Danse - Laura Desideri : « Vivre de sa passion n'est pas tous les jours facile »

Written on 07/09/2026
Philippe Jammes

Elle sera sur la scène du centre culturel l’Alb’Oru ce vendredi 10 juillet prochain à 20h30 avec son spectacle « Le rapt du sourire » dans le cadre de la Plateforme Dissidanse. Intermittente du spectacle, Laura Desideri vit aujourd’hui de sa passion, la danse, entre la Corse, Paris et l’étranger. Rencontre entre deux répétitions…

« Le rapt du sourire » de et avec Laura Desideri


- Les origines, les racines de Laura ?
- Mes racines sont à Sorbo-Ocagnano en Casinca. Après mes études primaires et secondaires j’ai intégré l’Université de Corse pour suivre un cursus STAPS. Mon CAPEPS en poche, j’ai été mutée à Paris.

- Et la danse ?
- À 7 ans, mes parents m’ont inscrite à l’école de Monique Antonini, une référence en la matière en Corse. J’y pratiquais danse classique et jazz. J’ai continué à Corte dans le cadre du SUAPS avec de la danse contemporaine et du hip hop. Quand je suis arrivée sur Paris, j’ai eu envie de prolonger ma formation d'artiste chorégraphique et de me professionnaliser. J’avais un modèle à l’époque, une référence que j’avais découverte à la télé : Akram Kham, un danseur et chorégraphe britannique de danse contemporaine. J’ai fréquenté les cours de différents chorégraphes en France, Londres, Bruxelles, Montréal, Vienne en Autriche et ça m’a permis de découvrir le travail de chacun d’eux. Ce n’était pas facile car le jour je dispensais les cours d’EPS, et la nuit, de 22h à 1h du matin, je suivais les cours de danse. Depuis 10 ans je suis désormais intermittente du spectacle. Je vis de ma passion même si c’est parfois difficile. On envoie des CV, on passe des auditions, on côtoie des personnes porteuses de projets… Mais tout cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens et m’a ouvert sur le monde du cinéma et du théâtre. J’ai ainsi pu créer des chorégraphies pour des comédiens qui, à la base, ne savaient pas danser.

- En 2025, en Corse, A Rimigna …
- Oui, avec le collectif Luciola dont Océane Court-Mallaroni, j’ai assuré la partie chorégraphie et la danse avec Mathéa Raffini. Le spectacle retrace le procès des Niulinchi.

- Ce 10 juillet, une autre scène corse, celle de l’Alb’Oru à Bastia, avec ce « Rapt du sourire » de votre propre compagnie basée en Corse ?
-- J’ai fondé ma compagnie La'Gradiva en 2024, du nom de cette figure féminine mythique qui a notamment inspiré Freud. Basée à Folelli, elle s’inscrit dans une dynamique contemporaine hybride par la convocation d’autres formes artistiques. J’y développe une danse contemporaine à la fois physique et sensible. Ce projet du Rapt du sourire, mon premier réel projet personnel, est né d’une expérience que j’ai vécue il y a quelques années suite à une maladie. Mes sensations et mes forces avaient totalement disparu. Or, dans cet état de fatigue extrême, j’ai remarqué que je pouvais me ressourcer, le temps d’un instant, en observant le sourire des passants. J’avais le sentiment de leur dérober une part d’énergie, une étincelle de vitalité. Ce sourire des gens m’a vraiment aidée. La danseuse et chorégraphe Carolyn Carlson avait d’ailleurs créé dans les années 70 une chorégraphie sur le thème du sourire. Le Rapt du sourire explore l'identité à travers le prisme du masque social subi ou choisi. Je mets en scène une femme caméléon aux multiples visages aux prises avec les normes sociales, les injonctions, les codes, les stéréotypes, les masques du quotidien. Cette pièce zoome sur notre quête perpétuelle d'existence et le concept d'imposture ordinaire, nos stratégies d'adaptation au quotidien...qui cachent souvent une profonde vulnérabilité mais aussi parfois, une étonnante force d’invention. Ce solo mêle corps et textes avec notamment des extraits du roman « Les forces » de Laura Vazquez, une écrivaine et poétesse très réputée. À la croisée du geste chorégraphique et de la présence dramatique, Le Rapt du sourire invite le spectateur à une expérience de l'instant présent. Là où, peut-être, le puzzle de l'identité accepte enfin de ne pas être complet pour être tout à fait vrai.


- La partie musique ?
- Elle est signée Pasquà Pancrazi, qui excelle dans la musique electro. Du son des années 80 à 2000, des musiques ancrées dans la mémoire collective et qui peuvent mettre parfois le spectateur dans une situation de surprise, déranger aussi bien que rassurer.


-;La rencontre avec Dissidanse ?
- J’étais à la recherche d’une résidence pour travailler mon projet. Hélène Taddei Lawson connaissait mon travail et elle m’a proposé de passer une semaine ici. Le spectacle sera donc donné le 10 juillet avec l’objectif de le pérenniser. J’ai d’ailleurs déjà d’autres dates : Le 4 août à Olmu, le 5 aout à Porto Vecchio, le 4 octobre à Ajaccio et Cargèse en février 2027.