En cette fin août, plusieurs cérémonies ont rendu hommage aux hommes tombés dans l’accomplissement de leur mission lors des incendies qui ont marqué la Balagne. À quelques jours d’intervalle, la mémoire du forestier-sapeur Jean-Antoine Guidoni, décédé en 1987 entre Calenzana et Zilia, puis celle de Serge Martinelli à Felicetu décédé en 1994, a été honorée. Au-delà des uniformes et des services, le SIS 2B entend faire vivre une même mémoire, celle de tous ceux qui ont perdu la vie en protégeant les autres et le territoire.
En cette fin du mois d’août, la Balagne s’est une nouvelle fois souvenue de ceux que l’on appelle les soldats du feu. Une volonté portée notamment par le Service d’incendie et de secours de Haute-Corse, ne laisser aucun nom s’effacer et entretenir une mémoire qui dépasse les appartenances administratives.
« Nous ne devons pas oublier ces personnes qui ont perdu leur vie pour sauver celles des autres. Mettre à l’honneur ceux qui sont tombés, c’est aussi montrer que nous ne voulons oublier personne », souligne Hyacinthe Vanni, président du SIS 2B.
Jean-Antoine Guidoni, mort au feu en 1987
Entre Calenzana et Zilia, la cérémonie consacrée à Jean-Antoine Guidoni a ramené les participants trente-neuf ans en arrière.
Le 24 août 1987, vers 9 h 30, un violent incendie éclate sur la commune de Calenzana. Attisées par un vent particulièrement fort, les flammes progressent en direction du quartier Sainte-Restitude et menacent plusieurs habitations. Sapeurs-pompiers et forestiers-sapeurs concentrent alors leurs efforts sur la protection des personnes et des biens.
Vers 16 h 30, le feu redouble d’intensité. Le front menace de franchir la départementale et de progresser vers Zilia et Montemaggiore. Avec un collègue, Jean-Antoine Guidoni engage plusieurs manœuvres offensives depuis le bord de la route afin de contenir les flammes.
Pris dans une épaisse fumée et soumis à une chaleur intense après plusieurs heures d’efforts, le forestier-sapeur s’effondre brutalement. Malgré l’intervention rapide des secours, il ne pourra être réanimé.
Il avait 50 ans.
Entré chez les forestiers-sapeurs en 1974, Jean-Antoine Guidoni appartenait à la première génération de ces hommes engagés dans la défense des massifs insulaires. Lors de l’hommage, sa gentillesse, son dévouement et son engagement au service de ses concitoyens ont été rappelés.
Pour Jacques Santelli, maire de Zilia, le souvenir reste particulièrement vivant. « À l’époque j’étais jeune, mais je garde le souvenir d’un homme volontaire et très attaché à son village et à sa terre».
Un souvenir qui fait aussi écho à l’actualité des incendies. L’élu a rappelé combien la vigilance demeure nécessaire et salué l’action des sapeurs-pompiers et forestiers-sapeurs récemment encore mobilisés sur un départ de feu dans la commune.
Une mémoire qui dépasse les uniformes
Autour de la stèle de Jean-Antoine Guidoni, la diversité des uniformes avait précisément valeur de symbole. Forestiers-sapeurs, sapeurs-pompiers, personnels de la Sécurité civile, anciens collègues et représentants venus de Corse-du-Sud étaient réunis.
Pierre Pierri, directeur du SIS 2B, a insisté sur cette dimension interservices. « chaque année, la cérémonie permet de rappeler le sacrifice du forestier-sapeur mais également l’unité de tous ceux qui combattent les incendies ».
Un déplacement qui avait également une signification particulière pour Gauthier Carré, directeur de la Corse-du-Sud. « Ce que l’on fait pour les personnes mortes en service commandé est un témoignage de soutien et de solidarité à ceux qui nous ont précédés, mais aussi à ceux qui travaillent aujourd’hui à nos côtés».
Car la lutte contre les feux de forêt ne connaît guère les frontières entre administrations. Durant toute la saison, les différents services interviennent côte à côte. La mémoire suit la même logique.
« Nous tenons chaque année a lui rendre hommage et à rendre hommage à son sacrifice. Autant nous sommes ensemble dans la lutte, autant nous sommes ensemble dans la mémoire », résume Jean-Francois Guerini, responsables présents, évoquant tour à tour les différents services.
Les cérémonies rappellent également une réalité opérationnelle malgré l’évolution des matériels, des techniques et des moyens de protection, le feu reste imprévisible. Le sacrifice de ceux qui sont tombés impose aux générations actuelles « une posture d’humilité, d’anticipation et d’attention particulière » concernant la sécurité individuelle et collective.
À Felicetu, le souvenir de Serge Martinelli
Puis c’est au tour de Serge Martinelli qui était au cœur du souvenir à Felicetu.
Là encore, la cérémonie a dépassé le simple hommage individuel pour rappeler ce que représente l’engagement de ces hommes envers leur terre et leur population.
Une image s’est imposée, la stèle dédiée à Serge Martinelli faisant face au monument aux morts. D’un côté, ceux tombés lors des conflits, de l’autre, un homme mort en défendant son territoire contre les flammes. L’expression « soldat du feu » prenait alors une résonance particulière.
Présent à la cérémonie, Jean-Michel Pinaud, maire de Nessa, a évoqué ce parallèle et ce même devoir de mémoire envers « ceux qui se battent et donnent de leur vie pour défendre les autres ».
Mais à Felicetu, la mémoire de Serge Martinelli passe également par les mots et la musique.
Sa sœur, Isabelle Martinelli, a évoqué avec émotion la chanson consacrée à son frère, devenue au fil des années un autre moyen de transmettre son souvenir. Une chanson aujourd’hui reprise par de nouvelles générations.
« Quand on l’écoute, on ferme les yeux et on se revoit dans les ruelles, à la fontaine, partout ensemble quand on était petits », confie-t-elle. Et de souhaiter que cette chanson continue à être chantée « encore et encore », afin que la mémoire de son frère poursuive son chemin.
« Ne laisser personne dans l’oubli »
De Calenzana et Zilia à Felicetu, ces cérémonies racontent finalement une histoire commune. Celle d’hommes qui, à différentes époques et sous différents uniformes, se sont engagés face au feu pour protéger des vies, des villages et une terre à laquelle ils étaient profondément attachés.
C’est précisément le sens que le SIS 2B souhaite donner à ces commémorations, rassembler les services plutôt que distinguer les corps, et honorer tous ceux qui sont tombés dans l’exercice de leur mission.
Car derrière le devoir de mémoire envers les disparus se trouve aussi un message adressé à ceux qui combattent aujourd’hui les incendies, et à ceux qui le feront demain.
Trente-neuf ans après la disparition de Jean-Antoine Guidoni, son engagement demeure ainsi inscrit dans la mémoire collective. Comme celui de Serge Martinelli et de tous les hommes tombés au feu.
Une mémoire entretenue non seulement pour regarder le passé, mais pour rappeler que derrière chaque uniforme se trouvent des femmes et des hommes qui, lorsque le feu menace, font le choix de protéger les autres.

