Formation de sécurité obligatoire : près de 5 000 chasseurs de Corse-du-Sud en retard

Written on 07/26/2026
MP

Instaurée par la loi de 2019, la formation décennale à la sécurité devra avoir été suivie par tous les chasseurs titulaires d'un permis depuis plus de dix ans avant 2030. À quatre ans de l'échéance, en Corse-du-Sud, seuls 2 000 des 6 700 chasseurs de Corse-du-Sud l’ont à ce jour suivi. La Fédération départementale des chasseurs s'inquiète du retard pris et invite les retardataires à s'inscrire sans attendre les sessions qu'elle organise.

 
Elle est obligatoire depuis la loi du 24 juillet 2019 aussi bien pour les chasseurs de petit que de gros gibier. La formation décennale à la sécurité des chasseurs devra avoir été suivie par tous les titulaires d'un permis de chasse de plus de dix ans avant 2030. À quelques semaines de l'ouverture de la chasse, la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud lance un nouvel appel à ceux qui ne se sont pas encore mis à jour. Car si l’échéance paraît encore lointaine pour beaucoup, la perspective inquiète déjà la fédération. Sur les 6 700 chasseurs ayant validé leur permis lors de la dernière saison, seuls environ 2 000 ont en effet à ce jour rempli cette obligation. « Beaucoup pensent qu'ils ont le temps, mais nous Fédération, nous ne l'avons pas », souffle le président, Ange-Dominique Manenti en reprenant : « En trois ans et demi, il va nous falloir former près de 5 000 chasseurs. Si tout le monde attend les dernières années, nous n'y arriverons pas ».
 
Pour tenter de relever ce défi, la Fédération propose des formations sur l'ensemble du territoire. Depuis le début de l'année, sept sessions ont déjà été organisées, notamment à Propriano, Sartène, Conca, Porto-Vecchio ou encore Ajaccio. « Nous faisons des formations décentralisées. Les chasseurs nous contactent en précisant leur secteur d'habitation et, dès que nous avons entre quinze et vingt personnes, nous organisons une session. Cela évite à tout le monde de traverser le département », indique le président de la fédération en indiquant qu’il est désormais indispensable que davantage de chasseurs s'inscrivent à ces sessions. « Il faut qu'ils prennent contact avec nous. Nous communiquons régulièrement, notamment par le biais de notre newsletter, mais il faut que les chasseurs jouent le jeu. Si chacun attend le dernier moment, nous ne pourrons pas absorber autant de monde avant 2030 ».
 
Pendant un peu plus d'une heure, les participants reviennent sur l'ensemble des règles de sécurité qui encadrent aujourd'hui la pratique de la chasse. « Nous rappelons le respect de l'angle de tir des trente degrés en battue, le port des vêtements fluorescents pour être bien identifié, la bonne utilisation de l'arme ainsi que les gestes qu'il faut faire... et surtout ceux qu'il ne faut jamais faire », détaille Ange-Dominique Manenti. « L'objectif est d'éviter les situations dangereuses et, surtout, les accidents ». Au fil des formations, les participants prennent d'ailleurs conscience que certaines habitudes, acquises parfois depuis plusieurs décennies, ne sont pas compatibles avec les règles de sécurité actuelles. « 90 % des chasseurs reconnaissent qu'ils font certaines choses qu'il ne faudrait pas faire. Ils confient ne pas avoir conscience qu’ils font des erreurs. Cette prise de conscience est importante », souligne le président de la Fédération en citant plusieurs exemples régulièrement évoqués pendant les échanges. « Beaucoup de chasseurs gardent encore leur fusil sur les genoux lorsqu'ils sont assis. D'autres l'appuient, chargé, contre un arbre ou une clôture. Or l'arme peut tomber, le coup peut partir et blesser quelqu'un. Le fusil ne connaît pas de patron », rappelle-t-il, concédant : « Ce sont des gestes qui se sont installés avec l'habitude et auxquels on ne prête plus attention ».
 
Car si la Corse-du-Sud n'a plus connu d'accident mortel de chasse depuis plusieurs années, la vigilance reste de mise. Au niveau national, la saison cynégétique 2025-2026 s'est soldée par quatre accidents mortels, dont trois auto-accidents, c'est-à-dire des chasseurs qui se sont mortellement blessés avec leur propre arme. « C'est toujours trop », estime Ange-Dominique Manenti. « Ces chiffres montrent bien qu'il ne faut jamais relâcher son attention, même lorsqu'on chasse depuis 30 ou 40 ans ».Pour illustrer concrètement ces risques, la formation s'appuie également sur des photographies d'accidents. Des images volontairement marquantes qui permettent aux participants de mesurer les conséquences que peuvent avoir quelques secondes d'inattention. « Quand ils voient ces photos, ils réalisent que cela peut arriver à n'importe qui. C'est souvent ce qui les fait le plus réfléchir », affirme le président de la Fédération.
 
Afin de permettre au plus grand nombre de suivre cette remise à niveau, il est également proposé de suivre une version entièrement dématérialisée de la formation de sécurité. Composée de quatre modules, elle peut être suivie au rythme de chacun directement sur Internet. « Les chasseurs ne sont pas obligés de tout faire d'un seul coup. Ils peuvent suivre un premier module un jour, reprendre le deuxième demain, puis terminer quelques jours plus tard. À la fin de chaque module, trois questions permettent de vérifier que les messages ont bien été compris », détaille Ange-Dominique Manenti.  Pourtant, cette possibilité reste encore largement sous-utilisée. « Sur les 2 000 chasseurs déjà formés, seulement 10 % ont choisi la formation sur internet », regrette le président. « Nous espérons que les plus jeunes l'utiliseront davantage. Cela permettra aussi de réserver les formations en présentiel aux chasseurs plus âgés, qui sont parfois moins à l'aise avec l'outil informatique ».
 
L'appel est donc lancé aux retardataires. Car à partir de la saison 2030-2031, il ne sera plus possible de valider son permis de chasse sans avoir suivi cette formation. « Ce ne sera pas une décision de la fédération. Le logiciel bloquera automatiquement la validation. C'est pour cela que nous insistons aujourd'hui : il ne faut vraiment pas attendre les dernières années », avertit encore le président de la fédération de chasseurs de Corse-du-Sud.