« J’ai repris goût à la vie » : le combat d’Anne-Laure Castelli contre les bandelettes anti-incontinence

Written on 08/18/2026
Julien Castelli

Après des années de douleurs et d’errance médicale, Anne-Laure Castelli a fait retirer aux États-Unis la bandelette sous-urétrale qui lui avait été posée en France en 2016. Depuis, cette Porto-Vecchiaise d’origine, qui vit en région parisienne, a fondé l’association Balance ta bandelette, afin de recueillir les témoignages de femmes confrontées à ces complications. Elle réclame davantage d’informations sur les risques liés à ces implants - qui visent à remédier à l'incontinence urinaire ou aux descentes d'organes - et milite avec son association, pour un moratoire sur leur utilisation.

Anne-Laure Castelli, 42 ans, vit en région parisienne, mais vient régulièrement à Porto-Vecchio, d'où elle est originaire.

- Anne-Laure Castelli, votre vie a changé depuis le jour où on vous a posé une bandelette sous-urêtrale. Que s’est-il passé ? 

Tout a commencé après mon premier accouchement en 2008. L’accouchement a été très compliqué. J’ai eu par la suite des douleurs au dos et j’ai eu du mal à m’en remettre. J’aI commencé à avoir des fuites urinaires quand je rigolais ou je toussais. C’était vraiment minime, mais les fuites persistaient. Donc en 2016, je suis allée voir un urologue, sur les conseils de mon médecin traitant. Et il m’a de suite proposé cette intervention chirurgicale. C’était une opération de confort pour pallier les fuites à venir.

- A cettte époque, que saviez-vous de ces bandelettes ?

Rien. Pour moi, c’était anodin cette chirurgie. On m’avait simplement dit que ça se mettrait sous l’urètre. Mais je n’ai pas vu le matériau, je n’ai pas vu la façon dont ça allait être positionné. Ca m’a été présenté comme une solution de confort, sans risques derrière. 

- Ces bandelettes sont arrivées sur le marché mondial dans les années 90. Il s’était donc écoulé vingt ans entre le début de leur commercialisation et la pose vous concernant. Estimez-vous que les autorités sanitaires ont manqué de recul ?

Oui, j’estime qu’il n’y a pas eu d’études suffisamment poussées sur l’impact pour le corps humain. On parle d’un implant synthétique en polypropylène qui est implanté. Or, le corps de la femme évolue avec le temps. Les tissus vieillissent. Je pense à cette enquête de Cash Investigation, « Implants : tous cobayes ? (2018) », qui met en lumière des manquements relatifs aux contrôles de ces implants, qui représentaient un business qui s’est développé de manière massive. C’est là que je me suis dit que mes douleurs provenaient sûrement de cette fameuse bandelette qu’on m’avait posée.


- En mai 2024, vous fondez l’association Balance ta bandelette, qui vous permet d’être en contact avec des femmes victimes, comme vous, de ces bandelettes. Que vous relaient-elles, comme messages ?

Tous les jours, on reçoit des appels de détresse. Il y en a qui parlent de suicide. Il y a aussi eu un cas d’euthanasie, en Belgique… Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de femmes qui nous contacteraient. En parler entre nous, c’est se dire qu’on n’est pas folles, qu’on n’est pas seules. Quand les complications arrivent, les femmes ont des difficultés à s’asseoir, à marcher. Elles ont des problèmes urinaires, de type infections à répétition. Il y en a qui développent des inflammations.

- Bien que ces complications ne soient pas automatiques. De nombreuses femmes ont pu se faire poser une bandelette sans jamais avoir ressenti de douleurs.

Oui, tout à fait. Mais la volonté de notre association, c’est de permettre aux femmes de pouvoir faire un choix éclairé, en tenant compte de tous les éléments qu’elles auront à leur disposition. Il faut qu’elles sachent qu’une bandelette s’implante dans les chairs au bout de quelques jours. Et si complication il doit y avoir, il faut intervenir tout de suite. Car des douleurs peuvent intervenir plusieurs mois après la pose, voire des années.

-  Chaque corps réagit différemment ?

Exactement. Moi, j’ai eu des cystites à répétition. J’allais aux toilettes trente fois par jour. Je me levais huit fois la nuit. J’avais des brûlures tout le temps au niveau de la vessie. J’avais des décharges, comme des coups de poignard. Et dès que j’ai retiré mon implant, ça a été terminé. Tout ça pour dire que l’errance médicale, c’est ce qu’il y a de pire. Car on souffre, mais on ne sait pas pourquoi. Je pensais que ça venait de mon dos, j’ai eu deux opérations. Et pendant ce temps-là, on me disait que mes douleurs n’avaient pas de lien avec la bandelette. Et la plupart des femmes qui nous contactent relèvent la réalité de cette errance médicale.
 

« J’ai repris goût à la vie » : le combat d’Anne-Laure Castelli contre les bandelettes anti-incontinence

Les bandelettes sous-urétrales sont destinées à traiter l’incontinence urinaire d’effort. Il existe aussi des implants de renfort pelvien pour les prolapsus (descentes d’organes).

- Il y a trois ans, en 2023, vous avez sauté le pas en partant vous faire opérer aux Etats-Unis pour vous faire retirer la bandelette. En France, ce n’était pas possible ?

Ca a évolué favorablement en France. Depuis avril 2025, il y a eu un décret qui encadre la pose et la dépose. Et des centres spécialisés ont été identifiés, notamment des CHU. Après, il y a quand même un flou énorme. Par exemple, on n’a pas les noms des chirurgiens formés à faire ces explantations. Moi, en 2022, j’avais perdu confiance dans le corps médical en France. Et je voyais sur Facebook que des femmes partaient aux Etats-Unis se faire opérer par le docteur Veronikis (le chirurgien reconnu mondialement comme la référence en matière de retrait de bandelettes, NDLR). Je n’avais pas de certitudes, mais j’ai décidé de partir, en février 2023. J’y suis restée dix jours. Le lendemain de mon opération, le docteur vient me voir dans ma chambre et me dit qu’il n’avait jamais vu une bandelette aussi serrée de toute sa carrière… Cette opération, c’est le meilleur choix que j’ai fait de ma vie. Tout de suite, je n’ai plus eu cette sensation de cystite. Rien que le fait d’arriver à faire pipi normalement, j’étais trop contente ! Et pour les douleurs, j’ai eu une amélioration notable au bout de six mois, puis au bout d’un an et demi. Mais il ne faut pas croire que tout revient comme avant la pose. La fatigue s’est installée et mon corps tolère beaucoup moins de choses. La position statique debout, ça reste compliqué. L’assise aussi. Mais j’ai repris goût à la vie et j’ai moins de crises d’angoisse. A quel prix aussi ? Cette opération m’a coûté 20 000 euros. J’ai pu me faire aider par ma famille, mais c’est un choix qui n’est pas donné à tout le monde.

- Les témoignages de souffrance de ces femmes victimes de complications se sont multipliés  ces dernières années. En réaction, les autorités de santé ont procédé à des ajustements avec plus des mesures de contrôle, de régulation ou d’encadrement des pratiques. Ce n’est pas encore suffisant, selon vous ?

Non pas du tout. Au niveau de notre association, on aimerait même qu’il y ait un moratoire parce que malgré les décrets, toute l’information sur les risques encourus n’est pas communiquée aux femmes qui seraient tentées de se faire poser une bandelette. 

- Vous êtes en contact avec des députés. Qu’attendez-vous d’eux ? Dans quelle mesure pourraient-ils s’emparer de la problématique ?

On a été reçu par Frédéric Valletoux, le président (groupe Horizons) de la commission des affaires sociales. Et en mars, il y a eu un colloque qui a été organisé à l’Assemblée nationale par le député Sébastien Peytavie (du groupe Ecologiste et social), qui avait été sollicité par l’association DIVA, une autre association qui se bat comme nous contre les dispositifs d’implants vaginaux. J’ai pu y assister. Et des députés de La France Insoumise, notamment Maxime Laisney, qui habite ma ville, mais aussi Ségolène Amiot et Elise Leboucher, ont proposé de préparer une nouvelle table ronde à l’Assemblée nationale, courant septembre. Et cet été, en Corse, j’ai sollicité Paul-André Colombani, qui m’a dit qu’il serait présent à cette réunion. En espérant que le vote d’un moratoire découlera de ces échanges. Ailleurs, ça s’est fait. Des pays ont voté des interdictions temporaires d’utilisation de ces bandelettes. C’est le cas notamment du Royaume-Uni depuis 2018 et de la Nouvelle-Zélande en 2023, et ces suspensions sont toujours en vigueur aujourd’hui.

- Quelles alternatives préconisez-vous ?

Il y a des pessaires. Ce sont des dispositifs médicaux qui sont retirables, qui permettent de contenir les organes quand il y a une descente et aussi d’éviter les fuites urinaires. Et après un accouchement, il faut tout simplement suivre une rééducation périnéale adaptée. Et faire avec les fuites, car c’est normal d’en avoir après un accouchement. Même si on peut les limiter, car le périnée est un muscle. Et comme tout muscle, ça s’entretient.

- Que voulez-vous dire aux femmes, en Corse, qui liraient cette interview et pourraient se reconnaître à travers le récit de votre propre souffrance ?

Je pense qu’il faut qu’elles s’intéressent sérieusement au sujet. La dernière fois, je parlais avec une dame ici en Corse, et elle me disait : « J’ai une bandelette depuis cinq ans et tout va bien. Par contre, j’ai des envies pressantes que je n’avais pas avant. » En avoir parlé a pu lui permettre de cheminer et d’identifier d’éventuels effets secondaires. Que ces femmes qui se sentent concernées contactent notre association. On n’est pas avocat, on n’est pas médecin, mais on propose une écoute, une information sur les risques encourus et sur les alternatives à la chirurgie et un échange de témoignages. On n’est pas seules !

Contact : 07 80 90 42 08 ou association@balancetabandelette.org. Pour en savoir plus : https://balancetabandelette-officiel.org