A l'Alma Salvatica, des enfants de Porto-Vecchio ont mis leur nez dans les plantes du maquis

Written on 08/22/2026
Julien Castelli

Sensibiliser les petits Porto-Vecchiais qui fréquentent la Maison de quartier de Pifano aux fonctions des végétaux du maquis insulaire, c’est l’objectif que s’était fixé ce mardi matin Stevana Careddu, la directrice de l’Alma Salvatica, le conservatoire des plantes de Porto-Vecchio. Un monde végétal qui souffre en ce moment, compte tenu des fortes chaleurs et du manque d’eau.

Durant une heure, la directrice de l'Alma Salvatica, Stevana Careddu, a expliqué aux enfants comment les plantes s'alimentent, s'hydratent, respirent ou communiquent.

A l’ombre des oliviers de l’Alma Salvatica, Stevana Careddu explique en quelques mots aux cinq enfants présents comment mettre leurs sens en éveil pour mieux comprendre le fonctionnement du monde végétal insulaire : « Aujourd’hui, on va rencontrer des plantes. On va les regarder, les sentir, les toucher. On peut même les écouter. » Après avoir été autorisé à jouer sur une balançoire, ces enfants qui ont suivi tout l’été les activités de la Maison de quartier de Pifano vont pouvoir prêter une attention particulière à leur environnement naturel. 

Stevana Careddu les invite à se diriger vers le jardin, où le jaune domine à peu près partout en cette saison caniculaire. Les végétaux ont soif, mais à l’Alma Salvatica, on n’arrose pas, dans le souci d’éviter toute interaction humaine dans le processus physiologique des plantes. « Les plantes sont en stress permanent en ce moment, déplore la Porto-Vecchiaise. Là, on voit que l’olivier a ses feuilles recourbées, ce qui signifique qu’il a très soif, alors que c’est une plante résiliente, normalement. »

" Ca sent la javel"

Un peu plus loin, bien qu’asséchés, des plants de lavande sauvage tentent de résister aux températures extrêmes. S’adressant aux enfants, Stevana Careddu se charge des présentations : « On l’appelle la lavande papillon, car au-dessus, il y a quatre petits pétales qui seront pollinisés non par des abeilles, mais par des papillons. » A l’Alma Salvatica, ont été réunis différents écosystèmes de végétaux en cohérence : « Ce qui les rend résilients, c’est de communiquer les uns avec les autres, et ce qu’ils peuvent s’apporter mutuellement. »

 

A l'Alma Salvatica, des enfants de Porto-Vecchio ont mis leur nez dans les plantes du maquis

Ces cinq jeunes Porto-Vecchiais ont suivi tout l'été les activités proposées par la Maison de quartier de Pifano.

Les enfants écoutent, interagissent. Portant un brin de teucrium à ses narines, Assia grimace : « Ca sent la javel ! » Stevana Careddu et les accompagnatrices de la Maison de quartier esquissent un sourire, pensant que la fillette de 10 ans confond avec la lessive parfumée aux plantes. Et le lentisque sentirait le petit pois ? « Je ne trouve pas, moi », balaie une petite fille s’imaginant à table, devant son assiette : « Oui, mais le petit pois frais, avec sa cosse ! », précise Stevana Careddu.

"C'est du chiba ! Il y en a chez ma grand-mère"

Regardant une longue tige fleurie au bout, Joudia 5 ans, dit toute son incrédulité quand on lui explique qu’il s’agit d’une carotte sauvage : «
On la voit pas, la carotte... » « La carotte, c’est une racine. Et quand tu manges une carotte, tu manges une racine », lui explique posément Stevana. Un massif d’artemisia (absynthe) suscitera beaucoup plus d’engouement, car ces petits Porto-Vecchiais d’origine nord-africaine savent parfaitement l’identifier : « C’est du chiba, on en met dans le thé ! Il y en a chez ma grand-mère », s’extasie Assia.

A l'Alma Salvatica, des enfants de Porto-Vecchio ont mis leur nez dans les plantes du maquis

Autour des fourmilières, des petits monticules de brindilles parsèment le sol. Ce sont les enveloppes végétales rejetées par les fourmis, qui ne conservent que les graines pour s'alimenter.

Au milieu de tous ces végétaux, des ouvrières particulièrement bien organisées s’affairent : des fourmis. Ces fourmis-là ne sont ni la tapinoma magnum, ni la fourmi d’Argentine, les deux espèces invasives de Corse : « II y en avait ici, mais elles sont parties », constate la directrice de l’Alma Salvatica, qui l’explique par le travail réalisé localement sur la biodiversité, lequel a permis de laisser le champ libre à une espèce de fourmis endémique. Les fourmis de l’Alma Salvatica recueillent les graines des végétaux pour s’en nourrir. Elles les apportent dans les fourmillières, puis rejettent l’enveloppe végétale, ce qui créé des monticules de compost recouvrant le sol par endroits, le protégeant des fortes chaleurs. « Ca veut dire que ça, c’est sa poubelle à la fourmi ? » a très bien compris Aya, 6 ans. Après une heure de visite durant laquelle ils ont montré beaucoup d’intérêt, les enfants ont bien mérité de refaire un tour de balançoire. « J’ai bien aimé la plante qui sentait le thé, confie Annass, 10 ans. Elle sentait bon. » Le petit garçon a appris plusieurs choses : « Je ne savais pas que les plantes pouvaient entendre, ni qu’elles pouvaient boire par la racine. » Spontanément, Aya décrit tout le bien que lui a procuré cette immersion au plus près de la nature : « La prochaine fois, je viendrai avec papa et maman. On va rester ici et on va prendre de bonnes plantes. »