L’Assemblea di a Giuventù plaide pour un durcissement de la lutte institutionnelle

Written on 06/04/2026
Manon Perelli

Réunis ce lundi à Ajaccio lors d’une session extraordinaire intitulée « A Corsica vers l’émancipation ? », les jeunes conseillers de l’Assemblea di a Giuventù ont débattu de l’avenir institutionnel de la Corse. À l’issue des échanges, ils ont adopté à l’unanimité une motion appelant les élus corses à engager un nouveau rapport de force avec l’État pour ouvrir « une voie de paix, de démocratie et de liberté ».

(Photo : Archives Michel Luccioni)

Ils veulent profier de la voie institutionnelle qui leur est offerte pour faire entendre leur détermination à obtenir une solution politique permettant d’ouvrir une voie de paix, de démocratie et de liberté. À la demande d’une majorité de conseillers qui souhaitaient s’exprimer sur l’avenir de la Corse, mais également sur la séquence politique actuelle, ce lundi, une session extraordinaire de l’Assemblea di a Giuventù intitulée « A Corsica vers à l’emancipazione ? » a été organisée à Ajaccio.  « Le constat largement partagé est que la Corse fait face à de nombreuses lignes rouges de la part de l’État et que le combat pour une solution politique pour la Corse est loin d’être terminée », explique en effet Samir Becherigui, président du groupe Voce Naziunale à l’Assemblea di a Giuventù.
 
Dans ce droit fil, en ouverture de la session, la présidente de l'Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, a replacé les discussions dans le contexte de la séquence institutionnelle actuelle. « Le moment politique que nous vivons est extraordinaire. C'est un moment dans l'histoire de ce peuple où le débat n'est plus seulement théorique », a-t-elle déclaré devant les jeunes conseillers. Reconnaissant l'impatience d'une génération confrontée aux difficultés d'accès au logement, au recul de la langue corse ou encore au sentiment d'un éloignement des centres de décision, elle a néanmoins appelé à conjuguer ambition et construction politique. « Un peuple s'émancipe lorsqu'il parvient à transformer une aspiration historique en institutions solides, en droits durables, en pouvoir réel », a-t-elle insisté, estimant que l'éventuelle inscription d'un statut d'autonomie dans la Constitution constituerait « une bifurcation historique ». 
 
Afin d’affirmer leur position, au terme des débats, les conseillers ont adopté à l'unanimité une motion intitulée « Lotta istituzionale ». Un texte qui appelle les élus corses à « ouvrir une nouvelle étape de la lutte institutionnelle » afin de parvenir à une solution politique durable. « Lors de l'arrivée des nationalistes au pouvoir il y a dix ans, nous pensions que le chemin vers l'autodétermination était tracé. Mais nous nous sommes heurtés au mur d'une République une et indivisible », a déclaré Samir Becherigui lors de la présentation de la motion. Selon lui, les différentes séquences politiques de ces dernières années ont montré les limites du dialogue engagé avec l'État. « Ce qui a manqué, c'est une lutte institutionnelle forte, claire et organisée », a-t-il estimé.
 
Le texte adopté propose plusieurs axes d'action. Parmi eux figurent l'internationalisation de la question corse, la mise en œuvre de dispositifs favorisant l'accès au logement pour les Corses et la corsisation des emplois, mais également l'ouverture d'un rapport de force avec l'État autour de la question de l'autodétermination.
 
La motion demande notamment à l'Assemblée de Corse de revendiquer la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires ainsi que de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Elle appelle également à l'organisation d'un événement diplomatique réunissant représentants d'États, de nations sans État et organisations internationales afin de porter la question corse sur la scène internationale.
 
Les jeunes conseillers réclament par ailleurs l'inscription dans la Constitution française d'un référendum d'autodétermination pour les Corses et fixent l'horizon de 2036 pour l'organisation d'une telle consultation. Le texte évoque également la mise en place d'un corps électoral spécifique, la généralisation de la coofficialité de la langue corse au sein de l'administration de la Collectivité de Corse ou encore la mise en œuvre du statut de résident.
 
Enfin, la motion affirme la nécessité d'une amnistie pour les personnes condamnées ou poursuivies pour des faits liés au conflit politique corse et invite les institutions de l'île à engager « toutes les dispositions nécessaires » à un rapport de force avec l'État.
 
« Nous proposons d'user de tous les moyens institutionnels à notre disposition, quitte à entrer dans la désobéissance civile », a résumé Samir Becherigui, tout en précisant que cette motion constituait avant tout « une base de travail » et qu'elle n'avait « pas vocation à interrompre la séquence en cours ».