Quarante ans après, Lumiu et Calvi rendent hommage au gendarme Pascal Beneito

Written on 08/21/2026
Maria-Serena Volpei-Aliotti

Quarante ans jour pour jour après la disparition du gendarme Pascal Beneito, mort à l’âge de 23 ans alors qu’il portait secours à la population lors d’un violent incendie à Lumiu, sa mémoire a été honorée ce jeudi 20 août. Une cérémonie particulièrement émouvante s’est d’abord tenue sur les lieux du drame, en présence de sa famille et des autorités civiles, militaires et religieuses, avant le baptême de la caserne de gendarmerie de Calvi qui porte désormais son nom.


Le 20 août 1986, la Balagne était frappée par de violents incendies. À Lumiu, au lieu-dit Muracciolle, un feu attisé par un vent violent menaçait les habitations et progressait rapidement entre les cultures, le maquis et les biens rencontrés sur son passage.
Ce jour-là, Pascal Beneito, jeune gendarme de 23 ans appartenant à l’escadron de gendarmerie mobile 14/9 de Valenciennes, était en mission de renfort sur l’île. Aux côtés des gendarmes locaux et des sapeurs-pompiers, il participait à l’évacuation des habitations menacées par les flammes.
Alors que des militaires de la gendarmerie portaient secours à un particulier qui tentait d’échapper à la fournaise, Pascal Beneito perdait la vie en accomplissant sa mission. Tous les habitants de Lumiu purent être sauvés. Mais le jeune gendarme, lui, ne rentra jamais auprès des siens.
 

Quarante ans après, le souvenir intact à Lumiu
Ce jeudi, exactement quarante ans après les faits, famille, gendarmes, élus et représentants des autorités se sont retrouvés sur les lieux mêmes du drame pour lui rendre hommage. La cérémonie s’est déroulée en présence notamment du sous-préfet, des maires de Lumiu et de Calvi, de représentants des sapeurs-pompiers, de la sécurité civile et de la gendarmerie d’active comme de réserve, ainsi que de nombreux militaires. Les membres de la famille de Pascal Beneito avaient également fait le déplacement pour ce rendez-vous chargé d’émotion.
Depuis quatre décennies, cette date reste profondément ancrée dans leur histoire familiale.
« Aujourd’hui, nous honorons la mémoire de notre frère Pascal qui nous a quittés il y a 40 ans. Quarante ans, et il me semble que c’était hier », a confié sa sœur.
Elle a rappelé le bouleversement provoqué par la disparition du jeune homme, alors âgé de seulement 23 ans, mais également la volonté de sa famille de transmettre son souvenir aux générations suivantes.
« Il était gendarme, il aimait son métier, il avait choisi de servir, de protéger et il a sacrifié sa vie pour toutes ces raisons. Nous sommes ici pour faire vivre sa mémoire, pour nous souvenir du jeune homme qu’il était, de ses qualités, de son courage, de sa joie de vivre et surtout de l’être cher qu’il était pour nous». 
Une pensée particulière a également été adressée à leur père, décédé sans s’être jamais remis de la perte de son fils, ainsi qu’à leur mère, aujourd’hui âgée de 82 ans et présente par la pensée.
 

La caserne de Calvi porte désormais son nom
Après la cérémonie de Lumiu, l’hommage s’est poursuivi à Calvi où les participants se sont retrouvés à la caserne de gendarmerie pour un second moment hautement symbolique, le baptême officiel du bâtiment au nom de Pascal Beneito.
Une initiative portée par la capitaine Emmanuelle Vaz de Matos, commandant la compagnie de gendarmerie de Calvi.
Arrivée en Balagne l’été dernier, l’officier avait souhaité que le quarantième anniversaire de la disparition du jeune gendarme dépasse le cadre de la seule commémoration annuelle. La caserne de Calvi, qui n’avait jamais reçu de nom malgré ses quelque quarante années d’existence, portait jusqu’alors celui de Tamariccia, en référence à une rue adjacente.
« La mise à l’honneur d’un jeune militaire de 23 ans qui n’a pas hésité à risquer sa vie pour sauver celle des autres me semblait largement prioritaire », a-t-elle expliqué.
 
Le choix de Pascal Beneito possède également une dimension particulière puisque le jeune homme était, comme les militaires de l’escadron de Saint-Gaudens présents à la cérémonie, un gendarme mobile venu en renfort en Corse. Une mission toujours assurée aujourd’hui par des militaires venus de toute la France afin d’épauler les unités locales, notamment durant la période estivale.
Pour la capitaine Emmanuelle Vaz de Matos, inscrire son nom sur le fronton de la caserne permet désormais de faire vivre sa mémoire au quotidien. « Le courage du gendarme Beneito résonne universellement. Il fédère, il inspire. Car avant même d’être un gendarme, c’était un camarade, un jeune homme exceptionnel, un fils, un frère». 
La démarche s’est notamment appuyée sur les archives de la procédure ouverte par le parquet de Bastia à la suite des incendies du 20 août 1986 ainsi que sur les échanges avec la famille du gendarme.
 
« Le service aux autres qui est honoré »
Présent lors du baptême, le maire de Calvi, Ange Santini, a lui aussi salué l’initiative et insisté sur la portée de cet hommage.
« Aujourd’hui, la mémoire collective permet de rendre un souvenir à un jeune gendarme, Pascal, qui était venu quelques semaines en Corse et qui a été à la fois héros et victime de son devoir », a-t-il déclaré.
Pour le maire, le nom désormais apposé sur la caserne rappelle également ce que représente l’engagement quotidien des gendarmes auprès de la population et les risques inhérents à leur mission.
« À travers cette inauguration, c’est la symbolique du service de l’État, du service aux autres, qui est honorée à travers le sacrifice d’un jeune gendarme de 23 ans».
Ange Santini a également rendu hommage au travail de proximité effectué quotidiennement par les militaires en Corse, notamment en matière de prévention et de protection des personnes et des biens.
Quarante ans après, son nom entre ainsi durablement dans la mémoire de la gendarmerie de Calvi et de la Balagne. Une manière de faire vivre, au-delà des cérémonies commémoratives, le souvenir de ce jeune gendarme venu en Corse pour servir et qui, le 20 août 1986 à Lumiu, est allé jusqu’au sacrifice de sa propre vie pour protéger celle des autres.