Le Collectif corse pour une paix juste et durable au Proche-Orient exhorte à ne pas oublier les enfants de Gaza

Written on 09/19/2026
Manon Perelli

Près de trois ans après le début de la guerre à Gaza, le Collectif corse pour une paix juste et durable au Proche-Orient veut remettre le sort des enfants au centre de l’attention. À l’occasion d’un rassemblement organisé ce jeudi soir à Ajaccio, l’association a notamment souhaité alerter sur le sort des centaines de milliers d’enfants palestiniens aujourd’hui privés d’école et sur les conséquences que le conflit laissera sur toute une génération.

Depuis quelques jours, les enfants ont retrouvé le chemin de l’école. Cartables sur le dos, ils rejoignent chaque matin leurs classes, retrouvent leurs camarades, leurs enseignants et commencent à prendre le rythme de cette nouvelle année scolaire. Un rituel immuable chaque année. À Gaza, pour des centaines de milliers d’enfants, cette banalité appartient désormais à un autre monde. Après bientôt trois années de guerre, beaucoup n’ont en effet plus d’école où retourner. C’est pour appeler à ne pas oublier leur sort que le Collectif corse pour une paix juste et durable au Proche-Orient avait choisi d’organiser, ce jeudi soir devant le lycée professionnel Jules Antonini à Ajaccio, un rassemblement un peu différent de ceux auxquels il appelle régulièrement depuis le début du conflit. Cette fois, les enfants et leur accès à l’éducation étaient au centre de la mobilisation.
 
« Ce rassemblement a pour objectif d’alerter sur la situation que vivent des centaines de milliers d’enfants à Gaza », explique Thomas Santoni, président de Corsica Palestina. « Pour une majorité d’enfants, il n’y a plus aucun système scolaire ou presque à Gaza », poursuit-il, mettant directement en cause les opérations menées par Israël dans l’enclave palestinienne.  Derrière ses mots, les données des Nations unies donnent la mesure de l’effondrement du système éducatif à Gaza. Selon l’Unicef, près de 700 000 enfants âgés de 4 à 17 ans ont été privés d’un enseignement formel en présentiel pendant presque trois années scolaires consécutives. Au printemps dernier, l’organisation estimait que près de 98 % des bâtiments scolaires de l’enclave palestienne avaient été endommagés et que plus de 93 % nécessitaient une reconstruction complète ou d’importants travaux. Pour cette nouvelle année scolaire, l’enseignement doit donc une nouvelle fois s’organiser dans des conditions extrêmement précaires. Fin août, 22 organisations humanitaires géraient 359 espaces temporaires d’apprentissage répartis à travers la bande de Gaza. Plus de 155 000 cartables et un millier de kits scolaires avaient notamment été acheminés pour tenter de préparer cette rentrée. Dans les camps où vivent de nombreuses familles déplacées, des initiatives tentent aussi de maintenir une continuité dans les apprentissages. « On voit qu’il y a notamment des femmes qui se font aujourd’hui le relais de l’éducation et qui essayent, comme elles peuvent, avec les moyens très faibles qui sont les leurs, de poursuivre l’éducation des enfants, de continuer à leur apprendre à lire, à écrire, à compter », raconte Thomas Santoni. 
 
« On leur vole leur enfance, on leur vole leur avenir »
 
Mais la situation scolaire n’est qu’une partie de ce que le collectif entendait mettre en lumière jeudi soir. Depuis le 7 octobre 2023, les enfants ont payé un très lourd tribut au conflit. « On sait que plus de 21 000 enfants ont été tués et plus de 44 000 ont été blessés, pour certains de manière très grave », indique Thomas Santoni. Selon les dernières données publiées par l’Unicef, parmi eux, plus de 11 000 souffraient de blessures ayant bouleversé durablement leur vie. Un constat auquel s’ajoutent les conséquences psychologiques de près de trois années de conflit. Dans un rapport publié en février, l’Unicef estimait que près d’un million d’enfants de Gaza avaient été exposés aux expériences traumatiques de la guerre, après avoir parfois perdu des proches, leur maison, leur école ou leurs lieux de vie.  « Ces enfants, on n’en parle pas beaucoup », regrette le président de Corsica Palestina en soufflant : « Or, on leur vole leur enfance, on leur vole leur avenir ». 
 

Dans ce droit fil, pour le président de Corsica Palestina, la question est aussi celle des conséquences à long terme de la guerre pour ceux qui survivront. Ceux qui devront grandir avec des blessures parfois irréversibles, mais aussi avec le souvenir de ce qu’ils auront vu et vécu. Et avec, lorsque les armes se tairont un jour, la nécessité de reconstruire autre chose que des bâtiments. « Je pense que ça va être très dur pour ces enfants de construire la paix puisqu’on leur a tout détruit, leur avenir et puis leur enfance », estime-t-il. « Il y a forcément une colère qui se crée, qui est terribleComment allons-nous dire ensuite à ces enfants, s’ils survivent, qu’à leur tour la violence ne sera pas la solution ? ». 
 
Ne pas laisser Gaza tomber dans l’oubli

 
Mais près de trois ans après les attaques du 7 octobre 2023 et le début de la guerre, une autre inquiétude traverse désormais l’association. Celle de voir la guerre à Gaza s’installer peu à peu dans l’arrière-plan de l’actualité. Au fil des mois qui passent, et malgré les bilans s’alourdissent, l’émotion et la mobilisation semblent parfois s’émousser. Un sentiment qui provoque chez Thomas Santoni bien plus que du regret. « Il y a une colère qui est très profonde parce que, pour l’une des premières fois de l’histoire, on assiste à un génocide qui est très documenté, qui est filmé, qui est en direct, là où on a des témoignages qui affluent de partout », lance-t-il. Si Corsica Palestina et le Collectif pour une paix juste et durable au Proche-Orient revendiquent depuis le début du conflit l’utilisation du terme de « génocide » pour qualifier les opérations menées par Israël dans la bande de Gaza, ce terme reste aujourd’hui encore au cœur des débats juridiques et politiques internationaux, même si plusieurs organisations et instances internationales l’ont toutefois employé dans leurs récents travaux. Thomas Santoni estime de son côté qu’il ne peut désormais plus être écarté au regard des destructions, des morts civiles et des conditions dans lesquelles vit la population. « On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. Personne ne pourra dire qu’il n’était pas au courant de ce qui se passe », martèle-t-il. À ses yeux, la question dépasse d’ailleurs les clivages qui accompagnent depuis des décennies le conflit israélo-palestinien. « Je ne comprends même pas comment aujourd’hui on puisse parler d’être pro-palestinien ou pro-israélien », dit-il, en appelant à faire primer la défense des populations civiles, d’un côté, comme de l’autre.
 
Enseignant en histoire-géographie, Thomas Santoni pense aussi à ce qui restera de cette période lorsque l’urgence du présent aura laissé place à l’Histoire. Aux pages qui seront écrites. Et surtout aux questions que poseront peut-être un jour les enfants devenus adultes à ceux qui auront vécu ces années sans pouvoir dire qu’ils ignoraient ce qui se passait. « Que dirons-nous dans dix ans, dans quinze ans, dans vingt ans, quand les enfants nous poseront cette question, comme elle a été posée après la Seconde Guerre mondiale : comment avez-vous pu laisser faire ? », conclut-il.