Absente de l'assemblée générale de Nazione le 14 juin dernier, Josepha Giacometti Piredda officialise son retrait des instances du mouvement indépendantiste. Dans un document de six pages publié ce jeudi sur ses réseaux sociaux, la conseillère territoriale détaille les raisons de cette décision, défend son soutien à Jean-Paul Carrolaggi lors des municipales d'Ajaccio et livre une analyse très critique de la stratégie du mouvement national, qu'elle appelle à profondément renouveler.
Son absence lors de la dernière assemblée générale de Nazione, organisée le 14 juin à Corte, avait suscité de nombreuses interrogations. Plus d'un mois plus tard, Josepha Giacometti Piredda y répond. Dans un document de six pages intitulé « Notre position et notre analyse suite au retrait des instances de Nazione », la conseillère territoriale annonce officiellement son retrait des instances du mouvement indépendantiste, aux côtés de plusieurs anciens membres du bureau, de la coordination et de militants.
Les signataires expliquent avoir souhaité rendre publique leur position afin d'éviter « les interprétations fantaisistes, voire malveillantes » qui pourraient être faites de leur décision. Ils insistent également sur le fait que celle-ci « ne relève en rien de différends personnels, mais est uniquement fondée sur des divergences stratégiques majeures ». Ils reviennent ainsi d'abord sur les semaines ayant précédé l'assemblée générale de Nazione, regrettant que « les brefs échanges internes qui ont précédé son organisation précipitée n'aient pas permis un travail de fond engageant un véritable débat sur les choix stratégiques à privilégier pour faire face aux enjeux auxquels notre courant sera confronté dans les mois et les années à venir ». Au contraire, estiment-ils, ces discussions « ont révélé des crispations qui n'ont fait que se cristalliser ». « Constatant l'impossibilité de faire entendre une autre voie, nous avons donc décidé de ne pas assister à l'Assemblée générale et de nous placer en retrait des instances de Nazione », explique Josepha Giacometti Piredda.
Le soutien à Jean-Paul Carrolaggi à Ajaccio au cœur des tensions
Une large partie du document est ensuite consacrée au principal point de désaccord qui oppose Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens à la direction du mouvement. « Le reproche principal qui nous a été fait est de nous être affranchis de la ligne du parti, en choisissant de soutenir la démarche portée par Jean-Paul Carrolaggi à l'élection municipale d'Aiacciu », écrit-elle en réfutant cependant cette analyse. Elle rappelle ainsi que la position officielle de Nazione, publiée le 30 novembre 2025, prévoyait qu'« aucune investiture » ne serait accordée pour les municipales de Bastia et d'Ajaccio et que « chacun demeure évidemment libre, en son âme et conscience, de déterminer son comportement individuel et ses choix locaux, mais sans se prévaloir d'un mandat ou soutien officiel de Nazione ».
Selon la conseillère territoriale, cette ligne a été respectée puisqu’ « en l'espèce, aucun des candidats ou des soutiens à la démarche ajaccienne ne s'est prévalu du mandat ou de l'investiture de Nazione ».
Par ailleurs, Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens contestent également l'idée selon laquelle cette participation aurait contribué à renforcer la majorité territoriale. « Contrairement à ce qui nous a été opposé, cet engagement n'avait nullement vocation à renforcer la majorité territoriale ou ses alliés, mais à fédérer des militants nationalistes organisés et inorganisés autour du travail mené pendant six ans par l'opposition municipale ajaccienne derrière une tête de liste indépendantiste », insiste-t-elle. Une stratégie qui a d'ailleurs porté ses fruits relève-t-elle. « La pertinence de cette démarche a créé une dynamique réunissant de nombreux militants, jeunes ou plus aguerris, et a d'ailleurs été validée dans les urnes avec un résultat jamais atteint par le mouvement national lors des échéances municipales à Aiacciu ».
Les auteurs du communiqué rappellent également que le projet porté pendant cette campagne municipale était, selon eux, « sans ambiguïté ni réserve, résolument nationaliste », défendant notamment le statut de résident, le corps électoral corse ou encore « une vision claire et conforme à nos idées du développement économique, social, culturel et linguistique de la première ville de Corse ».
« Des conceptions différentes » de l'organisation du mouvement
Mais pour Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens, les municipales d'Ajaccio n'ont finalement été que le révélateur de divergences plus profondes. Ils regrettent que « les discussions autour de la participation à cette élection aient occulté le véritable débat sur les déclinaisons stratégiques des orientations du parti » qu'ils disent tenter « depuis plusieurs mois de faire entendre au sein des instances de Nazione ». « Ces incompréhensions, les choix stratégiques et les méthodes retenues ont progressivement fait apparaître des divergences qui ont révélé des conceptions différentes de l'organisation et du fonctionnement à mettre en place pour appréhender les véritables enjeux auxquels nous sommes confrontés », dénoncent-ils, rappelant en parallèle l'objectif affiché lors de la création de Nazione, le 28 janvier 2024, devant près de 450 militants à l'Università di Corsica : « fédérer largement les nationalistes » en créant « les conditions de la mise en place d'une plate-forme patriotique ».
Or, deux ans et demi plus tard, ils dressent un constat amer. « L'objectif n'est pas atteint. Il ne s'agit pas seulement de le constater, mais de s'interroger pour rectifier ce qui peut l'être. Nous regrettons de n'avoir pu mener collectivement cette réflexion en interne », regrette Josepha Giacometti Piredda.
Plus loin, le communiqué dépasse largement les seules questions internes à Nazione pour proposer une réflexion plus globale sur la situation politique de la Corse. Les auteurs estiment ainsi que « se dessine l'échec du processus Beauvau », qu'ils attribuent notamment « au refus systématique d'engager un rapport de force au profit des consensus mous », au « manque d'ambition » et à « des demandes édulcorées pour ménager les sensibilités ». « Que reste-t-il ? », interrogent-ils avant d'énumérer : « Pas de reconnaissance du peuple corse, pas de possibilité de mettre en œuvre le statut de résident, pas de co-officialité de la langue corse, pas de pouvoir législatif, donc pas d'autonomie non plus ».
Pour Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens, il est de facto désormais nécessaire de relancer « un véritable projet politique » reposant notamment sur « le statut de résident, la co-officialité, le statut fiscal et social, les compétences transférées et le pouvoir législatif ».
Mais ils préviennent : « Cela ne pourra se faire sans engager un véritable rapport de force par la mobilisation de tous les nationalistes et de tous les Corses qui voudront y participer ».
Le texte revient également sur la situation économique et sociale de l'île, évoquant « une précarité grandissante sur fond d'érosion culturelle et linguistique », « les effets de la colonisation de peuplement », la dépendance aux importations ou encore « le poids des dérives mafieuses et du trafic de drogue ». « Cette position n'est en aucun cas un aveu de complaisance à l'endroit de la voyocratie et des dérives mafieuses », écrivent-ils, estimant que « pour des nationalistes, le combat contre les dérives mafieuses s'inscrit dans le rejet de toute forme de domination et dans le combat pour l'émancipation ».
« On a confondu victoires électorales et victoires politiques »
Enfin, le document prend également la forme d'une autocritique du mouvement national depuis son arrivée aux responsabilités en 2015. « Si l'espoir suscité en 2015 était sans doute démesuré au regard des possibilités réelles dont nous disposions », les auteurs estiment qu'« on a confondu victoires électorales et victoires politiques ». Selon eux, « le mouvement national a ainsi neutralisé une partie de ce qui était sa force motrice : occuper le terrain en créant les conditions d'une logique de contre-pouvoir ». Ils considèrent dès lors que « le cycle politique ouvert en 2015 devra faire l'objet d'un bilan auquel tous ceux qui ont participé aux responsabilités devront prendre leur part, en négatif comme en positif ».
En conclusion, Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens appellent à « dépasser les slogans pour jeter les bases d'une stratégie nouvelle susceptible de créer les conditions d'une alternative forte et ambitieuse ». « L'unité nationale ne doit pas être un slogan », écrivent-ils encore, avant d'appeler à « imaginer différemment l'organisation d'espaces de lutte et de convergence afin que chacun puisse trouver sa place ». Et de conclure : « Rien ne se fera sans un engagement collectif, et le renoncement n'est pas une option ».
Les signataires expliquent avoir souhaité rendre publique leur position afin d'éviter « les interprétations fantaisistes, voire malveillantes » qui pourraient être faites de leur décision. Ils insistent également sur le fait que celle-ci « ne relève en rien de différends personnels, mais est uniquement fondée sur des divergences stratégiques majeures ». Ils reviennent ainsi d'abord sur les semaines ayant précédé l'assemblée générale de Nazione, regrettant que « les brefs échanges internes qui ont précédé son organisation précipitée n'aient pas permis un travail de fond engageant un véritable débat sur les choix stratégiques à privilégier pour faire face aux enjeux auxquels notre courant sera confronté dans les mois et les années à venir ». Au contraire, estiment-ils, ces discussions « ont révélé des crispations qui n'ont fait que se cristalliser ». « Constatant l'impossibilité de faire entendre une autre voie, nous avons donc décidé de ne pas assister à l'Assemblée générale et de nous placer en retrait des instances de Nazione », explique Josepha Giacometti Piredda.
Le soutien à Jean-Paul Carrolaggi à Ajaccio au cœur des tensions
Une large partie du document est ensuite consacrée au principal point de désaccord qui oppose Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens à la direction du mouvement. « Le reproche principal qui nous a été fait est de nous être affranchis de la ligne du parti, en choisissant de soutenir la démarche portée par Jean-Paul Carrolaggi à l'élection municipale d'Aiacciu », écrit-elle en réfutant cependant cette analyse. Elle rappelle ainsi que la position officielle de Nazione, publiée le 30 novembre 2025, prévoyait qu'« aucune investiture » ne serait accordée pour les municipales de Bastia et d'Ajaccio et que « chacun demeure évidemment libre, en son âme et conscience, de déterminer son comportement individuel et ses choix locaux, mais sans se prévaloir d'un mandat ou soutien officiel de Nazione ».
Selon la conseillère territoriale, cette ligne a été respectée puisqu’ « en l'espèce, aucun des candidats ou des soutiens à la démarche ajaccienne ne s'est prévalu du mandat ou de l'investiture de Nazione ».
Par ailleurs, Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens contestent également l'idée selon laquelle cette participation aurait contribué à renforcer la majorité territoriale. « Contrairement à ce qui nous a été opposé, cet engagement n'avait nullement vocation à renforcer la majorité territoriale ou ses alliés, mais à fédérer des militants nationalistes organisés et inorganisés autour du travail mené pendant six ans par l'opposition municipale ajaccienne derrière une tête de liste indépendantiste », insiste-t-elle. Une stratégie qui a d'ailleurs porté ses fruits relève-t-elle. « La pertinence de cette démarche a créé une dynamique réunissant de nombreux militants, jeunes ou plus aguerris, et a d'ailleurs été validée dans les urnes avec un résultat jamais atteint par le mouvement national lors des échéances municipales à Aiacciu ».
Les auteurs du communiqué rappellent également que le projet porté pendant cette campagne municipale était, selon eux, « sans ambiguïté ni réserve, résolument nationaliste », défendant notamment le statut de résident, le corps électoral corse ou encore « une vision claire et conforme à nos idées du développement économique, social, culturel et linguistique de la première ville de Corse ».
« Des conceptions différentes » de l'organisation du mouvement
Mais pour Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens, les municipales d'Ajaccio n'ont finalement été que le révélateur de divergences plus profondes. Ils regrettent que « les discussions autour de la participation à cette élection aient occulté le véritable débat sur les déclinaisons stratégiques des orientations du parti » qu'ils disent tenter « depuis plusieurs mois de faire entendre au sein des instances de Nazione ». « Ces incompréhensions, les choix stratégiques et les méthodes retenues ont progressivement fait apparaître des divergences qui ont révélé des conceptions différentes de l'organisation et du fonctionnement à mettre en place pour appréhender les véritables enjeux auxquels nous sommes confrontés », dénoncent-ils, rappelant en parallèle l'objectif affiché lors de la création de Nazione, le 28 janvier 2024, devant près de 450 militants à l'Università di Corsica : « fédérer largement les nationalistes » en créant « les conditions de la mise en place d'une plate-forme patriotique ».
Or, deux ans et demi plus tard, ils dressent un constat amer. « L'objectif n'est pas atteint. Il ne s'agit pas seulement de le constater, mais de s'interroger pour rectifier ce qui peut l'être. Nous regrettons de n'avoir pu mener collectivement cette réflexion en interne », regrette Josepha Giacometti Piredda.
Plus loin, le communiqué dépasse largement les seules questions internes à Nazione pour proposer une réflexion plus globale sur la situation politique de la Corse. Les auteurs estiment ainsi que « se dessine l'échec du processus Beauvau », qu'ils attribuent notamment « au refus systématique d'engager un rapport de force au profit des consensus mous », au « manque d'ambition » et à « des demandes édulcorées pour ménager les sensibilités ». « Que reste-t-il ? », interrogent-ils avant d'énumérer : « Pas de reconnaissance du peuple corse, pas de possibilité de mettre en œuvre le statut de résident, pas de co-officialité de la langue corse, pas de pouvoir législatif, donc pas d'autonomie non plus ».
Pour Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens, il est de facto désormais nécessaire de relancer « un véritable projet politique » reposant notamment sur « le statut de résident, la co-officialité, le statut fiscal et social, les compétences transférées et le pouvoir législatif ».
Mais ils préviennent : « Cela ne pourra se faire sans engager un véritable rapport de force par la mobilisation de tous les nationalistes et de tous les Corses qui voudront y participer ».
Le texte revient également sur la situation économique et sociale de l'île, évoquant « une précarité grandissante sur fond d'érosion culturelle et linguistique », « les effets de la colonisation de peuplement », la dépendance aux importations ou encore « le poids des dérives mafieuses et du trafic de drogue ». « Cette position n'est en aucun cas un aveu de complaisance à l'endroit de la voyocratie et des dérives mafieuses », écrivent-ils, estimant que « pour des nationalistes, le combat contre les dérives mafieuses s'inscrit dans le rejet de toute forme de domination et dans le combat pour l'émancipation ».
« On a confondu victoires électorales et victoires politiques »
Enfin, le document prend également la forme d'une autocritique du mouvement national depuis son arrivée aux responsabilités en 2015. « Si l'espoir suscité en 2015 était sans doute démesuré au regard des possibilités réelles dont nous disposions », les auteurs estiment qu'« on a confondu victoires électorales et victoires politiques ». Selon eux, « le mouvement national a ainsi neutralisé une partie de ce qui était sa force motrice : occuper le terrain en créant les conditions d'une logique de contre-pouvoir ». Ils considèrent dès lors que « le cycle politique ouvert en 2015 devra faire l'objet d'un bilan auquel tous ceux qui ont participé aux responsabilités devront prendre leur part, en négatif comme en positif ».
En conclusion, Josepha Giacometti Piredda et ses soutiens appellent à « dépasser les slogans pour jeter les bases d'une stratégie nouvelle susceptible de créer les conditions d'une alternative forte et ambitieuse ». « L'unité nationale ne doit pas être un slogan », écrivent-ils encore, avant d'appeler à « imaginer différemment l'organisation d'espaces de lutte et de convergence afin que chacun puisse trouver sa place ». Et de conclure : « Rien ne se fera sans un engagement collectif, et le renoncement n'est pas une option ».
