À Bastia, l'école d'apnée Cala di Mare fait découvrir une discipline encore méconnue. Loin des clichés du sport extrême, ses pratiquants mettent en avant une activité accessible, axée sur le bien-être, la maîtrise de soi et la découverte du monde sous-marin.
(Photos : Gérard Baldocchi)
Il est midi sur le Vieux-Port de Bastia. Joseph Laurelli, quinze ans d’expérience dans la pratique de l’apnée, attend ses élèves pour une sortie au large de Miomo. Son école, Cala di Mare, qu’il a créée il y a trois ans, rassemble toute l’année les passionnés corses de cette discipline, mais aussi de nombreux touristes durant la saison estivale.
Son ambition : faire vivre ce sport et la philosophie qui l’entoure. Avec un premier objectif : « Faire tomber les préjugés sur la pratique de l’apnée », insiste Joseph Laurelli. Perçu comme un sport extrême qui met en scène des sportifs flirtant avec les limites du corps humain, ce passionné veut battre en brèche ces clichés : « C’est un sport, une hygiène de vie, une philosophie. Notre rôle est de sensibiliser sur les risques et de montrer que, si c’est fait dans les règles de l’art et encadré, on ne risque rien. »
Rappelant que son club accueille des adolescents à partir de 14 ans et que son doyen a 75 ans et descend à 50 mètres de profondeur, Joseph Laurelli insiste sur le fait que l’apnée est un sport ouvert à tous : « On adapte la pratique en fonction du public. On a aussi des personnes en situation de handicap. »
Alors, quel est le secret des apnéistes ? « C’est paradoxal : en apnée, on doit apprendre à respirer ! 80 % de la descente dépend de la préparation. On a toute une méthodologie pour apprendre à respirer, à se détendre et à faire descendre notre rythme cardiaque. Une fois qu’on a ces astuces, la descente se fait de manière plus détendue. » explique le créateur de l’école Cala di Mare, avant de rassurer les intéressés : « C’est une pratique dans laquelle on évolue très vite. En quelques séances, on peut arriver à 20 mètres de profondeur. Au-delà, il faut mettre d’autres techniques en place qui doivent être travaillées. »
Pour y parvenir, plusieurs sorties et entraînements sont mis en place : « On s’entraîne à la piscine l’hiver, en apnée indoor, en faisant le plus de longueurs possible. On a aussi de l’apnée statique en piscine et, en extérieur, on fait de la profondeur en descendant le long d’un câble. On a des adhérents qui descendent à 60 ou 65 mètres. »
Si des compétitions existent, avec notamment les belles performances de l'Ajaccienne Anne-Sophie Passalboni, la grande majorité des apnéistes est à la recherche de sensations, voire de communion avec la nature et le monde marin : « On est aussi dans le sport bien-être, on cible tous les publics. » glisse Joseph Laurelli avant de poursuivre : « L’apnée, c’est un voyage. On part d’un point A pour aller à un point B. Et pendant ce trajet, il se passe plein de choses. Beaucoup pensent qu’ils sont ailleurs, d’autres font un check intérieur et, en sortant de là, on se prend une dose de dopamine. » Un bon moyen de flirter avec ses limites psychologiques, le manque d’air et l’adaptation à la profondeur.
Sur le Vieux-Port de Bastia, Cathy, 44 ans, est l’une des élèves du club d’apnée. Après avoir commencé très jeune la plongée avec bouteille, elle pratique désormais l’apnée depuis trois ans : « Je me sentais un peu claustrophobe avec tout ce matériel. » Pour celle qui reste sous l’eau un peu plus d’une minute et descend à un peu plus de 15 mètres de profondeur, ce sport est avant tout une expérience unique : « C’est nous-mêmes avec la mer, avec le milieu marin, on ne fait qu’un avec la mer, on est vraiment comme les poissons. On recherche une sensation de bien-être et un moment pour soi. »
Un moment de méditation et de détente dans un magnifique terrain de jeu, conclut Joseph Laurelli : « On a des épaves qui méritent d’être visitées, comme celle du P-47 à Miomo, qui est accessible. On a des roches devant Bastia avec beaucoup de poissons. » Pour en avoir le cœur net, le mieux, c’est d’essayer !
