Réuni ce mardi sur le campus Mariani à Corte, le jury de la première édition du Prix Chloé Aldrovandi - A Scola per a Legalità a distingué plusieurs établissements de l’académie. Créé en hommage à l'étudiante assassinée en 2025, ce prix valorise les projets éducatifs consacrés à la citoyenneté, à la culture de la légalité et à la prévention des violences.
La première édition du Prix Chloé Aldrovandi - A Scola per a Legalità a livré ses lauréats mardi à Corte. Créé par l’académie de Corse, il récompense des projets d’élèves autour de la citoyenneté, de la lutte contre les violences et de la culture de la légalité. « L’école a un rôle essentiel à jouer dans la construction d’une culture de la légalité. La lutte contre les pratiques mafieuses relève évidemment de la justice et des forces de sécurité, mais elle commence aussi par l’éducation, par la connaissance et par le développement de l’esprit critique chez les jeunes », rappelle Rémi-François Paolini, recteur de l’académie de Corse.
Pour départager les projets présentés par les établissements, le jury s’est appuyé sur plusieurs critères : l’impact citoyen des initiatives, leur qualité pédagogique, leur créativité, leur dimension artistique et culturelle, mais aussi l’engagement collectif des élèves et leur fidélité à l’esprit du prix. « Autrement dit, leur capacité à promouvoir la connaissance, la solidarité, le courage civique et le respect de l'État de droit », résume le recteur. « Le jury n'a pas cherché la production la plus spectaculaire. Il s'est attaché à évaluer la portée éducative des projets. Le choix du lauréat est donc le fruit d'une réflexion collective menée par un jury composé de représentants de l’école, de la justice, des institutions, du monde associatif et de la culture, afin de croiser les regards et de garantir une évaluation équilibrée. »
Le Grand Prix Chloé Aldrovandi a finalement été attribué au collège Giraud de Bastia. Quatre autres établissements ont également été distingués : le collège de L’Île-Rousse a reçu le prix Coup de cœur du jury, le lycée Laetitia d’Ajaccio une mention spéciale du jury, le lycée Jean-Paul-de-Rocca-Serra de Porto-Vecchio le prix de l’engagement citoyen et le collège du Taravu, à Petreto-Bicchisano, le prix de la créativité.
Au-delà du palmarès, le recteur souligne surtout la diversité et la maturité des travaux présentés. « Ils se sont emparés de sujets particulièrement complexes avec beaucoup de sérieux, sans jamais tomber dans les caricatures. Ils ont enquêté, débattu, créé, écrit, filmé, rencontré des acteurs du territoire. Ils ont montré qu'ils étaient capables d'analyser, de questionner et de proposer. J'ai également été marqué par la diversité des formes choisies : productions artistiques, vidéos, podcasts, enquêtes, expositions, travaux journalistiques… »
Pour l’académie de Corse, ce prix s’inscrit également dans une démarche de devoir de mémoire, en associant la mémoire de Chloé Aldrovandi à une réflexion plus large sur la prévention des violences. En donnant son nom à cette distinction, l’objectif est de faire de cette mémoire un support pédagogique auprès des élèves. « Le devoir de mémoire n'a de sens que s'il éclaire le présent et prépare l'avenir », souligne Rémi-François Paolini. « En portant le nom de Chloé Aldrovandi, ce prix rappelle qu'il y a derrière chaque fait de violence une vie, une famille, des proches et une société tout entière qui est touchée. Il remet l'humain au cœur de la réflexion. Mais il va plus loin. Il transforme cette mémoire en action éducative. Il invite les élèves à comprendre les mécanismes qui conduisent à la violence, à développer leur esprit critique et à réfléchir aux valeurs qui fondent notre démocratie. Prévenir les violences, c'est aussi apprendre à reconnaître les logiques d'emprise, à exercer son discernement, à respecter la loi et à choisir l'engagement citoyen plutôt que la résignation. C'est précisément l'ambition de ce prix et, plus largement, du parcours pédagogique de lutte contre les pratiques mafieuses engagé par l'académie de Corse. »
Plus largement, ce prix s’inscrit dans une réflexion sur le rôle que peut jouer l’école dans la prévention des violences et la formation des citoyens. Pour le recteur, les établissements scolaires ont une place dans la construction de cette culture de la légalité. « L’école ne prétend pas résoudre seule tous les problèmes de la société. En revanche, elle possède une force unique : celle de former des citoyens libres et éclairés. Les établissements scolaires sont des lieux où l'on apprend à débattre, à confronter des idées, à distinguer les faits des opinions, à comprendre les institutions et à exercer son esprit critique. C'est là que se construit une véritable culture de la légalité. Quant aux élèves, ils ne sont pas de simples destinataires de messages de prévention. Ils en deviennent les acteurs. En réalisant des projets, en prenant la parole, en travaillant collectivement et en diffusant leurs productions, ils deviennent des ambassadeurs du respect, de la fraternité et de la citoyenneté. »
