À Corte, la Faculté de Droit et de Science Politique fait sa rentrée avec plus de 800 étudiants

Written on 09/17/2026
Jeanne Soury

La Faculté de droit et de science politique de Corse a effectué sa rentrée solennelle ce jeudi 17 septembre, dans l’amphithéâtre Landry. Un rendez-vous associé à la cérémonie des lauréats de la promotion 2025-2026, mais aussi l’occasion de lancer une nouvelle année universitaire marquée par une hausse des effectifs, une nouvelle formation destinée aux élus locaux et de nouveaux enjeux pour les futurs juristes.

À Corte, la Faculté de Droit et de Science Politique fait sa rentrée avec plus de 800 étudiants (Photos Studio Graziritratti)

À Corte, la rentrée solennelle ne se résume pas à un rendez-vous institutionnel. Ce jeudi 17 septembre, dans l’après-midi, étudiants et diplômés se sont retrouvés dans l’amphithéâtre Landry pour ouvrir l’année universitaire 2026-2027 et célébrer les lauréats de la promotion précédente. « Ce n’est pas une simple formalité académique comme ça peut l’être dans les autres universités », explique Perrine Dumas, doyenne de la Faculté de droit et de science politique de Corse. Chaque année, une grande figure du monde juridique est invitée à la rencontre des étudiants. Après François Sureau, Christiane Taubira ou encore Maître Spinosi, c’est Nicole Belloubet qui était cette année à l’honneur.

L’ancienne garde des Sceaux explique avoir accepté ce rôle de marraine avec « grand plaisir », notamment en raison de la portée symbolique de l’université corse. « C’est une université qui est née, qui est décédée pendant un temps, et qui renaît depuis désormais un certain nombre de temps », souligne-t-elle, voyant dans son parcours la preuve que « tous les territoires ont une capacité à donner du savoir, à en transmettre ». Pour cette rentrée, Nicole Belloubet a également choisi de parler de dignité aux étudiants : « L’intérêt du droit, qui n’est qu’un outil, doit toujours être mis au service de quelque chose, en l’occurrence de la dignité humaine », résume-t-elle.

Un choix de marraine qui rejoint la volonté de la faculté de faire de cette journée un temps de transmission. « On a envie que les étudiants connaissent le parcours, le visage » de ces personnalités, explique Perrine Dumas, qui y voit aussi « des sources d’inspiration pour eux ».

À Corte, la Faculté de Droit et de Science Politique fait sa rentrée avec plus de 800 étudiants

L’ancienne garde des Sceaux, Nicole Belloubet, est la marraine de cette promotion

Cette année universitaire démarre également avec une progression des effectifs. La faculté compte déjà plus de 800 étudiants, avec environ 815 inscrits recensés la semaine dernière, soit une hausse de 2,5 % par rapport à l’an dernier. Et les inscriptions ne sont pas encore terminées. « On est quand même assez contents d’attirer un nombre croissant d’étudiants », se réjouit Perrine Dumas.

Parmi les nouveautés, une formation destinée aux élus locaux ouvrira au mois de novembre. Créée et dirigée par la constitutionnaliste Wanda Mastor, elle s’adresse exclusivement à la formation continue. Près d’une centaine d’élus locaux se sont déjà pré-inscrits. Face à cet engouement, plusieurs sessions pourraient être organisées. « Il y a tellement d’inscrits qu’on ne peut pas faire qu’une session », souligne la doyenne.

L’intelligence artificielle, nouveau défi pour les juristes

L’évolution du métier de juriste constitue également un enjeu de cette nouvelle année. Le 5 octobre, dans le cadre de la Nuit du droit, la faculté organisera un ciné-débat consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle pour la société et plus particulièrement pour les juristes. « Nous, pour notre part, on les incite à utiliser l’IA avec prudence », explique Perrine Dumas. Car ces outils présentent encore des limites importantes. « En droit, il y a quand même encore beaucoup d’hallucinations. L’IA invente des arrêts, des jurisprudences », rappelle-t-elle.

La faculté entend donc intégrer ces nouveaux usages à la méthodologie enseignée aux étudiants, en les invitant notamment à vérifier les informations produites à partir des bases de données juridiques. Les pratiques restent toutefois diverses selon les enseignants : « Il y a une diversité des approches », reconnaît la doyenne.

Les évolutions institutionnelles de l’île trouvent également leur place dans les enseignements. Un cours consacré au statut de la Corse est proposé en troisième année de licence, dans les parcours droit public et administration publique. En master de droit public, les étudiants abordent également les collectivités à statut particulier. « C’est un très bon terrain de recherche », estime Perrine Dumas, alors que ces questions sont aussi abordées dans les enseignements plus généraux de droit constitutionnel.

À Corte, la Faculté de Droit et de Science Politique fait sa rentrée avec plus de 800 étudiants

L’évolution du métier de juriste constitue également un enjeu de cette nouvelle année

Une ouverture qui dépasse les frontières de l’île

L’attractivité de la faculté ne se limite pas au public insulaire. Des étudiants du continent rejoignent notamment Corte dans le cadre du double diplôme en droit et administration publique. Le master franco-italien permet également à six étudiants corses de passer une partie de leur cursus à l’Université de Pise, avec à la clé un diplôme délivré par les deux établissements.

Pour Perrine Dumas, l’ouverture de l’université ne se mesure toutefois pas seulement au nombre d’étudiants accueillis. La doyenne s’inquiète notamment de l’impact des droits d’inscription élevés imposés aux étudiants étrangers, qui pourraient fragiliser financièrement certains d’entre eux. « Il y a des jeunes qui ont travaillé tout l’été, qui vont dépenser toutes leurs économies uniquement pour l’inscription et qui après vont être en difficulté », alerte-t-elle.

Une préoccupation qui accompagne son souhait pour cette nouvelle année : « Une université performante mais accueillante aussi, ouverte à tout le monde. »