Bastia - Quand l’art rencontre le café : plongez dans l’univers d’Ange Leccia à Okoffee

Written on 07/26/2026
Julia Pierantoni

Jusqu’au 31 août, le coffee shop bastiais Okoffee x Oko Gallery accueille une exposition d’Ange Leccia, une figure majeure de l’art contemporain. Découvrez un dialogue entre l’univers de l’artiste et celui d’un lieu pensé autour du café.

Yoann Boyer-Lodovici et Ange Leccia

Depuis des décennies, Ange Leccia, artiste contemporain de renommée internationale, développe des œuvres qui traversent la photographie, la vidéo, l’installation et la sculpture. C’est à Bastia, entre les tables de Okoffee, que vous pourrez découvrir quelques unes ses créations.

Okoffee, un lieu hybride né autour du café

En plus d’accueillir des expositions, Okoffee est un espace consacré au café : coffee shop, torréfaction et boutique réunis en un seul lieu. Mais dès sa création, une dimension artistique s’y est glissée. « Dès l’origine, il y avait cette sensibilité artistique : on travaillait avec des artistes pour décorer le lieu », raconte Yoann Boyer-Lodovici, cofondateur du lieu. 
C’est justement autour d’une tasse de café que tout a commencé, il y a près de quatre ans. Yoann Boyer-Lodovici ne connaissait alors ni Ange Leccia, ni vraiment son travail : « On a discuté autour d’une tasse de café de plein de choses, et notamment du lien entre l’indigo et le café, qui sont liés par les fermentations », se souvient-il. Les deux hommes partagent aussi une même fascination pour le Japon, qui a nourri la décoration du lieu bien avant que l’idée d’une exposition ne prenne forme. 

Pour Yoann Boyer-Lodovici, cette collaboration ne doit rien à une logique de galerie classique : « On n’est pas un lieu comme une galerie qui ne fait que ça : les schémas sont imposés, les murs on ne va pas les déplacer, on a déjà notre univers. Il faut que l’histoire se mélange bien avec notre univers et que ça nous parle. C’est surtout des connexions qui se font avec les personnes. »

Un dialogue entre le Japon et la Corse

L’exposition présente une sélection de photographies d’Ange Leccia, un pan de son travail habituellement montré dans des formats bien plus grands, parfois monumentaux. Pour l’occasion, elles ont été pensées pour s’adapter au lieu : « Je n’ai pas eu de directives, c’était carte blanche dans l’exposition », précise Yoann Boyer-Lodovici. 
Le point de départ visuel de l’accrochage : des vêtements teints à l’indigo selon une technique japonaise, suspendus à une corde à linge qui rappelle « Bastia ou encore Naples, la Méditerranée ». Cette corde devient le fil rouge du parcours : « Elle fait le lien entre toutes les œuvres puisque l’on doit circuler dans un espace », détaille Yoann Boyer-Lodovici. Le parcours se referme sur une vidéo projetée d’un coucher de soleil dans le Cap Corse, en écho à ses orgines, l’artiste étant né à Minerviu, hameau hameau de Barrettali. Un paysage corse associé au Japon, deux territoires qui occupent une place particulière dans l’univers de l’artiste. 

Pour Alma Isolina, photographe, l’exposition brouille les repères de manière assez inattendue : « Il y en a qui venaient pour le café et qui ont découvert Ange qu’ils connaissaient, parce qu’il est quand même connu. Ils étaient assez surpris de le trouver ici. Et d’autres avaient l’impression que ce n’était pas une expo temporaire, que ça faisait partie du lieu. »

Un dépaysement que Yoann Boyer-Lodovici compare à celui que peuvent ressentir certains habitués du café face à un produit qui sort de leurs repères. « On a une vision de l’art contemporain un peu élitiste ou peu accessible, on ne comprend pas forcément ce qui est dit. C’est la même chose dans le café. Au début, il y a la première image qu’on peut avoir, mais il faut aller au-delà de ça. C’est un apprentissage.» Une passion pour un métier de bouche, une autre pour l’image : « Deux passionnés de deux domaines différents se retrouvent justement parce qu’ils sont animés par une passion », résume Alma Isolina, « ils se comprennent, parce que la passion prend le dessus. »