Réunie ce vendredi 10 juillet 2026 à la Coupole de la Collectivité de Corse à Bastia, la deuxième Commission Consultative d'Évaluation et de Suivi a dressé le bilan du Plan Territorial de Prévention et de Gestion des Déchets (PTPGD). Présenté par le bureau d'études Elcimaï Environnement, ce premier état d'avancement montre des tendances positives, mais la question du stockage des déchets résiduels demeure le point de crispation.
En 2024, la Corse a produit 227 426 tonnes de déchets ménagers et assimilés (DMA), soit 650 kilos par habitant, un chiffre en légère hausse de 1% par rapport à 2023. Un ratio à lire avec prudence, car il intègre les déchets produits par les millions de touristes qui séjournent sur l'île l'été, et non les seuls résidents. "La tendance générale va dans le sens du plan, c'est-à-dire une baisse des flux résiduels et une augmentation des flux destinés au recyclage et à la valorisation", résume Olivier Perrin, responsable développement de la branche conseil chez Elcimaï Environnement, qui rappelle que le plan fixe les orientations tandis que ce sont les intercommunalités qui déploient les moyens sur le terrain.
Le tri et le compostage progressent, le parc s'étoffe
Les efforts de tri à la source portent leurs fruits. En 2024, chaque Corse a trié en moyenne 32 kilos d'emballages (+114% depuis 2018), 39 kilos de verre (+17%), 13 kilos de cartons (+19%) et 12 kilos de biodéchets alimentaires, ces derniers connaissant une progression spectaculaire de 190% avec la généralisation du tri obligatoire. Seuls les papiers graphiques reculent nettement (-53%), une baisse structurelle liée à la dématérialisation. Au total, la Corse collecte désormais 89 kilos par habitant d'emballages, verre et papiers, un chiffre légèrement supérieur à la moyenne nationale de 85 kilos relevée en 2023.
Le compostage constitue l'autre levier majeur. En dix ans, de 2014 à 2024, 34 751 composteurs individuels et 112 composteurs partagés ont été distribués sur l'île, couvrant 34% de la population. Rien qu'en 2024, 45 348 tonnes de biodéchets ont ainsi été détournées de l'enfouissement, alors qu'ils représentaient encore 33,6% du contenu des ordures ménagères résiduelles. Selon la présentation d'Elcimaï, 64% du tout-venant a été trié et valorisé en 2024, en hausse de 38% par rapport à 2018. Le maillage territorial se densifie en parallèle : le parc est passé de 56 à 61 installations, avec notamment deux sites de stockage, cinq centres de tri (+1), trente-et-une déchèteries publiques fixes et dix plateformes de compostage (+1). Sur le plan financier, 5,4 millions d'euros ont été engagés sur près de 8 millions de projets, soit un taux d'engagement de 68%.
Le stockage, talon d'Achille du système
Reste le point noir : le traitement des déchets résiduels, ceux qui finissent enfouis, une contrainte aggravée par l'insularité. Les résultats progressent pourtant, avec une baisse de 14% des DMA enfouis entre 2010 et 2024 (de 176 000 à 133 821 tonnes) et de 19% pour l'ensemble des déchets non dangereux non inertes. Mais l'objectif du plan, réduire de moitié l'enfouissement, reste difficile à atteindre avec seulement deux sites de stockage encore en activité. "Aujourd'hui, on est dans une phase transitoire, le temps que le plan produise ses effets. Pour l'instant, on est encore en phase de tension", reconnaît Olivier Perrin, rappelant les réquisitions régulières de sites par la préfecture. "Si on ne change rien, un jour les installations seront pleines, et on ne peut pas en créer à volonté. C'est la pire des choses, d'un point de vue environnemental comme sanitaire."
Pour sortir de cette impasse, le plan mise sur deux leviers. D'abord une filière de valorisation énergétique de type CSR (combustibles solides de récupération), qui cristallise les oppositions d'une partie du monde associatif et politique corse. Olivier Perrin en précise le principe : "Ce n'est pas une usine d'incinération, contrairement à ce qu'on dit de manière simpliste. Le CSR nécessite un sur-tri en amont." Une fois les matières organiques et recyclables retirées, il reste une fraction à fort pouvoir calorifique qui peut produire électricité ou chaleur. Ensuite et surtout, la prévention, qui représente la moitié des actions du plan. "L'économie circulaire, c'est avant que le déchet soit produit, ce n'est pas le recyclage", insiste-t-il, rappelant que dans une poubelle non triée, la moitié du volume est constituée d'emballages à usage unique. "Il y a le rôle des industriels, qui nous inondent de produits sur-emballés, et celui du ménage, qui peut résister dans ses gestes quotidiens."
