Ponte-Novu : le 8 mai, la Corse se souvient de la bataille qui scella son destin

Written on 05/06/2026
Matteo Lanfranchi

Vendredi 8 mai, l'association Ricordu di Ponte-Novu organise la commémoration annuelle de la bataille du 8 mai 1769, qui mit fin à l'indépendance de la Corse. Une journée de mémoire et de recueillement, ouverte à tous les Corses, qui rassemble chaque année plus de 1 000 personnes autour du pont historique.

La journée débute en début d'après-midi par une conférence de Pierre-François Marchiani, intitulée "Trà catolicità è storia : Ponte Novu, pelèrinagiu Corsu". Entièrement en langue corse, elle ouvrira les festivités commémoratives.
À 17 heures, une procession s'élancera depuis le pont, avec les membres de l'association I Naziunali habillés en soldats de Paoli, canons, confréries et prêtres. Le cortège monte ra jusqu'à la stèle de la Grande Guerre pour y déposer des fleurs, avant de redescendre pour la messe en plein air, elle aussi célébrée en langue corse.
Le moment le plus fort de la journée arrivera à la fin de la messe : les chanteurs monteront sur le pont "historique" pour entonner le Libera me, pendant que des enfants jetteront des fleurs dans le Golu. Une salve sera tirée en l'air pour clore le recueillement. À 19 heures, un comptoir sera ouvert avec un veau à la broche pour accueillir les participants venus de toute l'île.

De 50 personnes à plus de 1 000

Tumasgiu Marchetti a repris l'association il y a plus de 17 ans, alors qu'il n'avait que 18 ans et que la commémoration était en sommeil. "On devait être entre 50 et 60 personnes au départ", se souvient-il. Avec des étudiants mobilisés via les syndicats universitaires et quelques irréductibles, il a remis l'événement sur pied. Aujourd'hui, la messe et la procession rassemblent plus de 1 000 personnes venues de toute la Corse, certaines faisant parfois plus de deux heures de route depuis Bonifacio ou Ajaccio. L'organisation a dû évoluer en conséquence. "Au départ, on faisait la merendella avec les étudiants sous le pont. Mais quand vous avez mille personnes sous le pont, c'est presque dangereux." Les barbecues improvisés ont laissé place à un comptoir plus structuré, toujours au prix coûtant. "On n'est pas là pour faire de l'argent, c'est pour que les gens puissent avoir quelque chose à manger et repartir."

Un devoir de mémoire qui dépasse la politique

Pour Tumasgiu Marchetti , l'évolution la plus significative n'est pas dans les chiffres mais dans les mentalités. "Au début, on avait cette étiquette de c'est les nationalistes qui le font, c'est leur truc à eux. Alors que maintenant, quand je discute avec les gens, il n'y a plus de politique au milieu. C'est vraiment un devoir de mémoire collectif, c'est pour tout le monde." Un changement de regard qu'il juge "très prometteur" et qui témoigne d'une prise de conscience progressive autour de cet événement marquant de l'histoire corse.

"Vous êtes exactement sur la terre où quelqu'un est mort"

Pourquoi commémorer sur les lieux mêmes de la bataille plutôt que dans une église ou une salle ? La réponse de Tumasgiu Marchetti est simple et frappante. "Quand vous êtes au pied du pont, vous avez ce pont cassé en face de vous. Vous êtes exactement sur la terre que quelqu'un a vu mourir, quelqu'un est mort sous vos pieds. Ça vous fait quelque chose." Une dimension que ne pourrait jamais offrir une cérémonie délocalisée, et qui explique pourquoi, 257 ans après, les Corses continuent de faire le déplacement jusqu'à Ponte-Novu.