Véronique Deprez-Boudier, nouvelle préfète de Haute-Corse : "Le travail de proximité, c'est un peu mon ADN"

Written on 06/22/2026
Léana Serve

Une semaine après sa prise de fonction officielle, Véronique Deprez-Boudier, nouvelle préfète de Haute-Corse, a tenu une conférence de presse ce lundi matin dans les salons de la préfecture. L’occasion pour elle de présenter sa méthode, revenir sur les dossiers sensibles du moment et dévoiler les grandes lignes de sa feuille de route.

« C’est un immense honneur d’être nommée en Haute-Corse, mais c’est aussi beaucoup d’engagement et d’exigence », résume Véronique Deprez-Boudier, nouvelle préfète du département depuis sa nomination le 27 mai dernier. Une semaine après sa prise de fonction officielle, sa première conférence de presse, initialement prévue mardi dernier mais reportée en raison de l’intrusion de soutiens à Scola Corsa dans les salons de la préfecture, s’est finalement tenue ce lundi matin. Un événement sur lequel la nouvelle préfète ne pouvait manquer de s’exprimer avant d’aborder les autres dossiers de la Haute-Corse.
 

« Il y a une colère et de l’inquiétude, elles se sont exprimées la semaine dernière avec des personnes qui sont arrivées et qui avaient la volonté de pouvoir discuter. La manière de faire est singulière mais elle n'est pas inhabituelle », explique-t-elle. « Mon travail, c’est aussi de m’adapter et de pouvoir répondre. Je pense surtout que ce qui est important, c’est d'avoir eu ce temps d'échange avec les parents d'élèves qui sont venus à ma rencontre. On était, et on l’est encore aujourd’hui, dans le temps de la découverte. Ça me permet d’entendre ce qu'ils ont à dire même si j'aurais préféré l'entendre un petit peu différemment, peut-être dans le cadre d'une délégation. » Selon elle, le dialogue a été « tout à fait respectueux ». « Je comprends la colère, cette inquiétude alors qu'on est à une semaine de la fin des cours. On a un sujet qui est plutôt de nature technique, et je l'ai dit d'ailleurs aux parents d'élèves qui étaient là, la question n'est absolument pas de remettre en cause l'apprentissage de la langue corse, et encore moins de remettre en cause le dispositif des écoles immersives. En revanche, ce qui doit absolument nous animer, c'est de renforcer, sécuriser juridiquement les modalités de financement de l’école pour qu'elle continue à exercer ses fonctions. »


La proximité comme ligne directrice

Titulaire d’un master en droit des affaires et fiscalité, Véronique Deprez-Boudier a débuté sa carrière dans le secteur privé. Diplômée en 2004 de l’École nationale d’administration, elle a ensuite occupé des responsabilités à la direction générale des douanes et droits indirects, à la Cour des comptes, au sein d’un cabinet ministériel, à France Stratégie et au Conseil départemental des Alpes-Maritimes. Elle entre dans le corps préfectoral en 2018 en qualité de sous-préfète de Dax, avant d’exercer les fonctions de sous-préfète de Calais et d’être nommée, en février 2024, préfète déléguée pour l'égalité des chances dans le Val-de-Marne.
 

Arrivée en Haute-Corse, elle affirme vouloir « continuer le travail de grande proximité » de son prédécesseur. « Il y a un travail partenarial qui a été conduit avec l'ensemble des acteurs économiques, un travail aussi d'accompagnement à destination des élus. Et ce travail-là, c'est un peu mon ADN. Ce que j'aime, et c'est pour ça que je sers sur le territoire, c'est justement aller au contact. La feuille de route sera évidemment l'accompagnement de l'ensemble de la chaîne : les élus, quel que soit leur niveau d'intervention, les acteurs économiques, la population aussi, c'est extrêmement important, puisqu'on travaille à destination de chacun de nos concitoyens. Et puis il y a le fait de protéger, c'est notre promesse républicaine. C'est ce pourquoi on est là, et c'est ce pourquoi je suis représentante de l'État. Protéger, c'est sur beaucoup de domaines, et notamment la protection de chacun pour que nous puissions aller et venir, investir, travailler économiquement en toute sécurité, en toute sérénité, à égalité les uns des autres. »


Protection, prévention et accompagnement

Parmi ses priorités, Véronique Deprez-Boudier insiste sur la protection des populations, notamment avec l’épisode de fortes chaleurs qui touche actuellement le territoire. « Il va faire chaud dans les jours qui viennent, il faut accompagner les populations pour les mettre en sécurité et qu'elles ne prennent pas de risques inutiles. C’est aussi les protéger contre les aléas climatiques. J’ai malheureusement eu le premier feu qui a brûlé 60 hectares et qui a engagé un certain nombre de pompiers et de Canadairs, qui sont intervenus sur le terrain. On va lancer la semaine prochaine notre campagne sur la prévention des feux, mais malheureusement, le feu n'a pas attendu le lancement de la campagne. Dans ces périodes de très grosses chaleurs, on peut malheureusement avoir des convergences, c'est-à-dire à la fois des fragilités pour les personnes les plus vulnérables, qui sont plus âgées, qui sont dans les villages, mais parfois aussi les personnes qui sont en ville et isolées. J'appelle à ce que chacun soit vigilant, aussi à l'égard de son voisin. Je sais qu'ici, cette vigilance est sans doute encore plus vivace qu'elle peut l'être sur d'autres territoires, et c'est une richesse. »
 

Au-delà des risques naturels, la préfète a également insisté sur la protection des publics les plus vulnérables. Interrogée sur les violences intrafamiliales, elle a notamment rappelé l'importance du travail de prévention. « Dans le cadre des violences intrafamiliales, parfois, il n'y a pas de plainte, pour de multiples raisons. Faire ce travail de prévention est donc un sujet qui m'est évidemment cher. Il y a des hébergements qui sont mis en place pour pouvoir assurer ce premier refuge, et il faut aussi que la parole soit ouverte. L'école peut être un lieu de recueil de la parole, il faut qu'on soit vigilants, on sait qu'il y a des petits moments, et il ne faut surtout pas les rater, où on peut avoir des signaux, et c'est le rôle de l'État de les entendre. Et puis, ça passe par la répression pour que chaque situation ait une réponse, et c’est un travail partenarial qu'on doit faire avec la justice et le procureur de la République. »
 

Enfin, la préfète a également évoqué les enjeux liés à l'urbanisme, qu'elle considère comme un levier essentiel pour accompagner le développement du territoire. « On a tous un objectif ensemble à tenir, c’est celui de permettre la transition écologique et environnementale dans les meilleures conditions possibles afin de faire de cette île une île durable. Ça passe aussi par tout le travail qui est fait sur l'urbanisme, de manière à avoir un développement qui soit le plus harmonieux et le plus respectueux possible. J’ai eu l'occasion, depuis mon arrivée, d’emprunter les routes du département, et c’est un sujet important. Quand on parle d'urbanisme, on parle évidemment d'abord du pouvoir des élus, parce que je le rappelle, les permis de construire sont dans la main des élus. La première marche, elle est là. C'est pour ça qu'il faut qu'on soit solide et que l'État soit solide aux côtés des élus. »