À Coggia, une tortue caouanne est venue pondre : « Elles se réapproprient les côtes corses »

Written on 08/02/2026
Jeanne Soury

Le 7 juillet dernier, une tortue caouanne est venue pondre sur une plage de Coggia. Une nouvelle ponte qui réjouit les spécialistes d’A Cupulatta, alors que plusieurs cas ont été recensés ces dernières années sur le littoral corse. Désormais protégé, le nid pourrait voir éclore ses premiers nouveau-nés à la fin de l’été.

(Photo : Facebook association CARI)

La nuit du 7 juillet, une tortue caouanne a choisi une plage de Coggia pour y déposer ses œufs. Depuis, le site est protégé et surveillé afin de préserver le nid jusqu’à l’éclosion, espérée au début du mois de septembre. Pour Pierre Moisson, directeur vétérinaire d’A Cupulatta, parc de préservation des tortues situé à Vero, cette nouvelle ponte constitue une bonne nouvelle pour la biodiversité corse. « Cela veut dire que les tortues caouannes se réapproprient les côtes corses pour revenir se reproduire », se réjouit-il.

Cette année, une autre ponte a également été repérée sur la côte est, au sud de Bastia. Les œufs n’ont, pour l’heure, pas encore éclos. Mais les deux pontes de 2026 ont eu lieu plus tôt que certaines observées les années précédentes, notamment au Ruppione, à Capo di Feno ou à l’Isolella. Un calendrier qui pourrait augmenter les chances de survie des jeunes tortues. « Les pontes qu’on avait eues avaient été faites plus tard, ce qui fait que les petits étaient sortis fin septembre ou octobre. Ce n’était pas une température propice à leur survie dans l’eau », explique Pierre Moisson.

Entre la ponte et l’éclosion, il faut compter environ deux mois à deux mois et demi. La durée dépend notamment de la température du sable. Celle-ci joue également un rôle essentiel dans la détermination du sexe des nouveau-nés. Des thermomètres ont ainsi été installés au niveau du nid de Coggia afin de recueillir des données scientifiques et d’étudier notamment l’impact potentiel du réchauffement climatique.

Des nids particulièrement vulnérables

Une fois la tortue arrivée sur la plage, encore faut-il qu’elle puisse pondre sans être dérangée. La femelle recherche un endroit où le sable est suffisamment propice, mais aussi un environnement peu perturbé. « Il faut que les plages soient propices, qu’il n’y ait pas 200 bateaux à la seconde qui tournent autour, qui la menacent ou qui la blessent », souligne le vétérinaire.

En mer, les tortues sont exposées aux hélices des bateaux, aux filets ou encore au bruit et aux collisions. Sur le sable, les prédateurs représentent une autre menace. Sangliers, renards, fouines, goélands et corneilles peuvent repérer et déterrer les œufs. Sur une plage fréquentée, les activités humaines peuvent également compromettre la ponte. Un nid peut être piétiné, tassé ou recouvert de sable. 

Dans ce contexte, la vigilance des promeneurs est essentielle. Une tortue qui vient pondre ne doit surtout pas être approchée ni éclairée. Si une personne assiste à la scène, elle doit rester à distance et prévenir A Cupulatta ou l’association CARI, (Cétacés Association Recherche Insulaire). « Il faut surtout la laisser faire, sans les lumières de téléphone ou de flash dans les yeux de la tortue », insiste Pierre Moisson. Les personnes présentes doivent éviter les bruits et les mouvements brusques et rester à plus de dix mètres de l’animal. Une tortue dérangée pendant sa montée sur la plage ou au moment de pondre peut en effet abandonner sa tentative et repartir vers la mer. Une fois l’animal retourné dans l’eau, les traces laissées dans le sable peuvent, si nécessaire, être signalées avec un petit bâton ou un cône, sans toucher au nid. Cette précaution permet aux équipes de localiser rapidement la zone et de vérifier si la tortue a effectivement pondu.

Un retour encourageant sur les côtes corses

Pour A Cupulatta, la multiplication des observations de tortues caouannes en Corse est encourageante. Elle pourrait notamment témoigner d’une évolution des populations méditerranéennes et de la recherche de nouveaux sites de ponte. Cette tendance pourrait aussi s’expliquer par une meilleure sensibilisation du public. « Je pense qu’il y a toujours eu plus ou moins des tortues qui sont venues pondre, mais qu’avant les gens laissaient l’information pour eux-mêmes ou n’identifiaient pas les traces », estime Pierre Moisson.

Reste maintenant à attendre la fin de l’été. Si tout se déroule comme prévu, les petites caouannes pourraient sortir du nid de Coggia à la fin de l’été, avant de rejoindre la Méditerranée. Une nouvelle étape à haut risque pour ces jeunes tortues, dont la survie dépendra notamment de leur capacité à échapper aux prédateurs et aux nombreuses menaces présentes en mer.