Polémique autour d’un projet viticole à Zonza : Jean-Marie de Saint Ange contre-attaque, la FDSEA lui répond

Written on 07/22/2026
MP

Une semaine après avoir publiquement mis en cause le projet viticole porté par Jean-Marie de Saint Ange à Zonza, la FDSEA de Haute-Corse se retrouve à son tour visée. Dans une longue publication diffusée sur les réseaux sociaux, le jeune agriculteur défend son installation, dénonce une « campagne de dénigrement » et annonce des poursuites judiciaires. Ce mercredi, le syndicat agricole lui a répondu point par point dans un communiqué.

(Jean-Marie de Saint Ange - Photo : Facebook Domaine Saint Ange)

 Une semaine après la conférence de presse organisée par la FDSEA de Haute-Corse pour dénoncer un projet viticole soutenu par l'Office du développement agricole et rural de la Corse (ODARC)  à Zonza, les échanges entre le syndicat agricole et Jean-Marie de Saint Ange se poursuivent désormais par communiqués interposés.
 
Dans un long message adressé au président de la FDSEA, Joseph Colombani, et publié sur Facebook mardi, le porteur du projet défend une installation qu'il présente comme l'aboutissement de « deux années de travail, de sacrifices, d'investissements et de procédures ». « Pendant que nous remettons des terres familiales en culture, nous nous apprêtons à planter des vignes, développons l'agriculture biologique, protégeons le littoral de l'urbanisation depuis 70 ans et créons de la valeur pour notre territoire, vous choisissez la polémique », écrit-il.
 
Jean-Marie de Saint Ange rappelle également que son dossier a été « instruit pendant près de deux ans par l'ODARC, la Chambre d'agriculture, les services de l'État et l'ensemble des organismes compétents », assurant qu'il a été examiné « sous tous ses aspects : agricole, juridique, environnemental et économique ». Il reproche par ailleurs à Joseph Colombani d'avoir organisé une manifestation devant son domaine samedi prochain plutôt que de participer, selon lui, à une réunion consacrée à son projet qui s'est tenue lundi à l'ODARC. « Lorsqu'il s'agit de travailler sur l'avenir de l'agriculture corse, vous êtes absent. Lorsqu'il s'agit d'organiser une manifestation ou d'entretenir une polémique médiatique, vous êtes au premier rang », grince-t-il.
 
« Toutes les voies de droit utiles seront mises en œuvre »
 
Dans cette même publication, Jean-Marie de Saint Ange affirme que la polémique a désormais des conséquences sur sa famille. Il indique faire l'objet, avec ses proches, « d'insultes » et d'appels à le « jeter à la mer ». Or, dans le même temps, le jeune agriculteur assure que le projet consiste à remettre en valeur des terres exploitées par son grand-père « depuis les années 50 » et dont il a hérité. « Je me suis installé ici et je fonde ma famille dans ce village qui est le mien. Parce que je crois en la communauté de destin, je suis fier de participer au développement de l'agriculture corse », assure-t-il, rejetant les accusations selon lesquelles son projet masquerait une opération immobilière. Il conteste également les affirmations de la FDSEA sur sa situation financière. « Je serais, d'après vos dires, l'une des premières fortunes de France ? Alors comment expliquez-vous que les banques me refusent le financement de mon exploitation, car je n'ai pas de garanties suffisantes ? », lance-t-il. Selon lui, c’est ce refus qui l'a d’ailleurs conduit à faire entrer « de manière très minoritaire » des investisseurs dans son projet.
 
Jean-Marie de Saint Ange annonce par ailleurs qu'il sera présent samedi matin à la manifestation que la FDSEA souhaite organiser devant son domaine « avec (sa) femme, (sa) fille de 3 mois et demi, (ses) proches et tous ceux qui croient encore que l'agriculture corse mérite mieux que les campagnes de dénigrement ». Estimant enfin que son honneur, sa réputation et sa sécurité ont été mis en cause, il annonce enfin des suites judiciaires. « Toutes les voies de droit utiles seront mises en œuvre afin que les responsabilités soient établies et que les préjudices subis soient réparés », conclut-il
 
La FDSEA maintient ses interrogations
 
Ce mercredi, la FDSEA de Haute-Corse a à son tour répondu dans un communiqué. Le syndicat indique tout d'abord attendre « toujours une réponse » à la demande de rendez-vous adressée à Jean-Marie de Saint Ange le 16 juillet dernier par courriel. Il prend par ailleurs acte de son intention de saisir la justice, tout en rappelant que « manifester est un droit inscrit dans la Déclaration des droits de l'Homme ».
 
La FDSEA revient ensuite sur plusieurs points soulevés dans la publication de Jean-Marie de Saint Ange et s'interroge notamment sur la domiciliation parisienne d’une de ses sociétés. « Si De Saint Ange croit dans la communauté de destin, il devrait nous expliquer pourquoi la SCI du Golfe de Porto vecchio dont il est l'heureux propriétaire est domicilié 42 rue Monge Paris 5eme, pourquoi pas en Corse ? », raille le syndicat en renchérissant : « De Saint Ange justifie la présence d'associés qui eux ne se revendique pas de "la communauté de destin" par le refus des banques de soutenir son projet, pourtant tellement "travaillé" et "crédible" selon lui. En fait ces associés ne seraient-ils pas eux, les véritables porteurs du projet agricole en investissant 1,5 M d'€ sur un total de 3,4 M d'€ avec une coquette subvention d'investissement de 1,5 M d'€ que l'ODARC et l'État s'apprêtent à donner à partir d'une enveloppe fermée qui manquera aux projets de véritables agriculteurs ».
 
Le syndicat se dit également surpris par la réaction du jeune agriculteur. « Car enfin cette fébrilité est étonnante », écrit-il, rappelant que le projet a obtenu « un accord quasi unanime » du bureau de l'ODARC. « Il peut construire son projet sans se soucier de l'avis d'un syndicat, ou alors attend-t-il un plébiscite sur son projet ? », interroge-t-il, avant de se demander si « le coup de projecteur » porté par la FDSEA « ne le condamne-t-il pas car trop extravagant ? ».
 
La FDSEA persiste également à considérer que plusieurs aspects du dossier n'ont pas été suffisamment approfondis. Elle évoque « la taille » du projet, « son emplacement », « la personnalité non agricole du jeune agriculteur », « ses revenus non agricoles » ainsi que « une multitude d'autres faits objectifs que l'ODARC n'a pas cru bon d'approfondir ». « Nous aurons l'occasion de les exposer samedi », affirme-t-elle.
 
Le syndicat revient également sur les conditions dans lesquelles le dossier a été instruit. Il affirme que, le projet étant situé en Corse-du-Sud, seul le technicien viticole commun aux deux chambres d'agriculture aurait étudié le dossier « d'un point de vue purement technique », sans en informer leurs présidents. Or, selon la FDSEA, le bureau de l'ODARC a précisément vocation à examiner les situations particulières et à exercer un pouvoir d'appréciation politique sur les dossiers présentés. « Si le bureau ne sert à rien, pourquoi nous convoquer ? Il suffit de laisser les agents de l'ODARC donner seuls leurs avis et leurs validations », fustige-t-elle, estimant que « le travail des agents de terrain a été fait » mais que « c'est aux politiques de prendre leurs responsabilités quant à la décision de l'octroi des aides à l'installation ».
 
Enfin, la FDSEA se dit étonnée que Jean-Marie de Saint Ange ait évoqué publiquement l'absence de son président lors de la réunion du bureau de l'ODARC. Elle explique que Joseph Colombani n'avait pu y assister « suite à un problème de santé » et ajoute : « Il semble que De Saint Ange ait bien toutes ses "entrées" au sein de ce bureau de l'ODARC puisqu'il évoque, dès le lendemain, l'absence de notre président ».