Football. « On ne doit pas oublier d’où vient le club » : Louis Poggi défend le projet du GFC Ajaccio

Written on 05/26/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Une semaine après la fin du championnat de National 3, le président du GFCA Football, Louis Poggi, revient longuement sur une saison contrastée. Leader surprise à la trêve après une première partie de saison très aboutie, le Gazélec a ensuite traversé une seconde moitié d’exercice beaucoup plus compliquée avant d’assurer son maintien dans les dernières journées. Entre reconstruction sportive, structuration du club, importance de la formation et ambitions futures, le dirigeant ajaccien assume le chemin emprunté par le GFCA.

Quel regard portez-vous sur cette saison du GFCA en National 3 ?
C’est une saison en deux parties, clairement. Une très bonne première partie avec beaucoup de réussite, mais surtout avec du contenu, une équipe qui jouait bien au football, qui dégageait quelque chose. Et puis une deuxième partie beaucoup plus compliquée, où on a traversé une période difficile sportivement. Maintenant, au bout du compte, j’ai surtout envie de retenir le positif. Il ne faut pas oublier d’où vient le club. Il y a encore deux ans et demi, le Gazélec était dans une situation très compliquée. Aujourd’hui, on est revenus au niveau national, on a maintenu l’équipe première, les U17 Nationaux et les U19 Nationaux. Donc oui, la deuxième partie laisse un goût amer, mais l’objectif principal était le maintien et il est atteint.

Comment expliquez vous cette cassure entre les deux parties de saison ? À la trêve, le GFCA jouait quasiment les premiers rôles…
On cherche toujours des explications dans le football. Peut-être qu’il y a eu un relâchement inconscient après la très bonne première partie. Peut-être aussi que les adversaires nous attendaient davantage. Mais honnêtement, je pense qu’il faut regarder le tableau dans son ensemble. Aujourd’hui, le club est encore dans une phase de reconstruction. On ne peut pas faire comme si tout était stabilisé depuis dix ans. On reconstruit pierre après pierre. Alors forcément, il y a des hauts et des bas. Les joueurs eux-mêmes s’étaient pris au jeu après la première partie et voulaient regarder plus haut. C’est normal. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Cette saison doit servir d’apprentissage.
 
Le maintien des U17 et U19 était également une priorité…
C’est fondamental. Le maintien des U17 et des U19 Nationaux est extrêmement important pour le club. Ce travail ne date pas d’aujourd’hui. Moi, je n’ai fait que reprendre un flambeau avec énormément de personnes autour de moi. Quand je parle du club, je parle toujours d’un collectif : dirigeants, éducateurs, bénévoles, salariés… il y a énormément de travail fait dans l’ombre. L’idée, c’est d’amener le plus possible de jeunes du club vers l’équipe première. Moi, j’ai eu cette chance-là grâce au Gazélec. Aujourd’hui, si on peut offrir ce même parcours à des jeunes Corses, alors on aura réussi quelque chose.
 

« On devra être encore plus tournés vers les joueurs insulaires »

Est-ce que vous souhaitez aller encore plus loin dans cette politique de formation ?
Oui, forcément. Aujourd’hui, la réalité économique est ce qu’elle est. Recruter devient très compliqué pour tous les clubs. On ne va pas se cacher : l’argent compte énormément dans le football moderne, et nous, nous n’avons pas des moyens illimités. Donc notre force doit venir de notre identité et de notre formation. On devra peut-être prendre encore plus de risques, recruter moins et miser davantage sur des profils insulaires. Mais c’est aussi ça, l’ADN du Gazélec. Et contrairement à ce que certains disent, cette année il y avait déjà beaucoup de Corses dans l’équipe. Souvent cinq ou six titulaires, plus plusieurs joueurs sur le banc. Ce n’est pas anodin. 
 
Concernant la saison prochaine, pouvez-vous confirmer la situation du staff ?
Oui. Erwan Huet sera l’entraîneur de l’équipe première la saison prochaine. Il ne faut pas oublier le travail effectué depuis son arrivée, notamment la saison passée. Autour de lui, il y aura probablement quelques ajustements dans le staff, mais on ne va pas tout révolutionner. Encore une fois, il faut regarder le travail de fond qui est réalisé au club et pas uniquement les résultats de l’équipe fanion sur quatre mois. 

Au niveau de l’effectif, faut-il s’attendre à beaucoup de changements ?
Il y aura du mouvement, c’est certain. Après une deuxième partie comme celle-là, c’est obligatoire de réfléchir et d’apporter quelques corrections. Mais attention, on ne va pas tout chambouler non plus. Même pendant cette période difficile, j’ai toujours senti un groupe uni, des garçons investis, une équipe qui n’a jamais lâché mentalement. Ce qu’on veut construire, c’est une équipe qui ressemble au Gazélec : des soldats, des combattants, des joueurs avec un état d’esprit irréprochable. 

Vous annoncez également l’arrivée ou plutôt le retour de Jérôme Lemoigne dans l’organigramme…
Oui. Jérôme nous rejoint pour apporter une structuration supplémentaire au club. On peut parler de directeur sportif, directeur général… peu importe le titre exact. L’idée, c’est surtout d’éclaircir les rôles de chacun. Le président doit avoir une vision globale, mais il ne peut pas être partout. Il faut que chacun reste à sa place. Quand on parlera football, il y aura désormais une personne clairement identifiée pour ça. Et puis Jérôme connaît parfaitement le Gazélec. Avant tout, c’est un ami. Il a connu la Ligue 1 ici, il a déjà exercé certaines fonctions au club, il connaît l’environnement et l’identité du GFCA. 
 

« Le budget ne fera jamais tout au Gazélec »

Le championnat change d’appellation et devient National 2. Avec quelles ambitions le GFCA abordera-t-il cette saison ?
Déjà, on va rester sur des bases financières similaires, autour de 780 000 euros. La conjoncture est compliquée pour tout le monde : sponsors, collectivités, partenaires… donc il faut être lucides. Mais le Gazélec n’a jamais eu besoin d’être le plus gros budget pour faire de grandes choses. Quand j’étais joueur ici, on a réussi de très belles saisons sans avoir les moyens des autres. Aujourd’hui, notre ambition reste d’avancer étape par étape. Continuer à structurer le club, stabiliser le niveau national et faire progresser nos jeunes . 

Un mot enfin sur le stade Ange-Casanova et les coûts importants liés à son entretien…
C’est un sujet important. D’un côté, être propriétaire de sa structure est une vraie force pour un club comme le nôtre. Mais de l’autre, cela représente énormément de dépenses. Aujourd’hui, on travaille sur plusieurs solutions pour assurer la pérennité du club et de ses infrastructures. Rien n’est simple, mais on avance.