Le réalisateur Louis Clichy présente son premier long-métrage en avant-première à Ajaccio

Written on 09/17/2026
Jeanne Soury

Après avoir travaillé chez Pixar sur WALL-E et Là-haut, puis coréalisé deux adaptations d’Astérix avec Alexandre Astier, Louis Clichy signe son premier long métrage en solo avec Le Corset. Un film d’animation 2D très personnel, inspiré de son enfance dans le monde agricole et de sa propre expérience du corset. Récompensé à Cannes et à Annecy, il a été présenté en avant-première mercredi 16 septembre aux cinémas Ellipse et Laetitia à Ajaccio, avant sa sortie en salles le 14 octobre.

Vous venez de présenter votre premier long-métrage Le Corset à Ajaccio. Cette avant-première a-t-elle une dimension particulière pour vous ?
Ma mère habite ici, donc forcément. Le distributeur avait aussi envie de venir dans la région et ça lui plaisait beaucoup de présenter le film ici. Ma mère a découvert le film, hier. Elle ne montre pas forcément tout de suite ce qu’elle ressent, donc je n’ai pas encore vraiment pu lui poser de questions. Mais je pense qu’elle est très contente et très fière.

Apres avoir travaillé chez Pixar comme animateur sur WALL-E et Là-haut, vous signez votre premier réalisation en solo avec Le Corset. Comment est né ce projet ?
J’ai toujours voulu travailler dans le cinéma. Il y a forcément un moment où, en grandissant, on se dit que certaines envies vont peut-être disparaître. Chez moi, c’est resté. J’ai fais mes armes chez Pixar mais il me manquait quelque chose de plus créatif. Avec Le Corset, j’ai eu envie de raconter une histoire qui partait de choses très personnelles.

À quel moment vous êtes-vous dit que votre enfance pouvait devenir un film ?
Je ne sais pas s’il y a vraiment eu un moment précis. Quand on manque d’idées, on peut parfois aller chercher dans ce qu’on a vécu. J’ai beaucoup travaillé dans le cinéma à Paris, mais j’ai aussi beaucoup vécu à la campagne. Je me suis dit qu’il y avait peut-être là un témoignage intéressant à transmettre. Et puis j’ai moi-même longtemps porté un corset, proche de celui que porte Christophe dans le film. C’est une situation compliquée, particulièrement lorsqu’elle arrive à l’adolescence. Je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à raconter autour de cet enfermement : celui d’un adolescent avec son corset, mais aussi celui d’une famille isolée et épuisée, dans le milieu rural et agricole.

Vous êtes vous-même né dans une famille d’agriculteurs. Est-ce aussi une manière de rendre hommage à cette période de votre vie ?
Oui, je pense que oui, un peu. J’ai grandi dans ce milieu pendant mes dix premières années, avant que mes parents se séparent et que je parte vivre à Orléans. La ferme a ensuite été vendue, donc la question de la transmission ne s’est plus vraiment posée. Et ça m’arrangeait aussi un peu : je n’étais pas certain d’être très compétent pour faire ce métier ! Plus sérieusement, il y avait cette envie de revenir sur des lieux et des personnes que j’avais connus : des gens assez taiseux, qui ne disent pas forcément les choses, mais qui travaillent énormément. C’est aussi un monde dont on parle finalement assez peu au cinéma. Je trouvais intéressant de le montrer, tout en évoquant les effets pervers d’une production à outrance.

Comment avez-vous construit le personnage de Christophe, ce garçon plutôt introverti qui se retrouve malgré lui au centre de l’histoire ?
Par moments, c’est une version un peu améliorée de moi-même, et à d’autres moments, il est très différent. Je me suis aussi beaucoup inspiré de mon fils. Christophe est assez introverti, il ne cherche pas à faire de vagues, mais un coup du sort va le mettre malgré lui sur le devant de la scène. Le fait qu’il soit l’enfant du milieu est aussi volontaire : c’est une place qui peut être compliquée.

Vous avez choisi une animation 2D traditionnelle, avec un dessin à l’encre de Chine et un travail à l’aquarelle. Comment avez-vous imaginé cet univers visuel ?
J’ai fait moi-même les designs des personnages et j’ai cherché pendant des mois comment je voulais les représenter. Je voulais que Christophe soit un garçon un peu chétif, avec un grand frère plus baraqué, et une petite fille qui ramène quelque chose de l’enfance. Je dessine à l’encre de Chine, avec un pinceau. Pour des raisons techniques, l’animation est faite sur une tablette, mais elle reproduit le geste du pinceau. Ensuite, on travaille la couleur sur ces traits noirs, avec l’idée d’avoir une image vivante et chatoyante.

Et pour les voix, vous avez également cherché à rester au plus près du réel ?
Oui. Il faut dire que mon fils a joué une place importante dans le rôle de Christophe, car je voulais des voix qui ne soient pas forcément celles d’acteurs professionnels. J’ai fait des « castings sauvages » en passant de petites annonces. Les gens motivés venaient et j’ai eu beaucoup de demandes. On a aussi enregistré les voix directement dans une vraie ferme, dans les décors du film, notamment à bord des engins agricoles. Les micros étaient installés sur les fronts : c’était un tournage sans caméra, dans les conditions du réel. C’était assez chouette.

Le film a reçu le Prix spécial du jury à Cannes, puis trois récompenses à Annecy. Avez-vous été surpris par cet accueil ?
Oui, forcément. Quand on repense au début du projet, on se souvient que ça n’a pas été simple. Une campagne, un enfant qui porte un corset… ce n’est pas forcément le projet qui paraît le plus évident sur le papier. Il a fallu convaincre. Alors, quand on reçoit ensuite ces éloges, on repense à tous ces moments compliqués. On a été très heureux de recevoir un prix à Cannes, et Annecy a ensuite confirmé qu’il y avait un véritable engouement autour du film.

Le film sortira en salles le 14 octobre. Qu’aimeriez-vous qu’il provoque chez les spectateurs ?
J’aimerais surtout qu’il fasse parler. J’aime l’idée qu’il puisse provoquer des discussions familiales qui n’avaient peut-être jamais eu lieu auparavant. Je pense aussi beaucoup aux personnes qui ont porté un corset. J’ai reçu beaucoup de témoignages de gens qui vivent avec ça. Ce sont parfois des choses que l’on tait, donc le fait de les voir à l’écran peut permettre de se sentir un peu moins isolé.

Et après Le Corset, quelle place voulez-vous donner à ce cinéma très personnel ?
J’aime l’idée de continuer à faire des films à petit budget, parce que cela donne une grande liberté de ton. Si Le Corset peut me permettre de faire plus facilement les choses dont j’ai envie, sans avoir à convaincre autant qu’au départ, ce serait formidable.