Nanette Maupertuis : « La première stratégie européenne pour les îles est une avancée politique importante »

Written on 08/01/2026
Nicole Mari

La Commission européenne vient de publier la toute première stratégie européenne pour les îles. C’est une grande satisfaction pour la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, qui, avec le Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, mène ce combat depuis une décennie. La stratégie reprend plusieurs propositions portées de longue date par la Corse pour la prise en compte des handicaps de l’insularité dans les politiques européennes.

« La première stratégie européenne pour les îles est désormais une réalité. La publication de cette stratégie par la Commission européenne constitue une avancée politique importante. Pour la première fois, l'Union européenne se dote d'un cadre stratégique spécifiquement consacré aux territoires insulaires et reconnaît que les îles sont confrontées à des contraintes permanentes qui nécessitent une attention particulière dans les politiques européennes ». C’est avec une grande satisfaction que la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, voit l’aboutissement d’un combat qu’elle mène depuis 2016 au sein du Comité européen des régions et en coopération avec l’ex-président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, à la tête de la Commission des îles de la Conférence des Régions périphériques et maritimes (CRPM) qui regroupe une vingtaine d’îles européennes. « Cette publication s’inscrit dans la continuité des démarches engagées depuis plusieurs décennies par la Corse et ses représentants afin de faire reconnaître les spécificités des territoires insulaires au sein de l’Union européenne. Pour le mouvement national corse, l'ouverture européenne n'a jamais été contradictoire avec la défense des intérêts de la Corse. Bien au contraire, l'Europe a toujours été envisagée comme un espace permettant aux peuples, aux territoires et aux îles de faire entendre leur voix et de rechercher une prise en compte de leur singularité », ajoute-t-elle. Avant de préciser : « Si l’insularité bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance dans les traités européens, notamment à travers l’article 174 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, sa traduction concrète dans les politiques européennes demeure encore largement insuffisante. C’est précisément pour combler cet écart entre la reconnaissance de principe et sa mise en œuvre effective que la Corse continue de porter ce combat au niveau européen en particulier à travers cette stratégie des îles ».
 
Une action intensive

Nanette Maupertuis a contribué activement à l’élaboration de cette stratégie à travers plusieurs actions pour la prise en compte des spécificités insulaires. Elle a notamment été rapporteur de deux avis sur l’insularité au Comité des Régions : un premier avis concernant « l’entrepreneuriat dans les îles : contribuer à la cohésion territoriale », adopté en mai 2017et un second avis visant à « Renforcer le soutien apporté par la politique de cohésion aux régions souffrant de handicaps géographiques et démographiques », adopté en décembre 2022. Dans ses deux avis, la présidente de l’Assemblée de Corse a plaidé pour « une meilleure prise en compte des surcoûts liés à l'insularité, la mise en place d'une clause d'insularité dans les politiques européennes, l'adaptation des règles en matière d'aides d'État, la création d'une stratégie européenne dédiée aux îles ainsi qu'un soutien renforcé aux transports, à l'énergie et à l'innovation dans les territoires insulaires ». Elle a également relancé l’intergroupe des îles au sein du Comité européen des régions, réunissant l’ensemble des membres représentant les îles, et a fait voter plusieurs amendements, notamment l’ajout d’un considérant reconnaissant les spécificités des territoires insulaires dans le règlement du futur cadre financier pluriannuel 2028-2034. Depuis 2025, en tant que présidente de la Commission des Îles, elle a porté plusieurs travaux relatifs à une meilleure prise en compte des îles, notamment sur les aides d’État, la contribution à la consultation de la Commission européenne pour l’élaboration de la stratégie des îles, ainsi que sur les ETS (Emissions Trading System – Système européen d’échange de quotas d’émission). Les ETS sont un mécanisme européen de tarification du carbone imposant à certains secteurs économiques, notamment le transport aérien et maritime, d’acquérir des quotas correspondant à leurs émissions de gaz à effet de serre. « L'objectif est d'inciter à la réduction des émissions en intégrant progressivement le coût du carbone dans les activités concernées », indique-t-elle.
 
L’espoir d’un changement

La présidente de l’Assemblée de Corse a aussi rencontré à plusieurs reprises et dernièrement lors d’une réunion bilatérale, le Vice-Président de la Commission européenne en charge de la cohésion et des réformes et rapporteur de cette stratégie des îles, Rafaelle Fitto, afin, explique-t-elle, de « porter la voix de la Corse et des îles européennes et demander que la stratégie des îles constitue une véritable opportunité pour les territoires insulaires, à travers l’établissement d’une clause d’insularité transversale, la mise en place de politiques européennes adaptées aux contraintes structurelles des îles, la garantie d’une prise en considération effective des territoires insulaires dans le futur cadre financier pluriannuel post 2027, ainsi que la possibilité pour les citoyens et les entreprises insulaires de bénéficier d’une dérogation relative aux ETS ». Pour rappel, l’Union Européenne compte près de 20 millions de citoyens insulaires. La présidente Maupertuis salue « plusieurs orientations positives du texte, parmi lesquelles le renforcement de la prise en compte des îles dans les évaluations d'impact de la Commission européenne, le soutien à la transition énergétique des territoires insulaires, la reconnaissance du rôle essentiel de la coopération territoriale européenne et des programmes Interreg, ainsi que le développement d'un dialogue plus régulier entre les institutions européennes et les territoires insulaires. Ces orientations rejoignent plusieurs propositions portées de longue date par la Corse ». Si, estime-t-elle, cette stratégie ouvre des perspectives intéressantes, elle devra néanmoins être traduite dans les futurs textes législatifs, les politiques sectorielles et le prochain cadre financier pluriannuel de l'Union européenne « afin de produire des effets concrets pour les citoyens, les entreprises et les collectivités insulaires. Il appartient désormais à la Commission européenne, mais également aux États membres, de transformer cette reconnaissance politique en mesures opérationnelles permettant de garantir une véritable équité territoriale pour les îles européennes ».

Si une étape importante vient d’être franchie, le combat, affirme Nanette Maupertuis, continue. Elle entend poursuivre son engagement aux côtés des autres territoires insulaires européens « afin que cette stratégie marque le début d'un changement réel dans la manière dont l'Union européenne conçoit et met en œuvre ses politiques à l'égard des îles. La poursuite des objectifs de compétitivité et de performance ne doit pas conduire à traiter de la même manière tous les territoires, mais à tenir compte des réalités de chacun». Et de conclure : « Nous continuons de penser que l'ouverture à l'Europe est essentielle pour l'avenir de notre île ».