Après près de deux décennies à la tête de l'association des maires de Haute-Corse, Ange-Pierre Vivoni passe la main

Written on 05/19/2026
Manon Perelli

Après 19 ans passés à la tête de l’association des maires de Haute-Corse, Ange-Pierre Vivoni s’apprête à passer la main au maire de Ghisoni, Don-Marc Albertini, seul candidat en lice. Alors que son successeur sera élu ce mercredi à Borgo, le maire de Sisco revient sur près de deux décennies marquées par les crises, les mutations des territoires et les difficultés croissantes des collectivités

Après 19 ans à la tête de l’association des maires de Haute-Corse, dans quel état d’esprit quittez-vous cette présidence ?
Je suis dans un très bon état d’esprit déjà parce que Don-Marc Albertini, qui va me succéder puisqu’il y a une seule liste en course, est un homme de consensus et de dialogue, et je suis convaincu qu’il sera dans la même ligne que celle que nous avons suivie Anne-Marie Natali, moi et tout le reste du conseil d’administration. Pour ma part, je me serais représenté s’il n’y avait pas eu d’autres listes concurrentes. Mais puisqu’il y avait un autre candidat, nous avons discuté et nous n’avons pas mis plus d’une demi-heure pour nous mettre d’accord et faire une seule liste. C’est une liste d’union parce qu’on ne peut pas diviser l’association des maires. C’est une association œcuménique, avec des maires de droite, de gauche, du centre, mais aussi sans étiquette, qui parlent d’une seule voix. Ce n’est pas une tribune politique, c’est une association à disposition pour aider les maires quand ils rencontrent des problèmes. Et Dieu sait que les communes et les maires rencontrent beaucoup de problèmes actuellement.
 
Justement, quand vous regardez ces dernières années, quelle a été selon vous la plus grande difficulté pour les maires de Haute-Corse ?
Je ne vous cache pas qu’en 2020 les débuts de la mandature ont été très très compliqués avec le Covid. Mais globalement cela a aussi été une mandature très complexe. Il y a eu un changement radical des populations
et puis, il y a aussi eu une baisse des dotations et des subventions. Aujourd’hui, il faut se battre pour obtenir des budgets car il manque de l’argent partout. Nous sommes donc obligés de faire attention à ce que nous faisons, car si les temps sont durs pour les collectivités, ils le sont aussi pour les contribuables. Beaucoup de nos compatriotes ont du mal à joindre les deux bouts avec les loyers qui sont de plus en plus chers et le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter. Tout cela nous emmène dans un mur. Il faut que l’on réfléchisse à tout cela et que dans les années à venir on change notre manière de vivre, parce que si nous avons connu les vaches grasses jusqu’à il y a quelque temps, maintenant nous sommes en période de vaches plus que maigres.
 
Vous avez toujours défendu les petites communes rurales. Est-ce que vous avez parfois eu le sentiment qu’elles étaient oubliées par l’État ?
Oui, et je continuerai à les défendre au poste où je serai. Mais quand on parle du rural, il faut aussi parler du littoral, parce qu’il ne faut surtout pas dresser les communes rurales contre les communes littorales, et vice-versa. Que vous soyez maire d'une grande ville ou du plus petit village de Corse, vous avez les mêmes responsabilités. Bien évidemment, les chiffres ne sont pas les mêmes, mais les problèmes sont les mêmes. La différence c’est que le maire d'une grande ville a tout un staff autour de lui, alors que le maire de la petite commune, est le cantonnier, l'avocat, le juge, le secrétaire, … il est tout !  Dans cette nouvelle mandature, je suis de plus convaincu qu'il y aura de gros changements dans les collectivités. Il va falloir reprendre la fiscalité parce qu’elle a besoin d'être revue. Et on ne pourra pas s'en sortir sans remettre tout à plat et repartir, sur de meilleures bases.
 
Qu’est-ce qui a le plus changé dans le rôle d’un maire aujourd’hui ? On entend souvent parler d’un « ras le bol administratif ». Est-ce qu’on en demande trop aux élus locaux aujourd’hui ?
Le rôle administratif n’est pas celui qui fait le plus peur aux maires. Il faut que les jeunes élus apprennent ces rouages, c’est évident. Mais par contre, ce qui est plus problématique, ce sont les pressions qui montent de plus en plus, la violence et l’intimidation des élus. Aujourd’hui, le maire est en première ligne. Il faut qu’il soit davantage soutenu au sens noble du terme. Car comme le curé est seul dans sa paroisse, le maire est souvent seul dans sa mairie. Par ailleurs, nous avons remarqué que les oppositions sont devenues de plus en plus virulentes, ce qui n’était pas le cas auparavant. Il y a toujours eu des oppositions, c’est la démocratie, mais c’est pour faire avancer les choses. Le rôle des oppositions n’est pas d’être contre tout systématiquement. Sinon, il est sûr que la commune ne peut pas avancer. Les problèmes d’une commune deviennent de plus en plus compliqués à résoudre. C’est pour cela que le maire d’aujourd’hui doit plutôt être un chef d’entreprise qui a pour objectif de contenter la majorité qu’un simple citoyen. Et il doit surtout expliquer aux gens les positions et les directions qu’il prend.
 
Est-ce que vous pensez que l’État comprend réellement les spécificités des communes corses ?
Maintenant, je vais reprendre un peu de liberté, parce que quand on est président des maires, on est obligé, même si on n'est pas d'accord, d’être conforme à la volonté du conseil d'administration et à la volonté des maires, parce qu’on représente tout le monde. Même si vous n'êtes pas tout à fait d'accord avec leurs propositions, vous êtes obligé de vous inscrire dans la majorité des maires, ce qu'ils souhaitent, et faire passer leur volonté et non la vôtre. La Corse est une île qui est isolée en Méditerranée. Pour moi il est indispensable qu'on travaille avec le continent français, mais aussi avec le continent italien, et surtout avec les autres îles. Quoi qu'on dise et quoi qu'on pense, les îliens ne sont pas des continentaux et pensent tous de la même façon. 
 
Quel bilan tirez-vous de ce mandat et quel conseil donneriez-vous au maire de Ghisoni qui va vous succéder ? 
Je n'ai pas de conseil à donner parce que les conseillers ne sont jamais les payeurs. Et puis chacun a sa manière de gérer une situation. Pour ma part, je ne suis ni satisfait, ni mécontent de ce que j’ai fait. Je dirais que si j'ai fait du mieux que j'ai pu, j'aurais pu certainement mieux faire. Mais, je me dis souvent, que j'aurais pu faire encore moins que ce que je n'ai fait. Il y a des choses qui n'ont pas été vraiment des réussites, par exemple, les territoires des communautés de communes pour lesquels je me suis battu. Et je pense que, si je n’en ai pas satisfait beaucoup, je n’ai pas non plus été, je pense, un carcan pour d'autres. J’ai toujours voulu servir et construire des ponts et jamais faire des murs.