitudes de consommation et concurrence accrue, les restaurateurs corses alertent sur une situation devenue préoccupante.

Photo d'illustration

En Corse, la consommation dans la restauration traditionnelle perd du terrain alors que celle dans la restauration rapide progresse. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires des restaurants traditionnels a reculé de 4,9 % sur un an, quand celui de la restauration rapide a augmenté de 8,3 %. Des chiffres issus de l’Observatoire économique de la restauration, réalisé par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) et l’Ordre des experts-comptables, qui illustrent une évolution des habitudes de consommation sur l’île.
 

Une évolution que constate Amaury Maigret, président de la branche restauration de l’UMIH pour la Corse. « Il y a une baisse significative de 5 à 15 % de la consommation selon les établissements, avec moins de clients et un panier moyen qui descend aussi », explique-t-il, précisant que la situation est différente selon les régions. « Le Cap Corse a été sujet à une grosse baisse significative, tout comme le Cortenais, qui n'a pas été aidé par les incendies qui ont touché la région. La Plaine orientale a aussi été frappée par un manque de fréquentation, ainsi que Porto-Vecchio et Ajaccio. La seule région qui sort un peu du lot, c'est la Balagne, où les restaurateurs peuvent pérenniser leur activité. »
 

Comment expliquer cette baisse de fréquentation ? Pour Amaury Maigret, celle-ci pourrait être due « à un pouvoir d’achat en baisse ». « Il y a des chiffres qui ne trompent pas, avec de nombreux établissements qui sont contraints de fermer. On n'a par exemple jamais connu un mois d'août avec aussi peu de fréquentation et avec autant d'irrégularité. Il n'y a plus de règles aujourd'hui : il y a des week-ends où on n'a pas travaillé, et il y a des lundis où on a travaillé correctement alors que ce n’était pas le cas en temps normal. »
 

Mais selon lui, d’autres facteurs pourraient expliquer cette évolution. « Il y a eu une augmentation des offres de restauration rapide, et évidemment, il y a une part de marché qui est récupérée », souligne-t-il. « Naturellement, ça vient répercuter la masse d'une clientèle qui, au lieu d'aller dans un restaurant traditionnel, va dans une restauration rapide avec des milliers de couverts par jour. Et on est également sujet au transport maritime et aérien. Par exemple, le transport maritime a également capté une grosse part de marché, que ce soit sur les dîners ou les petits-déjeuners proposés sur les bateaux. »
 

Aujourd’hui, les restaurateurs traditionnels doivent ainsi redoubler d’efforts pour tenter d’attirer la clientèle. « Dans nos restaurants traditionnels, on doit proposer une expérience aux clients. On doit lui amener quelque chose de supplémentaire pour qu’il n’aille pas dans un fast-food pour manger vite. On essaie de valoriser des cuisines maisons dans nos restaurants traditionnels avec une traçabilité plus précise. Mais aujourd’hui, les clients ont des budgets serrés, et le côté économique joue aussi. On est impactés par un pouvoir d'achat en baisse et rien ne facilite la chose. »
 

Amaury Maigret alerte ainsi sur « une situation catastrophique ». « Il n'y a aucun membre du gouvernement qui parle de la restauration alors qu'on a un écosystème plus qu'indispensable pour le fonctionnement d'un pays. On est le dernier maillon d'une chaîne, que ce soit pour un vigneron, un boucher, un poissonnier, un fournisseur de matériel de restauration… Si le restaurateur va mal, c'est tout un écosystème qui va mal. Et aujourd'hui, on peut constater que c'est catastrophique. Le restaurateur est victime d'un manque de considération, d'aide et d'écoute. Aucun parti politique n’ose parler de nous, alors qu’on est plus qu'indispensables dans le bon fonctionnement d'un pays. Je pense qu'on a une visibilité, surtout en Corse, pour véhiculer une image positive de notre métier. Le seul problème, c'est qu'il n'y a plus de pouvoir d'achat et que les gens ne peuvent plus aller au restaurant parce que leur budget est trop serré, on le voit avec l’essence qui augmente. »