Que célèbre-t-on le jour de l'Ascension ?

Written on 05/13/2026
MP

Quarante jours après Pâques, les chrétiens célèbrent l’Ascension, une fête majeure du calendrier liturgique souvent réduite aujourd’hui à un simple jour férié. Pourtant, derrière ce jeudi chômé se cache un profond message d’espérance. En Corse, cette célébration continue aussi de faire vivre de nombreuses traditions populaires transmises de génération en génération.

(Photo : Paule Santoni)

C’est une fête majeure du calendrier chrétien. Pourtant, aujourd’hui, l’Ascension est bien souvent réduite à un simple jour férié et son sens est quant à lui ignoré par de nombreuses personnes. « La fête de l'Ascension a lieu 40 jours après Pâques. Le Christ s'élève vers le ciel, il retourne au cœur du Père, et il reste présent parmi nous par la force de l'Esprit-Saint », rappelle Abbé Frédéric Constant, vicaire général de l’Église de Corse. Pour les Chrétiens, cette montée du Christ vers le ciel marque l’accomplissement du mystère de l’Incarnation. « Dieu nous donne son Fils, et son Fils porte toute l’humanité dans le cœur du Père pour que nous puissions accomplir sa volonté d’amour », résume-t-il.
 
Dans le calendrier liturgique, l’Ascension s’inscrit ainsi entre Pâques et la Pentecôte. « Pâques, c'est le jour de la résurrection, l'Ascension, c'est l'élévation du Christ au Ciel, et la Pentecôte, c'est l'effusion de l'Esprit que Jésus a promis à ses apôtres et que toute l'Église reçoit pour être fortifiée et surtout guidée sur cette terre pour témoigner de sa foi », explique l’abbé Frédéric Constant. Un cheminement spirituel qui symbolise à la fois la victoire du Christ sur la mort et la naissance de l’Église guidée par l’Esprit. Dans ce droit fil, au-delà de sa portée religieuse, l’Ascension reste avant tout « la fête de l’espérance ». « On regarde le Ciel différemment, et non pas comme la fin de tout. Quand on perd un être cher, on est ébranlé, on souffre, on se pose beaucoup de questions. L’Ascension est là pour nous rappeler la victoire du Christ sur la mort sur la haine et sur le doute, cette victoire qui nous fait entrer dans le mystère de la vie éternelle »souligne le vicaire général.
 
Dans une société de plus en plus sécularisée, cette fête tend pourtant à perdre peu à peu son sens spirituel. « Beaucoup la vivent aujourd’hui comme un simple jour férié, au même titre que le 1er mai ou le 8 mai », observe-t-il en reprenant : « Mais le fait que ce soit un jour chômé veut dire que cette fête a une importance : c'est la conviction que nos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu et cette Élévation du Christ a eu lieu pour nous entraîner avec lui vers le Père. Comme le Christ le dit dans l'Évangile de Saint Jean, « Je pars, je vous prépare une place, je reviendrai vous prendre avec moi et là où je serai, vous aussi vous serez avec moi ».
 
En Corse, toutefois, plusieurs traditions populaires liées à l’Ascension continuent de perdurer dans certaines familles. Parmi les plus connues figure celle de « l’œuf de l’Ascension ». Récolté le jour même, il est conservé toute l’année dans la maison comme un symbole de vie. Selon la croyance populaire, il protégerait le foyer des maladies, des incendies ou encore de la foudre. En cas d’orage, certains le placent encore près d’une fenêtre pour éloigner le danger.
 
Autre rite transmis de génération en génération, « l’arba di l’Ascensione », une petite plante appelée sedum étoilé, cueillie avant le lever du soleil. Suspendue tête en bas dans la maison, elle est censée se redresser puis fleurir à la Saint-Jean. Une floraison perçue comme un signe favorable pour l’année à venir.
 
Autrefois, l’Ascension s’accompagnait aussi d’un profond respect du caractère sacré de cette journée. On évitait de travailler, les fenêtres restaient parfois closes et les repas se faisaient plus sobres. Un ancien proverbe corse résume d’ailleurs cette tradition : « U ghjornu di l’Ascensione, mancu l’acellu ùn esce di u nidu ».
 
« Ces rites existent encoreet même si beaucoup ne les respectent plus, on continue de les transmettre de génération en génération », constate l’abbé Frédéric Constant. « Ils montrent combien, en Corse, la foi chrétienne et la culture populaire restent étroitement liées », glisse-t-il encore. 

Que célèbre-t-on le jour de l'Ascension ?

L''arba di l'Ascinzioni, photographiée dans les environs de Portivechju (Chantal Portaz-Biancarelli-(@ Chantal Portaz Photographie)