Pendant deux jours, les 18 et 19 juillet, Montemaiò a vécu au rythme de la 36e édition de la Fiera di l’Alivu. Entre produits du terroir, savoir-faire artisanaux et animations, la manifestation a une nouvelle fois mis à l’honneur l’olivier et ceux qui le font vivre. Au-delà de la valorisation des productions locales, cette édition a rappelé l’importance de transmettre les techniques de greffe, devenues un véritable enjeu pour préserver les oliveraies, lutter contre les incendies et assurer l’avenir du patrimoine oléicole corse
Sous un soleil de plomb, la 36e édition de la Fiera di l’Alivu a une nouvelle fois rassemblé, les 18 et 19 juillet à Montemaiò, des milliers de visiteurs venus célébrer l’olivier et les savoir-faire qui lui sont associés. Organisée par le Foyer rural de Montegrossu avec le soutien de la Fédération des foires rurales agricoles, artisanales et culturelles de Corse (FFRAAC), la manifestation a confirmé qu’elle était bien plus qu’un simple marché de producteurs, un véritable lieu de transmission, de sensibilisation et de valorisation du patrimoine rural.
À travers une sélection rigoureuse de producteurs, d’artisans et d’animations, la foire continue de défendre un modèle fondé sur l’authenticité, les circuits courts et la rencontre directe entre ceux qui produisent et ceux qui consomment.
Présente lors de l’inauguration, Marie-Antoinette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, a salué le travail mené depuis près de quarante ans par les bénévoles du Foyer rural. « C’est toujours un plaisir d’être ici. Cela fait près quarante ans que toute l’équipe se bat pour la revalorisation de l’olivier en Balagne et la promotion des produits qui en sont issus. Aujourd’hui, ce travail porte ses fruits. L’olivier est bien présent, les activités économiques autour de l’agroalimentaire se développent et l’on constate que le choix de privilégier exclusivement des produits locaux et de qualité est une réussite. La fréquentation de cette foire en est la démonstration. Les politiques publiques, associées à l’engagement du monde rural et associatif, produisent des résultats concrets».
Une foire où chaque exposant est aussi le producteur
Pour Jean-Marc Rocchi, président du Foyer rural de Montegrossu et de la FFRAAC, l’identité de la manifestation repose avant tout sur la confiance accordée aux visiteurs. « Malgré les fortes chaleurs, il y avait déjà beaucoup de monde dès le matin. Nous avons peut-être davantage de fréquentation en fin de journée, mais le public répond toujours présent.»
Cette fidélité s’explique aussi par la philosophie de la foire. « Les artisans sont sélectionnés avec soin. Ce sont des femmes et des hommes qui vivent de leur production toute l’année. Grâce au label de la Fédération, les visiteurs savent qu’ils achètent directement au producteur. Il n’y a pas d’intermédiaire. Celui qui est derrière le stand est celui qui fabrique le produit. C’est une garantie de qualité et de transparence.»
Autour des stands, les visiteurs ont également découvert un riche programme d’animations : démonstrations de taille d’oliviers centenaires, ateliers pour les enfants, forge des couteliers corses, présentation du fonctionnement d’un moulin avec la coopérative de l’École de Balagne, ainsi que plusieurs concerts gratuits qui ont animé les soirées.
La greffe, un savoir-faire devenu un enjeu pour l’avenir des oliveraies
Mais au-delà de l’événement festif, un message fort a traversé cette 36e édition, la transmission des techniques de greffe est aujourd’hui un enjeu majeur pour l’avenir de l’olivier en Corse.
Jean-Marc Rocchi rappelle que cette démarche est née durant la crise sanitaire. Privés de leur foire pendant la période du Covid, les organisateurs ont choisi de maintenir une action concrète sur le terrain en proposant une première journée de formation consacrée à la greffe.
Le succès a été immédiat.
« Nous nous sommes aperçus qu’il existait une véritable demande. Beaucoup de personnes voulaient apprendre. Depuis, nous organisons chaque année une journée complète où l’on apprend à choisir un greffon, à comprendre les différentes techniques et surtout à greffer directement sur les arbres»
Pour le président de la FFRAAC, cet apprentissage dépasse largement le simple cadre agricole.
La Balagne a été durement touchée par les incendies au fil des années. Pourtant, après le passage du feu, les vieux oliviers repartent naturellement grâce à leur puissant système racinaire. Le problème est qu’ils repoussent sous forme d’oléastres sauvages, improductifs.
« Si chacun entretenait quelques parcelles et apprenait à greffer ces repousses, nous pourrions recréer des oliveraies sans avoir besoin de replanter. Les racines sont déjà là. En quelques années seulement, ces arbres peuvent redevenir producteurs ».
Pour Jean-Marc Rocchi, cette démarche constitue une véritable réponse aux défis actuels.« Nettoyer les terrains, greffer les oléastres et remettre les parcelles en culture, c’est protéger nos villages contre les incendies, préserver les paysages, transmettre un savoir-faire ancestral et redonner une valeur économique à des terres parfois abandonnées. Si chaque village, chaque famille entretenait quelques milliers de mètres carrés, l’impact serait considérable ».
Un message qui trouve aujourd’hui un écho particulier dans un contexte où la prévention des incendies et la reconquête des espaces agricoles sont devenues des priorités pour l’île.
Une vitrine du savoir-faire insulaire
Parmi les exposants fidèles figuraient, Cédric Raffini et Maeva Roussel présents pour la quatrième année consécutive. ont retrouvé avec plaisir l’ambiance si particulière de Montemaiò.« Cette foire permet de retrouver des producteurs venus de toute la Corse et de créer de véritables liens. C’est aussi une excellente occasion de faire découvrir nos produits aux habitants comme aux touristes. »
Éleveurs et producteurs de fromages, ils avaient cette année choisi de mettre à l’honneur leurs glaces artisanales élaborées à partir du lait de leurs troupeaux. « Nous sommes avant tout agriculteurs. Nous produisons notre lait, nous fabriquons nos fromages et nous transformons directement nos produits. Ici, les visiteurs échangent avec ceux qui les fabriquent. C’est tout l’esprit de cette foire».
Après trente-six éditions, la Fiera di l’Alivu continue ainsi de démontrer que l’avenir de l’agriculture corse repose autant sur la valorisation des productions locales que sur la transmission des gestes qui ont façonné les paysages insulaires. À Montemaiò, l’olivier demeure plus que jamais le symbole d’un patrimoine vivant tourné vers l’avenir.
