Armand Paoli, embarque son accordéon du bal musette au chœur d’une église

Written on 08/02/2026
Philippe Jammes

Tout au long de l’année Armand Paoli sillonne l’île avec son accordéon. D’une place de village qu’il transforme en bal populaire, à la nef d’une église qu’il sublime de musique sacrée… Ce mardi 4 août à 20h30 c’est en version quartet qu’il se produira, en bord de mer, sur la jolie scène de Porticciolo. Rencontre.

Virtuose du piano à bretelles, c'est en version quartet qu' Armand Paoli sera en concert à Porticciolo.


Ce qui frappe en premier lorsqu’on rencontre Armand, c’est sa gentillesse, sa bonhommie, son côté jovial, avenant, son humilité. Un garçon doué originaire de Sisco dans le Cap Corse, au CV impressionnant : Ecole de musique Thor dans le Vaucluse, diplômé du conservatoire d'Avignon, conservatoire de Bastia en jazz, 1er Prix Européen accordéon concertiste en 2004, émissions télé, scènes internationales…
 
Comment cette histoire d’amour entre vous et l’accordéon est-elle née ?
Cela remonte à mon enfance, j’ai toujours baigné dans la musique. J’avais un oncle de Centuri qui était accordéoniste et on allait voir souvent. J’ai d’ailleurs des photos de moi, nourrisson, avec un accordéon dans mon petit lit. Mes parents m’avaient acheté un accordéon en jouet. J’ai aussi un cousin Robert Girolami, célèbre chef d’orchestre. Mon père m’achetait des disques d’accordéon dont ceux du maitre Jo Privat. Après je suis passé à un véritable instrument et à 10 ans j’ai animé tout seul un bal de village, pour la St Laurent. J’ai tout d’abord travaillé à l’oreille puis j’ai appris plus sérieusement notamment dans le Vaucluse, à Avignon et Bastia.

Une vie qui a pourtant failli basculer à 2 ans …
Je suis un rescapé, un miraculé même. Quand j'avais deux ans, j'ai eu une grave maladie, j’ai été opéré et j'ai vécu en sursis pendant quelques années. C'est le docteur Sébastien Tiberi qui m'a sauvé. Chaque année, seul ou avec mes musiciens, je fais des concerts, des animations pour ceux qui souffrent de maladies, je participe notamment au téléthon. Pour moi, c’est une manière de rendre à la vie ce qu’elle m’a donné.

Vous auriez pu aussi devenir un sportif professionnel…
J’ai toujours aimé le sport, notamment la boxe et le vélo, j’aurais même pu en faire mon métier c’est vrai. D’ailleurs la boxe m’a servi, notamment à garder mon sang froid car parfois dans les bals y a quand même des excités. Un jour à Avignon 3 types m’ont coincé dans un coin. Un de mes coups de poing en a envoyé un à l’hôpital.

Revenons à l’accordéon, vous avez forcement des modèles…
Jo Privat, Maurice Larcange, Ástor Piazzolla, André Astier, Richard Galliano. J’ai eu le bonheur de les côtoyer. Il y a ce gratin là, mais il y aussi des imposteurs.

Vous avez un répertoire très étendu…
Effectivement car l’accordéon permet tout ou presque. Je peux très bien être dans le musette, la variété, le jazz, le classique, l’opéra ou la musique sacrée. Pour moi l’accordéon est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix de l’homme, il fait corps avec votre corps, on respire avec lui. L’accordéon ça se travaille et je le travaille tous les jours encore. C’est un instrument universel et pas là uniquement pour le folklore. Il faut savoir qu’au départ, en Autriche où il a été inventé au 19e siècle, il était utilisé pour jouer de la musique classique, pour palier l’harmonium qui était difficilement transportable. L’accordéon était réservé aux dames de la Cour. Il est devenu instrument de bal beaucoup plus tard en prenant son essor notamment en Italie, en Russie puis en France, avec à l’intérieur d’autres lames. Souvent mal accordé d’ailleurs mais il est devenu ainsi populaire.

Aujourd’hui à travers vos concerts vous voulez replacer l’accordéon à sa juste dimension ?
Je remets l’accordéon à sa juste valeur. J’aime cet instrument à l’état pur. Mais je ne me restreints à aucun style en particulier.

Vous avez accompagné beaucoup d’artistes…
J’ai déjà eu la chance de faire des émissions avec Pascal Sevran qui m’a fait connaitre pas mal de vedettes, Marcel Azzola, Louis Corchia. J’ai joué avec l’orchestre symphonique de Roumanie, de Florence. J’ai eu la chance de faire de nombreuses scènes internationales. Ici en Corse j’en ai accompagné beaucoup aussi comme Maï Pesce, Michèle Sammarcelli, les chanteuses lyriques Julia Knecht et Elodie Tisserand, le baryton Jean-Antoine Ferrali, le crooner Ernest Falloni, entre-autres.

Vous l’enseignez aussi ?
Oui, je donne des cours à l’Espace Charles Rocchi à Biguglia.

Vous en vivez ?
Je suis musicien professionnel. Et c’est parfois dur, mais j’ai la chance de vivre à Sisco dans le village de mon enfance. Je vis de ma musique et j’aide les autres aussi et d’ailleurs je trouve qu’on ne partage pas assez ici en Corse.

Autre corde à votre arc, vous avez créé une chorale...
Oui, depuis 1995, I Cori di Sisco. C’est une chorale amateure d’une vingtaine de personnes et on chante bénévolement dans les églises. C’est un autre répertoire avec musique sacrée, chants grégoriens. C’est parfois difficile de tous les réunir mais on a de beaux résultats et on nous appelle souvent pour animer des messes.

Venons-en à ce quartet avec lequel vous vous produirez ce 4 aout dans le cadre du petit festival de Porticciolo dans le cap…    
A mes côtés, Jean-Michel Panunzio à la guitare, Jean-Paul Peretti à la basse et Jean-Michel Lindori aux percussions. Il y a aussi Ernest Falloni qui interprète deux standards de jazz.

Votre répertoire avec ce quartet ?
Très varié, avec du jazz, du jazz manouche, des classiques, des morceaux prestigieux d’Astor Piazzola, André Astier, un accordéoniste pour moi jamais égalé, Jo Privat qu’on appelait le Gitan blanc, Richard Galliano, du Bach, du Mozart, des airs revisités des Frères Vincenti ou de Régina et Bruno. J’ai aussi mes propres compositions notamment en hommage à Django. En tout 1h30 de concert environ.