Gilles Giovannangeli élu à la tête de l’exécutif corse, entre continuité et nouveaux équilibres

Written on 05/04/2026
Jeanne Soury

Réunis ce matin à l’Assemblée de Corse, les élus territoriaux ont procédé à l’élection du nouveau président du Conseil exécutif. Sans surprise, Gilles Giovannangeli s’impose avec 34 voix face à Jean-Martin Mondoloni qui en recueille 15, dans une séance marquée par des hommages, des prises de parole fortes et les premières orientations du nouvel exécutif.

Gilles Giovannangeli élu à la tête de l’exécutif corse, entre continuité et nouveaux équilibres

(Photos : Paule Santoni)

La séance s’est ouverte ce matin à l’Assemblée de Corse par une minute de silence en hommage au drame de Furiani, imposant d’emblée un temps suspendu avant l’engagement des débats. À l’ordre du jour : l’élection du président du Conseil exécutif et de son équipe de dix membres, selon un scrutin de liste, paritaire et à bulletin secret.

Avant le vote, la présidente de l’Assemblée, Marie-Antoinette Maupertuis, a tenu à rappeler le cadre : « Un président à élire avec dix membres qui composeront le Conseil exécutif (…) chacun passera à l’isoloir. » Une précision nécessaire, alors que quelques incompréhensions ont émergé dans l’hémicycle sur les modalités pratiques. « C’est pour garantir le secret du vote », a-t-elle insisté.

Deux candidatures étaient en lice. Sans surprise, le groupe majoritaire Fà Populu Inseme a présenté Gilles Giovannangeli à la présidence, reconduisant les 10 membres du conseil exécutif déjà en place sous Gilles Simeoni. De son côté, Jean-Martin Mondoloni à la tête du groupe U Soffiu Novu portait une candidature concurrente, tandis que le groupe Core in Fronte, lui, a fait le choix de ne pas entrer dans la compétition. 

Le résultat ne laissait guère de place au suspense. Gilles Giovannangeli l’emporte avec 34 voix contre 15 pour Jean-Martin Mondoloni, sur 49 suffrages exprimés. Treize bulletins blancs et nuls complètent le décompte, parmi lesquels ceux des élus de Core in Fronte.

Au-delà de la victoire, ce score traduit un soutien légèrement supérieur à celui de la majorité initiale, signe d’un élargissement, certes mesuré, mais politiquement significatif.

Une opposition qui assume son rôle, sans fermer la porte

Face au nouveau président, Jean-Martin Mondoloni a revendiqué une candidature « naturelle » pour son groupe : « Présenter une liste pour montrer que l’on est le groupe d’opposition, c’était naturel pour nous. » Mais au moment de reconnaître sa défaite, le ton s’est voulu à la fois exigeant et responsable. « Nous vous souhaitons plein de réussite. Ce n’est pas une option dans le poste que vous occupez, c’est une obligation. » Avant d’ajouter une formule qui résume l’état d’esprit de l’opposition : « Si vous réussissez, la Corse va réussir. »

Lucide sur le poids de la succession, il a également mis en garde : « Vous ne pourrez réussir que si vous êtes en rupture totale. » Une rupture qu’il dit néanmoins possible, au regard de la personnalité du nouvel élu, qu’il décrit comme « un homme pragmatique », non sans glisser une note d’humour : « Je me réjouis qu’un cycliste prenne pour la première fois la présidence de l’exécutif. »

Core in Fronte entre réserve et volonté d’influer

En choisissant le vote blanc, le groupe Core in Fronte a marqué une position intermédiaire. Son président, Paul-Félix Benedetti, a salué l’élection tout en traçant une ligne politique claire : « Nous avons voté blanc, mais avec l’espoir de voir aboutir un projet politique (…) et des débats apaisés et courtois. »

Refusant toute posture d’opposition systématique, il a précisé : « Ce ne sera pas de la défiance, ce sera de l’accompagnement. » Une manière d’annoncer une vigilance active, notamment sur le fonctionnement démocratique de l’Assemblée : « Je voudrais que l’on donne un peu plus de place au parlementarisme. »

Au-delà des clivages, la séquence est perçue comme un moment politique à part. Jean-Christophe Angelini parle d’« un jour à sanctuariser », soulignant la singularité de l’instant. Avant d’ajouter, avec une pointe de lucidité : « Profitez-en bien, ça ne durera pas ! »

À l’approche d’échéances importantes, notamment autour de la question institutionnelle, il a formulé un souhait : « Que ce pays puisse enfin embrasser l’espoir. » Dans le même esprit, plusieurs élus, à l'instar de Romain Colonna, ont salué l’héritage de la mandature précédente, incarnée par Gilles Simeoni, dont l’empreinte politique plane sur cette succession.

« Les circonstances politiques me conduisent là » : Giovannangeli prend la mesure de sa fonction

Au moment de s’exprimer pour la première fois en tant que président, Gilles Giovannangeli a choisi la sobriété et la lucidité. « Les circonstances politiques me conduisent là », a-t-il d’abord posé, avant de rendre hommage à son prédécesseur : « Je parlerai de l’homme, non du bilan. »

Conscient de la singularité de son accession au pouvoir, il a reconnu : « Je n’ai pas été choisi par le vote des Corses mais bien par Gilles Simeoni ». Une franchise qui n’élude pas pour autant son ancrage personnel, forgé par « plus de 40 ans d’engagement militant » et une conviction forte : « les solutions concrètes se construisent par le bas. »

Très attendu sur le fond, le nouveau président a rapidement esquissé les axes de son action. Il a annoncé vouloir engager un vaste plan de rénovation des collèges et lycées, en mobilisant à la fois les financements du PTIC et ceux de la Banque européenne d’investissement. Il a également insisté sur la nécessité d’améliorer durablement les infrastructures routières, évoquant la mobilité comme « une nécessité et une obligation » pour le territoire. Mais c’est sur la question du logement qu’il s’est montré le plus direct, en la plaçant « au cœur de notre responsabilité », face à la spéculation et aux difficultés rencontrées par les habitants pour se loger durablement sur l’île.

 L’autonomie comme horizon politique

Au-delà de ces chantiers concrets, Gilles Giovannangeli s’inscrit clairement dans la continuité du processus engagé sur l’autonomie. « Ce dossier (…) a été porté avec brio par Gilles Simeoni », a-t-il rappelé, précisant que ce dernier continuerait à y contribuer au sein de l’exécutif.

Déterminé, il assume une ambition politique forte : « Nous allons pouvoir enfin jouer le match. » Avec un objectif affiché : convaincre au niveau national que l’autonomie constitue « une solution pour régler un conflit politique vieux de plus de 60 ans » et, au-delà, un levier pour répondre aux attentes concrètes des Corses.
 
Porté par une majorité consolidée, Gilles Giovannangeli entame son mandat dans un équilibre subtil entre continuité politique et affirmation personnelle. « On ne se perd jamais lorsque l’on reste fidèle à ses idéaux », lui a glissé Jean-Martin Mondoloni.

Reste désormais à transformer l’essai. Entre attentes du quotidien, réformes structurelles et échéances nationales, le nouveau président ouvre une séquence politique où chaque décision sera scrutée. La Corse entre, ce matin, dans une nouvelle étape de son histoire institutionnelle.

Composition du nouveau Conseil exécutif de Corse, issu de la liste Fà Populu Inseme :

  • Gilles Giovannangeli 
  • Jean-Félix Acquaviva
  • Guy Armanet
  • Angèle Bastiani
  • Vannina Chiarelli-Luzi
  • Bianca Fazi
  • Lauda Guidicelli-Sbraggia
  • Dominique Livrelli
  • Julien Paolini
  • Anne-Laure Santucci
  • Gilles Simeoni