83 ans après, Ajaccio transmet la mémoire de sa Libération aux jeunes générations

Written on 09/09/2026
Jeanne Soury

Ce mercredi 9 septembre, Ajaccio a commémoré le 83e anniversaire de sa Libération. Une cérémonie placée sous le signe de la transmission, avec la participation de nombreux élèves et, pour la première fois, la présence du consul général des États-Unis. Après les dépôts de gerbes, les collégiens ont poursuivi la matinée avec la projection d’un documentaire consacré au rôle des Américains dans la Libération de la Corse.

Des portraits de résistants entre les mains, les élèves avancent au rythme de la cérémonie. Ce mercredi 9 septembre, Ajaccio commémore le 83e anniversaire de sa Libération, un événement qui fait de la cité impériale la première ville française libérée. Au-delà du devoir de mémoire, la matinée est surtout placée sous le signe de la transmission aux nouvelles générations.

Autour du maire d’Ajaccio Stéphane Sbraggia, du préfet de Corse Éric Jalon, du député Laurent Marcangeli, de la rectrice et, pour la première fois, de Jérémy Berndt, consul général des États-Unis, les jeunes ont pris part aux différents temps forts.

Pour Pierre Tardi, directeur départemental de l’Office national des combattants et victimes de guerre de Corse-du-Sud, le choix de placer les jeunes au centre de la commémoration était volontaire. « On l’a voulu tourner vers la jeunesse », explique-t-il. L’objectif est de rappeler qu’en 1943, des hommes et des femmes se sont levés pour « dire non à la tyrannie » et à la barbarie, au nom de valeurs universelles.

Au collège Arthur Giovoni, plusieurs élèves de quatrième de la classe défense ont participé à la cérémonie. Pour leur professeur d’histoire-géographie, Jean-François Giffon, cette journée permet de donner du sens à ce qu’ils voient autour d’eux. « L’idée, c’est aussi de faire sortir un petit peu la caricature » autour de la notion de défense, explique-t-il.

Celle-ci ne se résume pas à l’armée et peut aussi concerner « la défense de l’environnement, la défense de la mémoire, la défense du patrimoine ». Depuis cette année, le collège du Stiletto a rejoint ceux de Laetitia-Bonaparte et d’Arthur Giovoni, en ouvrant sa première classe de défense.

« Je savais vraiment pas » que les Américains étaient venus

L’enseignant avait préparé ses élèves dès lundi avec une séance consacrée au 9 septembre 1943. Une manière de relier l’histoire locale au programme scolaire. Une transmission d’autant plus importante que les derniers témoins disparaissent progressivement : « La flamme doit rester vivante », estime-t-il.

Après la cérémonie, les élèves ont été invités à poursuivre cette plongée dans l’histoire à l’hôtel de ville, dans la salle du conseil municipal, avec la projection du documentaire USS Corsica - La Corse et les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Un film d’une trentaine de minutes, adapté au jeune public, qui mêle quelques touches d’humour à une approche pédagogique et accessible de cette période historique.

Pour Maïssa, élève de 4e7, le film a permis de découvrir des éléments qu’elle ignorait. Elle connaissait déjà un peu l’histoire de la Libération grâce à son professeur, mais « je savais vraiment pas » que les Américains étaient venus en Corse. Une découverte qui lui donne « vraiment hâte » de continuer à apprendre cette histoire. Youssef, lui, retient surtout « les sacrifices » racontés dans le film. Il connaissait déjà « un peu » l’histoire de la Libération grâce à son professeur et se dit prêt à continuer à la découvrir dans les prochaines années. Iwan connaissait lui aussi une partie de cette histoire, notamment grâce à ses grands frères et sa grande sœur. Il a apprécié le documentaire, mais aussi ses touches d’humour.

Pour Jean-François Giffon, l’enthousiasme des élèves a finalement dépassé leurs premières appréhensions. Certains ne savaient pas à quoi s’attendre avant de participer à une cérémonie officielle.
 

Une jeunesse qui prend part au devoir de mémoire

Certains élèves n’étaient pas de simples spectateurs. Agathe et Louna ont participé à la cérémonie en tant que porte-drapeaux après avoir suivi une formation. Une mission parfois éprouvante lorsque les drapeaux sont lourds et que la chaleur s’installe. Louna portait notamment le drapeau de la Légion d’honneur. « Avec la chaleur, c’est assez compliqué », reconnaît-elle. Mais cette expérience la rend « énormément fière ».

Antoine, lui, était maître de cérémonie. Déjà formé au rôle de porte-drapeau, il a appris les règles de placement et de protocole. Pour lui, cette participation est « un plus », notamment pour devenir un citoyen davantage engagé : « Montrer que nous sommes une jeunesse fière de notre histoire, fière de notre Corse », résume-t-il. À Ajaccio, 83 ans après la Libération, la mémoire ne se transmet donc plus seulement dans les manuels scolaires.