L’Assemblée de Corse a débattu de la mise en place dans le PADDUC d’une trajectoire de sobriété foncière imposée par la Loi ZAN (Zéro artificialisation nette) à l’horizon 2050. L’Exécutif propose un nouveau modèle d'urbanisation dit « de rupture » afin d’inverser la tendance à la spéculation et à la dépossession foncière et basé sur la construction de logements permanents pour les résidents corses et sur un rééquilibrage entre littoral et montagne avec une répartition par commune des droits à construire. La répartition présentée ne fait pas consensus. La concertation avec les territoires débutera dès la rentrée de septembre pour un vote prévu en mars 2027.
Comment atteindre 65% de réduction d’artificialisation des terres à l’horizon 2035 ? C’est l’objectif que s’est fixé l’Exécutif corse avec la mise en œuvre d’une trajectoire de sobriété foncière. Présentée jeudi après-midi à l’Assemblée de Corse, cette trajectoire est dictée par la Loi Climat et Résilience, adoptée en 2021 et révisée en 2023, qui exige une division par deux du rythme de consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers sur la période 2021-2031 pour aboutir au Zéro Artificialisation Nette (ZAN) en 2050. Cette Loi générale admet, grâce à un amendement porté par l’ex-député, Jean-Félix Acquaviva, un dispositif particulier pour la Corse, lui permettant de prendre en compte sa singularité, - à savoir un foncier contraint par l’insularité et la géographie et soumis à une forte consommation d’espaces et à une spéculation foncière et immobilière préoccupante – et d’intégrer cet objectif de sobriété foncière dans la révision du PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse), engagée par la Collectivité de Corse (CDC) depuis un an. « Le PADDUC doit atteindre le Zéro Artificialisation Nette en 2050, c’est une loi non négociable, mais il peut définir à quelle vitesse on va l’atteindre et la répartition de l’effort sur les territoires », précise d’emblée Julien Paolini, conseiller exécutif et président de l’Agence d’urbanisme et d’énergie de la Corse (AUE). Cet objectif pose, ajoute-t-il, une triple question : Pourquoi ? Que faire ? Comment ? Et c’est là que rapidement, pour l’opposition, le bât blesse !
Une trajectoire de rupture
Estimant que cet objectif est « plus indispensable en Corse qu’ailleurs » au vu des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, notamment la difficulté d’accès au foncier agricole et au logement, l’Exécutif propose « une trajectoire de rupture » avec le modèle existant et table sur une réduction de consommation d’espaces de deux tiers, soit moins 1200 hectares (ha), à l’horizon 2035. Il décline plusieurs objectifs stratégiques : l’accès prioritaire au logement en résidence principale, la préservation des terres agricoles stratégiques pour la sécurité alimentaire de l'île, la limitation de la rente foncière et de la spéculation liées à l'étalement. « Nous proposerons, à la rentrée, dans le PADDUC, la création d’espaces stratégiques dédiés au logement principal, au logement social et des espaces à vocation économique », annonce Julien Paolini. Pour justifier cette stratégie de rupture, il dresse un tableau noir de la consommation d’espaces sur la période de référence définie par la Loi ZAN, la décennie 2011-2021. « Depuis 1875, les espaces urbanisés ont été multipliés par 10 pour une croissance démographique modérée multipliée par 1,3. Est-ce qu’en urbanisant 10 fois plus, on a mieux répondu aux besoins des Corses ? La Corse est passée de 6000 résidences secondaires à la fin des années 1970, essentiellement situées dans les villages, à 96 000 aujourd’hui, soit une augmentation significative de 90 000 résidences secondaires en 50 ans, situées essentiellement sur le littoral touristique. Sur la période de référence 2011-2021, on a construit 40 000 nouveaux logements dont 18 000 résidences secondaires et consommé 3350 hectares. Il s’est construit deux fois plus de logements qu’on a accueilli de ménages. La plupart de ces logements n’ont pas bénéficié aux Corses qui vivent sur l’île ».
Une trajectoire de rupture
Estimant que cet objectif est « plus indispensable en Corse qu’ailleurs » au vu des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, notamment la difficulté d’accès au foncier agricole et au logement, l’Exécutif propose « une trajectoire de rupture » avec le modèle existant et table sur une réduction de consommation d’espaces de deux tiers, soit moins 1200 hectares (ha), à l’horizon 2035. Il décline plusieurs objectifs stratégiques : l’accès prioritaire au logement en résidence principale, la préservation des terres agricoles stratégiques pour la sécurité alimentaire de l'île, la limitation de la rente foncière et de la spéculation liées à l'étalement. « Nous proposerons, à la rentrée, dans le PADDUC, la création d’espaces stratégiques dédiés au logement principal, au logement social et des espaces à vocation économique », annonce Julien Paolini. Pour justifier cette stratégie de rupture, il dresse un tableau noir de la consommation d’espaces sur la période de référence définie par la Loi ZAN, la décennie 2011-2021. « Depuis 1875, les espaces urbanisés ont été multipliés par 10 pour une croissance démographique modérée multipliée par 1,3. Est-ce qu’en urbanisant 10 fois plus, on a mieux répondu aux besoins des Corses ? La Corse est passée de 6000 résidences secondaires à la fin des années 1970, essentiellement situées dans les villages, à 96 000 aujourd’hui, soit une augmentation significative de 90 000 résidences secondaires en 50 ans, situées essentiellement sur le littoral touristique. Sur la période de référence 2011-2021, on a construit 40 000 nouveaux logements dont 18 000 résidences secondaires et consommé 3350 hectares. Il s’est construit deux fois plus de logements qu’on a accueilli de ménages. La plupart de ces logements n’ont pas bénéficié aux Corses qui vivent sur l’île ».
Une Corse à trois vitesses
Cette consommation d’espace est très inégale sur le territoire et dessine, ajoute-t-il, « une Corse à trois vitesses ». Sur la décennie passée, dix communes sur les 360 que compte l’île ont artificialisé un tiers des 3300 ha, soit 1100 ha. 20 communes en ont consommé 50%, 200 communes ont consommé moins de 1 ha et 30 communes affichent une consommation nulle. Les zones urbaines et périurbaines ont connu la plus forte croissance démographique, « qui a entrainé un choc, un bouleversement dans notre société avec perte de repères et sentiment de dépossession, de dilution ». Ensuite, les zones littorales touristiques ont subi une explosion des résidences secondaires. « On a perdu de la population bien qu’on ait construit beaucoup de logements. Tous les Corses constatent que la promesse du droit n’a pas été tenue, notamment l’application de la Loi littoral qui date de 1986, avant le PADDUC, et qui interdit l’extension de constructions en discontinuité des zones déjà urbanisées. Cela génère un sentiment d’injustice, de colère, quand les Corses se voient refuser un permis de construire dans un village. On a construit avec des documents illégaux au regard de la Loi littoral, c’est la responsabilité de l’Etat qui a délivré les permis et les autorisations d’urbanisme ». Enfin, les zones de l’Intérieur et de montagne n’ont connu « aucun dynamisme, aucune consommation », mais un phénomène nouveau : « Ce qui était invendable, il y a encore 10 ans, est vendu, ce qui provoque l’inquiétude bien légitime des maires, notamment concernant les maisons patrimoniales qui sont menacées par les mécanismes spéculatifs ». Les inégalités territoriales sont également criantes entre les trois principales villes de Corse : de 2011 à 2021, Aiacciu a accueilli 3500 ménages nouveaux permanents et consommé 100 ha, Bastia, 2500 ménages nouveaux pour 50 ha consommés, Portivechju, 100 ménages nouveaux pour 200 ha consommés, soit deux fois plus qu’Aiacciu pour un différentiel de 3000 ménages.
Un effort à répartir
Partant de ce constat, que faire ? « La loi et le bon sens nous obligent à répartir cet effort de sobriété », affirme le président de l’AUE. « Nous proposons que la territorialisation de l’effort se fasse à la maille communale. Tout d’abord pour sécuriser juridiquement la trajectoire du ZAN, parce que force est de constater qu’en Corse, la seule planification se fait à la maille communale avec les PLU et les cartes communales. Ensuite, pour définir une échelle de répartition qui garantit l’équité entre les territoires et permet de s’adapter à leurs spécificités ». Le principe est d’instaurer une péréquation qui consiste à distribuer aux communes rurales et de montagne une partie des droits d’extension des communes littorales qui se sont déjà beaucoup étendues afin de leur garantir au moins 1 ha de droits de constructibilité, quelque soit leur consommation passée. « La sobriété foncière n’est pas l’absence de développement économique », prévient Julien Paolini. « On peut construire des logements à titre principal, réhabiliter les habitations, développer le foncier agricole, avoir un développement économique plus harmonieux et plus durable et laisser une bouffée d’oxygène aux territoires de montagne et de l’Intérieur, leur laisser un droit au développement. On propose une trajectoire de résistance au profit des Corses, une économie de production, un rééquilibrage territorial et de combattre un modèle qui est à l’œuvre depuis 50 ans et qui appauvrit les Corses ».
Cette consommation d’espace est très inégale sur le territoire et dessine, ajoute-t-il, « une Corse à trois vitesses ». Sur la décennie passée, dix communes sur les 360 que compte l’île ont artificialisé un tiers des 3300 ha, soit 1100 ha. 20 communes en ont consommé 50%, 200 communes ont consommé moins de 1 ha et 30 communes affichent une consommation nulle. Les zones urbaines et périurbaines ont connu la plus forte croissance démographique, « qui a entrainé un choc, un bouleversement dans notre société avec perte de repères et sentiment de dépossession, de dilution ». Ensuite, les zones littorales touristiques ont subi une explosion des résidences secondaires. « On a perdu de la population bien qu’on ait construit beaucoup de logements. Tous les Corses constatent que la promesse du droit n’a pas été tenue, notamment l’application de la Loi littoral qui date de 1986, avant le PADDUC, et qui interdit l’extension de constructions en discontinuité des zones déjà urbanisées. Cela génère un sentiment d’injustice, de colère, quand les Corses se voient refuser un permis de construire dans un village. On a construit avec des documents illégaux au regard de la Loi littoral, c’est la responsabilité de l’Etat qui a délivré les permis et les autorisations d’urbanisme ». Enfin, les zones de l’Intérieur et de montagne n’ont connu « aucun dynamisme, aucune consommation », mais un phénomène nouveau : « Ce qui était invendable, il y a encore 10 ans, est vendu, ce qui provoque l’inquiétude bien légitime des maires, notamment concernant les maisons patrimoniales qui sont menacées par les mécanismes spéculatifs ». Les inégalités territoriales sont également criantes entre les trois principales villes de Corse : de 2011 à 2021, Aiacciu a accueilli 3500 ménages nouveaux permanents et consommé 100 ha, Bastia, 2500 ménages nouveaux pour 50 ha consommés, Portivechju, 100 ménages nouveaux pour 200 ha consommés, soit deux fois plus qu’Aiacciu pour un différentiel de 3000 ménages.
Un effort à répartir
Partant de ce constat, que faire ? « La loi et le bon sens nous obligent à répartir cet effort de sobriété », affirme le président de l’AUE. « Nous proposons que la territorialisation de l’effort se fasse à la maille communale. Tout d’abord pour sécuriser juridiquement la trajectoire du ZAN, parce que force est de constater qu’en Corse, la seule planification se fait à la maille communale avec les PLU et les cartes communales. Ensuite, pour définir une échelle de répartition qui garantit l’équité entre les territoires et permet de s’adapter à leurs spécificités ». Le principe est d’instaurer une péréquation qui consiste à distribuer aux communes rurales et de montagne une partie des droits d’extension des communes littorales qui se sont déjà beaucoup étendues afin de leur garantir au moins 1 ha de droits de constructibilité, quelque soit leur consommation passée. « La sobriété foncière n’est pas l’absence de développement économique », prévient Julien Paolini. « On peut construire des logements à titre principal, réhabiliter les habitations, développer le foncier agricole, avoir un développement économique plus harmonieux et plus durable et laisser une bouffée d’oxygène aux territoires de montagne et de l’Intérieur, leur laisser un droit au développement. On propose une trajectoire de résistance au profit des Corses, une économie de production, un rééquilibrage territorial et de combattre un modèle qui est à l’œuvre depuis 50 ans et qui appauvrit les Corses ».
Une autorité de tutelle ?
Si l’application de la Loi ZAN s’impose à tous dans l’hémicycle, la territorialisation de l’effort fait débat. Les critiques fusent à droite. Angèle Chiappini pour le groupe Un Soffiu Novu, s’inquiète de la répartition par commune des droits à construire et de la remise en cause du principe de libre administration des collectivités : « Nous devons être vigilants afin que la CDC ne devienne pas une autorité de tutelle qui distribuera les droits à construire aux communes. Il existe une différence fondamentale entre fixer un cap général et déterminer ce que chaque commune pourra construire ou pas. Les responsabilités seraient locales et les marges de manœuvre régionales, ce serait mal perçues par les communes ! Accompagner les communes, ce n’est pas les administrer. Il ne faudrait pas que le PADDUC, qui est un document de projets, soit perçu comme un document de quotas ». Sa consœur, Cathy Cognetti, ne cache ni son scepticisme, ni ses craintes à propos de la Loi ZAN : « On ne peut pas continuer à appliquer les mêmes règles à des réalités territoriales complètement différentes parce que c’est là le problème. Dans beaucoup de communes de l’Intérieur, construire un seul logement, ce n’est pas du luxe, c’est une condition de survie. Limiter indistinctement la consommation foncière revient à condamner ces territoires alors même qu’ils n’ont pratiquement rien artificialisé depuis des années. Les maires de petites communes ne demandent pas le droit à bétonner, ils demandent simplement le droit d’aménager intelligemment leur territoire, ils demandent aussi des moyens. Le PADDUC est devenu un document davantage perçu comme une accumulation de contraintes que comme un levier de développement. Ne reproduisons plus cette erreur avec le ZAN ! ». Et de lancer à l’Exécutif : « Faites en sorte que la trajectoire, que nous adoptons, soit réaliste, différenciée selon les territoires, respectueuse des spécificités des communes rurales et surtout applicable ! ». Le président du groupe, Jean-Martin Mondoloni s’énerve : « On part sur une mauvaise approche, on vous le dit tout de suite : ça ne va pas fonctionner ! Soit on est sur la base d’objectifs partagés, soit ça va être votre PADDUC et ça va être, pour nous, la politique de la chaise vide. Ce ne sera pas le camp de la droite contre le camp de la majorité ! ».
Si l’application de la Loi ZAN s’impose à tous dans l’hémicycle, la territorialisation de l’effort fait débat. Les critiques fusent à droite. Angèle Chiappini pour le groupe Un Soffiu Novu, s’inquiète de la répartition par commune des droits à construire et de la remise en cause du principe de libre administration des collectivités : « Nous devons être vigilants afin que la CDC ne devienne pas une autorité de tutelle qui distribuera les droits à construire aux communes. Il existe une différence fondamentale entre fixer un cap général et déterminer ce que chaque commune pourra construire ou pas. Les responsabilités seraient locales et les marges de manœuvre régionales, ce serait mal perçues par les communes ! Accompagner les communes, ce n’est pas les administrer. Il ne faudrait pas que le PADDUC, qui est un document de projets, soit perçu comme un document de quotas ». Sa consœur, Cathy Cognetti, ne cache ni son scepticisme, ni ses craintes à propos de la Loi ZAN : « On ne peut pas continuer à appliquer les mêmes règles à des réalités territoriales complètement différentes parce que c’est là le problème. Dans beaucoup de communes de l’Intérieur, construire un seul logement, ce n’est pas du luxe, c’est une condition de survie. Limiter indistinctement la consommation foncière revient à condamner ces territoires alors même qu’ils n’ont pratiquement rien artificialisé depuis des années. Les maires de petites communes ne demandent pas le droit à bétonner, ils demandent simplement le droit d’aménager intelligemment leur territoire, ils demandent aussi des moyens. Le PADDUC est devenu un document davantage perçu comme une accumulation de contraintes que comme un levier de développement. Ne reproduisons plus cette erreur avec le ZAN ! ». Et de lancer à l’Exécutif : « Faites en sorte que la trajectoire, que nous adoptons, soit réaliste, différenciée selon les territoires, respectueuse des spécificités des communes rurales et surtout applicable ! ». Le président du groupe, Jean-Martin Mondoloni s’énerve : « On part sur une mauvaise approche, on vous le dit tout de suite : ça ne va pas fonctionner ! Soit on est sur la base d’objectifs partagés, soit ça va être votre PADDUC et ça va être, pour nous, la politique de la chaise vide. Ce ne sera pas le camp de la droite contre le camp de la majorité ! ».
Non à la territorialisation !
Le risque de tutelle et la méthode sont également fustigés par Jean-Christophe Angelini, président du groupe Avanzemu : « Cette majorité explique doctement et précisément ce qu’elle ne veut pas faire, mais elle n’explique jamais ce qu’elle voudrait faire et ce qu’il faut faire. Ce pays n’a pas de boussole claire en matière de développement. Si on peut être d’accord sur le fait de réduire la trajectoire, c’est le marché, y compris dans ses excès et ses dérives que nous ne partageons pas, qui risque de l’emporter, et je ne suis pas certain que ce que vous nous proposez aujourd’hui inverse la tendance ». Le maire de Portivechju n’entend pas se laisser dicter ses choix : « Je suis contre, à un point que vous n’imaginez même pas, la territorialisation des objectifs de la ZAN à l’échelle communale. D’abord parce que l’architecture institutionnelle de la Corse étouffe les collectivités locales, de cela, vous n’y êtes pour rien ! Je n’ai pas été élu pour suivre vos directives, j’ai été élu pour représenter une population qui ne m’a pas dit ça ! Je ne vais pas vous laisser faire ! Je veux rester en tant que maire en situation de maitriser les objectifs de mon PLU voté en conformité avec les objectifs de la CDC, mais pas en soumission et en dépendance ! ». Et de marteler : « Non au principe qui consiste à ôter, en partie au moins, aux communes leurs prérogatives et leur capacité à décider ! Non à une vision qui ne consacre pas assez nettement une vision de l’économie ! ». Avant d’exhorter l’Exécutif au pragmatisme.
Le risque de tutelle et la méthode sont également fustigés par Jean-Christophe Angelini, président du groupe Avanzemu : « Cette majorité explique doctement et précisément ce qu’elle ne veut pas faire, mais elle n’explique jamais ce qu’elle voudrait faire et ce qu’il faut faire. Ce pays n’a pas de boussole claire en matière de développement. Si on peut être d’accord sur le fait de réduire la trajectoire, c’est le marché, y compris dans ses excès et ses dérives que nous ne partageons pas, qui risque de l’emporter, et je ne suis pas certain que ce que vous nous proposez aujourd’hui inverse la tendance ». Le maire de Portivechju n’entend pas se laisser dicter ses choix : « Je suis contre, à un point que vous n’imaginez même pas, la territorialisation des objectifs de la ZAN à l’échelle communale. D’abord parce que l’architecture institutionnelle de la Corse étouffe les collectivités locales, de cela, vous n’y êtes pour rien ! Je n’ai pas été élu pour suivre vos directives, j’ai été élu pour représenter une population qui ne m’a pas dit ça ! Je ne vais pas vous laisser faire ! Je veux rester en tant que maire en situation de maitriser les objectifs de mon PLU voté en conformité avec les objectifs de la CDC, mais pas en soumission et en dépendance ! ». Et de marteler : « Non au principe qui consiste à ôter, en partie au moins, aux communes leurs prérogatives et leur capacité à décider ! Non à une vision qui ne consacre pas assez nettement une vision de l’économie ! ». Avant d’exhorter l’Exécutif au pragmatisme.
Le jugement de l’histoire
Le ton est très différent dans les autres groupes nationalistes qui déplorent le constat et appellent à un sursaut. Paul-Félix Benedetti, président de Core in Fronte, exprime son amertume devant la réalité accablante décrite dans le rapport. « Il faut s’interroger sur cette frénésie de consommation. Ce n’est pas la fatalité, c’est la conséquence d’une politique de louvoiement… Le maire n’a pas été le rempart, mais le pivot malgré lui d’une logique de prédation et de dépossession qui se transforme en logique mafieuse ». Le leader indépendantiste, qui n’a pas voté le PADDUC, interpelle : « Va-t-on continuer à accepter la logique de la prédation ou va-t-on enfin tourner le dos à toutes ces pratiques malsaines ? Cette décennie de gouvernance patriotique n’a pas permis d’endiguer tous ces flux liés à la logique de l’argent et du profit. On sera jugé par l’histoire ! Soit on redresse le cap pour que la Corse de demain soit préservée, apaisée, sans logique de spéculation et de voracité sur la consommation des plus beaux terrains, soit elle continuera à sombrer dans cette logique du profit, de la normalisation par l’argent et par l’invasion de tous ceux pour qui la Corse est un eldorado accueillant avec des prix du m2 maritime qui sont encore bas. On est à la croisée des chemins, on a raté une grande étape ». Pour lui, il est temps de prendre les bonnes décisions et d’être dans une vraie logique de rupture : « Ce rapport est le début d’une reprise en compte d’un objectif politique stratégique afin de maintenir la Corse dans un état de souveraineté naturelle qui permet de définir des besoins avec des objectifs précis, et que l’on ne donne plus des droits à construire permanents sans projets adossés et que chaque m2 consommé ne soit plus un m2 reproché. Il faut une trajectoire agraire et foncière compatible avec des lendemains meilleurs ».
La maitrise du foncier
Le président de l’AUE répond tranquillement en rappelant que la Loi donne au PADDUC la latitude de choisir son échelle de territorialisation. « Pas de tutelle, mais une aide à la décision, c’est aussi une manière de protéger les maires dans leurs décisions. Le PADDUC sera approuvé en 2027 et les communes ont trois ans pour se mettre en compatibilité avec, c’est à elles de décider de leur stratégie ». La méthode et le risque invoqué de contentieux ? « La méthode, qu’on utilise, donne l’exacte réalité du terrain. S’il y a du contentieux, on a des éléments solides pour argumenter ». Il dénonce de faux procès : « On est dans une co-construction qui va s’engager dès à présent sur ce sujet-là et une concertation qui s’ouvrira en septembre-octobre avec les territoires dans le cadre du calendrier de la révision du PADDUC ». Sur la vision économique : « La maitrise publique du foncier est essentielle. Le foncier pour le développement économique et les grandes infrastructures sera pris sur l’enveloppe territoriale ». Les prix de l’immobilier ? « En Corse, on a beaucoup construit, ça n’a pas fait diminuer les prix qui n’ont cessé d’augmenter. Il y a d’autres mécanismes à l’œuvre. Il y a la pauvreté réelle, la pauvreté ressentie par les Corses et il y a la misère symbolique d’un peuple qui a peur de disparaître, de jeunes qui n’arrivent plus à se loger ou à trouver un terrain pour construire. On se bat contre la logique d’uniformisation du peuple corse. Je crois que la solidarité est le moteur de l’évolution, de la résistance et de la rupture qu’on prône en opposition à la compétition entre les hommes et les territoires ».
Un choix politique
Le président du Conseil exécutif, Gilles Giovannangeli, assume un choix politique « Ce travail sur le PADDUC doit être un traceur politique de cette fin de mandature, un choix de société qui nous porte. Il ne s’agit pas d’imposer une vision, mais de trouver le chemin du débat pour aller vers un compromis sans se renier. Les solutions ne sont pas techniques, mais politiques. Nous assumons le choix de la sobriété dans la gestion de l’eau et de la terre. La question de la terre est aussi la question de la souveraineté. Comme on n’a pas la possibilité de maitriser les flux migratoires, on doit aller vers la sobriété foncière. Ce n’est pas la décroissance ou le refus du développement, au contraire c’est une autre forme croissance et de développement. Le modèle actuel est à bout de souffle, les Corses n’ont veulent plus, c’est un modèle qui dépossède, spéculatif, basé sur la rente. Nous avons choisi un chemin de rupture pour stopper la spirale spéculative ». C’était un rapport sans vote. L’Assemblée a pris acte. Prochaine étape à l’automne où s’ouvrira la concertation avec les territoires. Le vote de la doctrine foncière est prévu en mars 2027.
N.M.
Le ton est très différent dans les autres groupes nationalistes qui déplorent le constat et appellent à un sursaut. Paul-Félix Benedetti, président de Core in Fronte, exprime son amertume devant la réalité accablante décrite dans le rapport. « Il faut s’interroger sur cette frénésie de consommation. Ce n’est pas la fatalité, c’est la conséquence d’une politique de louvoiement… Le maire n’a pas été le rempart, mais le pivot malgré lui d’une logique de prédation et de dépossession qui se transforme en logique mafieuse ». Le leader indépendantiste, qui n’a pas voté le PADDUC, interpelle : « Va-t-on continuer à accepter la logique de la prédation ou va-t-on enfin tourner le dos à toutes ces pratiques malsaines ? Cette décennie de gouvernance patriotique n’a pas permis d’endiguer tous ces flux liés à la logique de l’argent et du profit. On sera jugé par l’histoire ! Soit on redresse le cap pour que la Corse de demain soit préservée, apaisée, sans logique de spéculation et de voracité sur la consommation des plus beaux terrains, soit elle continuera à sombrer dans cette logique du profit, de la normalisation par l’argent et par l’invasion de tous ceux pour qui la Corse est un eldorado accueillant avec des prix du m2 maritime qui sont encore bas. On est à la croisée des chemins, on a raté une grande étape ». Pour lui, il est temps de prendre les bonnes décisions et d’être dans une vraie logique de rupture : « Ce rapport est le début d’une reprise en compte d’un objectif politique stratégique afin de maintenir la Corse dans un état de souveraineté naturelle qui permet de définir des besoins avec des objectifs précis, et que l’on ne donne plus des droits à construire permanents sans projets adossés et que chaque m2 consommé ne soit plus un m2 reproché. Il faut une trajectoire agraire et foncière compatible avec des lendemains meilleurs ».
La maitrise du foncier
Le président de l’AUE répond tranquillement en rappelant que la Loi donne au PADDUC la latitude de choisir son échelle de territorialisation. « Pas de tutelle, mais une aide à la décision, c’est aussi une manière de protéger les maires dans leurs décisions. Le PADDUC sera approuvé en 2027 et les communes ont trois ans pour se mettre en compatibilité avec, c’est à elles de décider de leur stratégie ». La méthode et le risque invoqué de contentieux ? « La méthode, qu’on utilise, donne l’exacte réalité du terrain. S’il y a du contentieux, on a des éléments solides pour argumenter ». Il dénonce de faux procès : « On est dans une co-construction qui va s’engager dès à présent sur ce sujet-là et une concertation qui s’ouvrira en septembre-octobre avec les territoires dans le cadre du calendrier de la révision du PADDUC ». Sur la vision économique : « La maitrise publique du foncier est essentielle. Le foncier pour le développement économique et les grandes infrastructures sera pris sur l’enveloppe territoriale ». Les prix de l’immobilier ? « En Corse, on a beaucoup construit, ça n’a pas fait diminuer les prix qui n’ont cessé d’augmenter. Il y a d’autres mécanismes à l’œuvre. Il y a la pauvreté réelle, la pauvreté ressentie par les Corses et il y a la misère symbolique d’un peuple qui a peur de disparaître, de jeunes qui n’arrivent plus à se loger ou à trouver un terrain pour construire. On se bat contre la logique d’uniformisation du peuple corse. Je crois que la solidarité est le moteur de l’évolution, de la résistance et de la rupture qu’on prône en opposition à la compétition entre les hommes et les territoires ».
Un choix politique
Le président du Conseil exécutif, Gilles Giovannangeli, assume un choix politique « Ce travail sur le PADDUC doit être un traceur politique de cette fin de mandature, un choix de société qui nous porte. Il ne s’agit pas d’imposer une vision, mais de trouver le chemin du débat pour aller vers un compromis sans se renier. Les solutions ne sont pas techniques, mais politiques. Nous assumons le choix de la sobriété dans la gestion de l’eau et de la terre. La question de la terre est aussi la question de la souveraineté. Comme on n’a pas la possibilité de maitriser les flux migratoires, on doit aller vers la sobriété foncière. Ce n’est pas la décroissance ou le refus du développement, au contraire c’est une autre forme croissance et de développement. Le modèle actuel est à bout de souffle, les Corses n’ont veulent plus, c’est un modèle qui dépossède, spéculatif, basé sur la rente. Nous avons choisi un chemin de rupture pour stopper la spirale spéculative ». C’était un rapport sans vote. L’Assemblée a pris acte. Prochaine étape à l’automne où s’ouvrira la concertation avec les territoires. Le vote de la doctrine foncière est prévu en mars 2027.
N.M.




