Grève au centre de tri d'Ajaccio : le bras de fer se poursuit, la distribution du courrier et des colis à l'arrêt en Corse-du-Sud

Written on 07/29/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Le conflit social qui paralyse le centre de tri de La Poste à Ajaccio est entré dans sa troisième journée ce mercredi. Malgré plusieurs heures de négociations entre la direction et l'intersyndicale CGT-STC, soutenue par FO, aucun accord n'a été trouvé. Les syndicats dénoncent les conséquences de la nouvelle organisation du travail, qui entraînerait une perte de rémunération pour les agents et une aggravation de la charge de travail. La Poste assure, de son côté, poursuivre le dialogue et avoir formulé plusieurs propositions.

Le bras de fer se poursuit entre la direction de La Poste et les agents du centre de tri de Campo dell'Oro, à Ajaccio. Débuté lundi 27 juillet, le mouvement de grève illimitée continue de bloquer totalement l'acheminement du courrier et des colis dans toute la Corse-du-Sud. Selon l'intersyndicale CGT-STC, près de 80 % des agents titulaires présents participent au mouvement. Les grévistes bloquent les accès au centre de tri, empêchant toute entrée ou sortie de marchandises. Résultat : plus aucun colis ni courrier n'est distribué, de Bonifacio à Porto, en passant par Ajaccio, Sartène ou Porto-Vecchio. Plus de 5 000 colis seraient actuellement en attente dans les entrepôts.
 

Une nouvelle organisation au cœur du conflit

À l'origine de la mobilisation figure la mise en place, le 20 juillet, d'une nouvelle organisation baptisée Multiflux, issue de la fusion des anciens établissements courrier-colis et du centre de tri sous une direction unique. Pour Rudy Albertini, secrétaire régional de la CGT-FAPT, cette réorganisation bouleverse profondément les conditions de travail des agents. « Nous sommes passés d'une organisation à 42 heures avec un système de jours de repos permettant, pour ceux qui le souhaitaient, d'effectuer des heures supplémentaires, à une organisation à 35 heures. Ceux qui réalisaient ces heures supplémentaires pouvaient compléter leur salaire d'environ 200 euros par mois. Aujourd'hui, cette possibilité disparaît complètement », explique-t-il. Selon les syndicats, cette évolution représente une perte de pouvoir d'achat importante pour une partie des salariés, tout en modifiant leurs habitudes de travail.
 

Huit postes supplémentaires réclamés

L'autre revendication majeure concerne les effectifs. L'intersyndicale estime que la nouvelle organisation révèle un manque de huit positions de travail : cinq au sein du service logistique et collecte, et trois sur les tournées de distribution. « Les calculs réalisés dans le cadre de cette réorganisation montrent eux-mêmes qu'il manque huit positions de travail », affirme Rudy Albertini.
 

Le responsable syndical nuance toutefois cette revendication. « Nous ne demandons pas forcément huit embauches immédiates. Nous souhaitons avant tout que La Poste s'engage par écrit à renforcer les effectifs sur ces huit positions avec des horaires adaptés. Si, à l'usage, ces besoins s'avèrent permanents, alors ces postes devront être pérennisés. » Les représentants du personnel dénoncent également des tournées devenues trop lourdes et une dégradation des conditions de travail, certains agents quittant leur service « en pleurs », selon les syndicats.
 

Des négociations qui n'aboutissent pas

Une nouvelle réunion de négociation s'est tenue mercredi matin entre la direction et les organisations syndicales. Si quelques avancées ont été enregistrées sur certains des 18 points figurant dans le cahier de revendications, les discussions n'ont pas permis de débloquer la situation. « Nous avons eu le sentiment de repartir de zéro. Nous avons dû reprendre point par point tout ce qui avait déjà été discuté. Depuis le début, nous demandons que les engagements pris oralement soient formalisés par écrit. Les relevés de décisions ne correspondent pas toujours à ce qui est annoncé en réunion », regrette Rudy Albertini.
 

Les syndicats assurent avoir formulé plusieurs propositions concernant notamment l'organisation du travail le samedi ainsi que les horaires de prise et de fin de service. Ils attendent désormais des réponses écrites de la direction avant d'envisager une reprise des discussions.
 

La Poste assure poursuivre le dialogue

Dans un communiqué, la direction de La Poste de Corse indique que plusieurs temps d'échanges ont déjà été organisés avec les représentants du personnel et affirme rester « à l'écoute des préoccupations exprimées », tout en réaffirmant « sa volonté d'avancer dans un dialogue constructif ». L'entreprise précise avoir présenté plusieurs propositions concrètes au cours des négociations. Si celles-ci n'ont pas permis, à ce stade, de mettre fin au conflit, la direction assure qu'elle poursuit les discussions afin de rechercher une issue rapide.
 

La Poste indique également avoir mis en œuvre différentes mesures destinées à limiter autant que possible les conséquences du mouvement social pour les usagers, tout en reconnaissant que la distribution du courrier et des colis demeure fortement perturbée dans l'ensemble de la Corse-du-Sud. En attendant une éventuelle reprise des négociations, le blocage du centre de tri se poursuit et les milliers de plis et colis continuent de s'accumuler dans les entrepôts de Campo dell'Oro.