À l’occasion du 50e anniversaire de la création du FLNC, Corse Net Infos donne la parole à plusieurs grands témoins de cette période qui a profondément marqué l’histoire contemporaine de l’île. Photographe de presse le jour, militant clandestin la nuit, Jo Peraldi a traversé près de vingt-sept années dans la clandestinité, un parcours exceptionnel au sein de l’organisation. Pour CNI, il revient sur les origines de son engagement, la naissance du FLNC, ses années de clandestinité et le combat qu’il dit avoir mené pour l’avenir de la Corse.
Loin de la Corse, vous êtes né et avez grandi en Algérie. Après avoir passé quelques vacances sur l’île, vous y rentrez définitivement et vous y installez en 1963. Qu’est ce qui va alors déterminer votre engagement ?
Mes parents sont rentrés en 1962, suite à l’indépendance. Pour ma part, je suis resté en Algérie jusqu’à fin avril 1963, car j’ai continué à travailler en tant que militaire pour les services spéciaux. Lorsque j’arrive en Corse, je suis à mille lieux de penser que quelques années après je vais retrouver le terrain d’un combat. En juin 1963, je commence à travailler au Provençal-Corse, et comme tout débutant je fais des reportages pour la locale. C’est comme cela que je commence à tourner dans toute la Corse. Je vois alors l’état de paupérisation catastrophique de l’intérieur et je suis choqué. Et au fur et à mesure de mes reportages je découvre qu’il n’y a pas de route, pas de téléphone, pas d’électricité, pas de tout à l’égout, pas d’eau au robinet… Par rapport à ce que j’avais connu en Algérie, c’était la république bananière, la misère la plus totale. C’était scandaleux. Et puis, au fur et à mesure, je me suis aussi rendu compte de la manière dont fonctionnaient nos élus : ils étaient responsables de la situation de la Corse qui vivait sans état de droit et dans une absence de tout développement économique. C’étaient l’assistanat, le clientélisme, la fraude électorale, le service rendu qui régnaient. Si un élu donnait un emploi à une personne, il fallait ensuite que sa famille vote pour lui à vie. Et les gens ne se rendaient pas compte de cela. C’est là où je décide de m’attaquer au système des élus qui nous faisaient vivre sous leur joug. Je m’en prends également à ceux qui les protégeaient, c’est-à-dire le plus haut niveau de l’État. C’est ainsi qu’en 1963, nous avons commencé avec Jean-Pierre Susini à créer Ghjustizia Paolina.
On assiste alors aux débuts de la lutte clandestine en Corse. Comment ce mouvement prend-il forme à l’époque ?
Quelques groupuscules avaient déjà fait quelques attentats, notamment en 1964 lors de la répartition des terres, de ces lots de la Plaine Orientale qui étaient destinés à de jeunes agriculteurs corses et qui ont été donnés aux rapatriés d’Algérie. Quand on voit cela, on se dit que ce n’est plus supportable que les Corses soient considérés comme un sous-peuple. Jean-Pierre Susini crée Ghjustizia Paolina et c’est tout de suite très costaud. Pour ma part, je suis régionaliste à l’époque et je suis recruté sur Ajaccio, mais il y a des représentants partout en Corse. Et nous faisons des attentats très durs. Par exemple, contre les avions école de la BAN - des avions de chasse qui se posaient sur les portes-avions – qui étaient stationnés à Campo dell’Oro, du côté de l’aéroclub. Et un soir, à deux, nous sommes allés faire des repérages. Le lendemain, malgré les miradors et les chiens, les six avions avaient le nez par terre.
Qu’est ce qui décide la création du FLNC le 5 mai 1976 ?
Ghjustizia Paolina ne pouvait pas perdurer. C’était vraiment une structure militaire avec des attentats très durs. Donc on a voulu être plus léger, faire sauter des bâtiments, créer des dégâts importants, mais empêcher les blessés et les morts. Et le 5 mai 1976, à l’initiative de Nanou Battestini et de Jean-Pierre Susini, nous avons créé le FLNC. L’organisation est mise sur pied par des personnes de sensibilités différentes. Nous savions que chacun retrouverait ses sensibilités politiques dans le cadre d'élections à venir, mais d'abord il fallait gagner, il fallait que le destin de la Corse soit géré par nous. Mais il ne s'agissait pas d'une lutte de libération nationale, comme certains ont pu le dire, parce qu'une lutte de libération nationale impose des actions fortes, des assassinats, des embuscades contre les forces répressives, … Cela n'a pas été le cas. Avec le FLNC, il s'agissait plus d'actions de harcèlement, en faisant plus de dégâts matériels et en évitant les blessés, surtout les morts, afin que Paris entende enfin nos revendications. Nous n'avons jamais milité pour l'indépendance. Nous étions dans une lutte de harcèlement pour l'obtention de la maitrise de notre destin dans le cadre de la République et d’une reconnaissance de souveraineté dans le cadre européen. C'est tout.
Mes parents sont rentrés en 1962, suite à l’indépendance. Pour ma part, je suis resté en Algérie jusqu’à fin avril 1963, car j’ai continué à travailler en tant que militaire pour les services spéciaux. Lorsque j’arrive en Corse, je suis à mille lieux de penser que quelques années après je vais retrouver le terrain d’un combat. En juin 1963, je commence à travailler au Provençal-Corse, et comme tout débutant je fais des reportages pour la locale. C’est comme cela que je commence à tourner dans toute la Corse. Je vois alors l’état de paupérisation catastrophique de l’intérieur et je suis choqué. Et au fur et à mesure de mes reportages je découvre qu’il n’y a pas de route, pas de téléphone, pas d’électricité, pas de tout à l’égout, pas d’eau au robinet… Par rapport à ce que j’avais connu en Algérie, c’était la république bananière, la misère la plus totale. C’était scandaleux. Et puis, au fur et à mesure, je me suis aussi rendu compte de la manière dont fonctionnaient nos élus : ils étaient responsables de la situation de la Corse qui vivait sans état de droit et dans une absence de tout développement économique. C’étaient l’assistanat, le clientélisme, la fraude électorale, le service rendu qui régnaient. Si un élu donnait un emploi à une personne, il fallait ensuite que sa famille vote pour lui à vie. Et les gens ne se rendaient pas compte de cela. C’est là où je décide de m’attaquer au système des élus qui nous faisaient vivre sous leur joug. Je m’en prends également à ceux qui les protégeaient, c’est-à-dire le plus haut niveau de l’État. C’est ainsi qu’en 1963, nous avons commencé avec Jean-Pierre Susini à créer Ghjustizia Paolina.
On assiste alors aux débuts de la lutte clandestine en Corse. Comment ce mouvement prend-il forme à l’époque ?
Quelques groupuscules avaient déjà fait quelques attentats, notamment en 1964 lors de la répartition des terres, de ces lots de la Plaine Orientale qui étaient destinés à de jeunes agriculteurs corses et qui ont été donnés aux rapatriés d’Algérie. Quand on voit cela, on se dit que ce n’est plus supportable que les Corses soient considérés comme un sous-peuple. Jean-Pierre Susini crée Ghjustizia Paolina et c’est tout de suite très costaud. Pour ma part, je suis régionaliste à l’époque et je suis recruté sur Ajaccio, mais il y a des représentants partout en Corse. Et nous faisons des attentats très durs. Par exemple, contre les avions école de la BAN - des avions de chasse qui se posaient sur les portes-avions – qui étaient stationnés à Campo dell’Oro, du côté de l’aéroclub. Et un soir, à deux, nous sommes allés faire des repérages. Le lendemain, malgré les miradors et les chiens, les six avions avaient le nez par terre.
Qu’est ce qui décide la création du FLNC le 5 mai 1976 ?
Ghjustizia Paolina ne pouvait pas perdurer. C’était vraiment une structure militaire avec des attentats très durs. Donc on a voulu être plus léger, faire sauter des bâtiments, créer des dégâts importants, mais empêcher les blessés et les morts. Et le 5 mai 1976, à l’initiative de Nanou Battestini et de Jean-Pierre Susini, nous avons créé le FLNC. L’organisation est mise sur pied par des personnes de sensibilités différentes. Nous savions que chacun retrouverait ses sensibilités politiques dans le cadre d'élections à venir, mais d'abord il fallait gagner, il fallait que le destin de la Corse soit géré par nous. Mais il ne s'agissait pas d'une lutte de libération nationale, comme certains ont pu le dire, parce qu'une lutte de libération nationale impose des actions fortes, des assassinats, des embuscades contre les forces répressives, … Cela n'a pas été le cas. Avec le FLNC, il s'agissait plus d'actions de harcèlement, en faisant plus de dégâts matériels et en évitant les blessés, surtout les morts, afin que Paris entende enfin nos revendications. Nous n'avons jamais milité pour l'indépendance. Nous étions dans une lutte de harcèlement pour l'obtention de la maitrise de notre destin dans le cadre de la République et d’une reconnaissance de souveraineté dans le cadre européen. C'est tout.
Cette montée en puissance de la lutte clandestine finit-elle par provoquer une réaction de l’État ?
Cela a été compliqué. Malgré tout ce qu'on a fait, l’État n’entendait pas nos revendications. On nous répondait que la population corse avait élu les personnes qui dirigeaient. Or, ils maîtrisaient le système de père en fils, depuis l'arrière-arrière-grand-père, en se faisant réélire comme si une descendance dynastique leur donnait le droit d'être élus automatiquement. C'est quand même grave. Et nos anciens étaient tellement formatés à ce système qu'ils ne s'en rendaient plus compte. Il a fallu que nous arrivions pour faire bouger les choses. Nous avions un point commun avec Jean-Pierre Susini, Alain Orsoni, Dumè Bianchi, c’est que nous sommes tous nés en terre coloniale et que nous nous sommes aperçus que la Corse était traitée comme une république bananière, que nous étions un sous-peuple qui n’avait même pas le droit de parler sa propre langue. Tout cela alors que la Corse a été indépendante pendant 15 ans, et que Pasquale Paoli avait doté l’île d’une Constitution qui a même inspiré celle des États-Unis. Nous avons donc décidé de réagir.
Comment recrutiez-vous ces hommes prêts à s’engager dans la clandestinité pour défendre l'avenir de la Corse ?
La condition sine qua non, c’était avant tout, l'idéologie, la volonté de défendre la Corse, le peuple corse, notre culture et tout le reste. Non pas dans le cadre de l'indépendance, mais dans celui d’une autonomie de plein exercice qui nous donne des possibilités énormes d'avancer dans l'économie, dans la maîtrise de la culture, dans tout ce que l'on veut. On ne recrutait pas quelqu’un parce qu’il savait manier une arme ou parce qu’il avait un tempérament violent : il fallait qu’il ait la conviction de défendre la Corse et les fondamentaux qui étaient les nôtres. Ensuite, il fallait aussi des qualités humaines : le travail, la maîtrise de soi, la capacité à prendre des risques. À notre époque, l’engagement était total. Nous étions prêts à sacrifier notre vie personnelle, notre liberté, parfois même notre avenir, pour défendre ce que nous pensions être juste. Il y avait une discipline, une discrétion et une capacité au silence qui seraient très difficiles à retrouver aujourd’hui.
Cela a été compliqué. Malgré tout ce qu'on a fait, l’État n’entendait pas nos revendications. On nous répondait que la population corse avait élu les personnes qui dirigeaient. Or, ils maîtrisaient le système de père en fils, depuis l'arrière-arrière-grand-père, en se faisant réélire comme si une descendance dynastique leur donnait le droit d'être élus automatiquement. C'est quand même grave. Et nos anciens étaient tellement formatés à ce système qu'ils ne s'en rendaient plus compte. Il a fallu que nous arrivions pour faire bouger les choses. Nous avions un point commun avec Jean-Pierre Susini, Alain Orsoni, Dumè Bianchi, c’est que nous sommes tous nés en terre coloniale et que nous nous sommes aperçus que la Corse était traitée comme une république bananière, que nous étions un sous-peuple qui n’avait même pas le droit de parler sa propre langue. Tout cela alors que la Corse a été indépendante pendant 15 ans, et que Pasquale Paoli avait doté l’île d’une Constitution qui a même inspiré celle des États-Unis. Nous avons donc décidé de réagir.
Comment recrutiez-vous ces hommes prêts à s’engager dans la clandestinité pour défendre l'avenir de la Corse ?
La condition sine qua non, c’était avant tout, l'idéologie, la volonté de défendre la Corse, le peuple corse, notre culture et tout le reste. Non pas dans le cadre de l'indépendance, mais dans celui d’une autonomie de plein exercice qui nous donne des possibilités énormes d'avancer dans l'économie, dans la maîtrise de la culture, dans tout ce que l'on veut. On ne recrutait pas quelqu’un parce qu’il savait manier une arme ou parce qu’il avait un tempérament violent : il fallait qu’il ait la conviction de défendre la Corse et les fondamentaux qui étaient les nôtres. Ensuite, il fallait aussi des qualités humaines : le travail, la maîtrise de soi, la capacité à prendre des risques. À notre époque, l’engagement était total. Nous étions prêts à sacrifier notre vie personnelle, notre liberté, parfois même notre avenir, pour défendre ce que nous pensions être juste. Il y avait une discipline, une discrétion et une capacité au silence qui seraient très difficiles à retrouver aujourd’hui.
Vous avez eu un parcours assez inédit au sein du FLNC. Journaliste le jour, vous étiez l’un des piliers de l’organisation la nuit. Comment parveniez-vous à concilier ces deux vies ?
J’apparaissais simplement comme un journaliste qui faisait son métier. Et je l’ai toujours fait à 100 %. Je n’ai jamais privilégié mes sentiments. Ensuite, tout le reste était tellement cloisonné, tellement caché, que cette vie de militant n’apparaissait jamais. Pour l’anecdote, quand nous avons créé le FLNC en 1976, Pierre Poggioli était déjà le chef militaire. Mais je ne me suis découvert à lui qu’en 1980. J’étais d’une telle discrétion que je ne voulais surtout pas me brûler que seules quelques personnes était au courant de mon engagement. Et j’opérerais toujours dans le cadre du cloisonnement : sous la cagoule, sans jamais que l’on entende ma voix ni que l’on voie mon visage.
Les compétences acquises dans les services spéciaux en Algérie vous ont-elles servi dans la clandestinité ?
Oui, énormément. Sur le fonctionnement, la discrétion, l’analyse, le sang-froid aussi. Je ne me suis jamais énervé dans ma vie. Je suis toujours resté calme. Cette qualité m’a servi en permanence. Chaque fois qu’il y avait quelque chose de grave contre nous, je n’ai jamais réagi sur un coup de tête, dans les dix minutes ou dans les vingt-quatre heures. Je réfléchissais avant. Par exemple, après les annonces de Lionel Jospin, en septembre 1999, j’avais trois possibilités d’action. Deux étaient énormes. Je ne les ai pas retenues, non pas parce qu’elles étaient impossibles à mener sur le plan opérationnel, mais parce que les retombées politiques auraient été catastrophiques. Je les ai donc éliminées et j’ai travaillé sur des attentats inspirés des méthodes irlandaises. C’est comme cela que nous avons décidé de faire les attentats contre la DDE et l’URSSAF qui ont eu leur effet. Tout cela était calculé. Lors de l’affaire de l’assassinat de Guy Orsoni, avec son frère Alain, nous avons également considéré que le FLNC était limité par son organisation en secteurs et qu’il fallait créer une unité spécialisée. On a fait notre GIGN à nous. Et je vous garantis qu’il était aussi efficace que celui que tout le monde connaît.
Le cloisonnement a-t-il été la clef de la longévité du FLNC ?
Oui, en grande partie. Ce qui a fait la longévité du FLNC, c’est justement ce système de cloisonnement où les militants étaient répartis par régions et connaissaient très peu d’identités. Quand on me présentait quelqu’un pour l’introniser, il venait avec deux parrains, qui étaient déjà des responsables. Le militant était placé en face de moi, à une dizaine de mètres. Lorsqu’il posait une question, je répondais discrètement à l’oreille de l’un des parrains, qui lui retransmettait ensuite mes paroles. Moi, je ne parlais jamais à haute voix et il ne voyait jamais mon visage.
Cinquante ans après la création du FLNC, quel bilan tirez-vous aujourd’hui de ce combat ?
Je pense que l’action du FLNC a porté ses fruits. La preuve, c’est qu’en 2015, nous prenons le pouvoir. Mais il semblerait que l’espoir né à ce moment-là n’ait pas été à la hauteur des attentes. Les élus que nous avons mis en place n’ont pas répondu à notre espérance. Aujourd’hui, il existe une déception profonde, non seulement chez les nationalistes, mais chez les Corses en général. Donc, pour moi, il y a aussi une part d’échec. Maintenant, il reste à savoir si, dans les prochains mois, l’autonomie de plein exercice sera accordée à la Corse, comme cela est prévu dans le processus engagé à l’Assemblée nationale. Si cela aboutit, alors nous aurons la satisfaction d’avoir combattu pour quelque chose de juste.
Malgré cette déception, gardez-vous encore espoir dans l’avenir politique de la Corse ?
Nous n’avons rien abandonné. Nous n’oublions rien. Nous sommes même encore capables d’avoir des réactions — non pas clandestines aujourd’hui, mais politiques — qui peuvent marquer la société corse et le monde nationaliste. Le combat, lui, n’est pas terminé.
J’apparaissais simplement comme un journaliste qui faisait son métier. Et je l’ai toujours fait à 100 %. Je n’ai jamais privilégié mes sentiments. Ensuite, tout le reste était tellement cloisonné, tellement caché, que cette vie de militant n’apparaissait jamais. Pour l’anecdote, quand nous avons créé le FLNC en 1976, Pierre Poggioli était déjà le chef militaire. Mais je ne me suis découvert à lui qu’en 1980. J’étais d’une telle discrétion que je ne voulais surtout pas me brûler que seules quelques personnes était au courant de mon engagement. Et j’opérerais toujours dans le cadre du cloisonnement : sous la cagoule, sans jamais que l’on entende ma voix ni que l’on voie mon visage.
Les compétences acquises dans les services spéciaux en Algérie vous ont-elles servi dans la clandestinité ?
Oui, énormément. Sur le fonctionnement, la discrétion, l’analyse, le sang-froid aussi. Je ne me suis jamais énervé dans ma vie. Je suis toujours resté calme. Cette qualité m’a servi en permanence. Chaque fois qu’il y avait quelque chose de grave contre nous, je n’ai jamais réagi sur un coup de tête, dans les dix minutes ou dans les vingt-quatre heures. Je réfléchissais avant. Par exemple, après les annonces de Lionel Jospin, en septembre 1999, j’avais trois possibilités d’action. Deux étaient énormes. Je ne les ai pas retenues, non pas parce qu’elles étaient impossibles à mener sur le plan opérationnel, mais parce que les retombées politiques auraient été catastrophiques. Je les ai donc éliminées et j’ai travaillé sur des attentats inspirés des méthodes irlandaises. C’est comme cela que nous avons décidé de faire les attentats contre la DDE et l’URSSAF qui ont eu leur effet. Tout cela était calculé. Lors de l’affaire de l’assassinat de Guy Orsoni, avec son frère Alain, nous avons également considéré que le FLNC était limité par son organisation en secteurs et qu’il fallait créer une unité spécialisée. On a fait notre GIGN à nous. Et je vous garantis qu’il était aussi efficace que celui que tout le monde connaît.
Le cloisonnement a-t-il été la clef de la longévité du FLNC ?
Oui, en grande partie. Ce qui a fait la longévité du FLNC, c’est justement ce système de cloisonnement où les militants étaient répartis par régions et connaissaient très peu d’identités. Quand on me présentait quelqu’un pour l’introniser, il venait avec deux parrains, qui étaient déjà des responsables. Le militant était placé en face de moi, à une dizaine de mètres. Lorsqu’il posait une question, je répondais discrètement à l’oreille de l’un des parrains, qui lui retransmettait ensuite mes paroles. Moi, je ne parlais jamais à haute voix et il ne voyait jamais mon visage.
Cinquante ans après la création du FLNC, quel bilan tirez-vous aujourd’hui de ce combat ?
Je pense que l’action du FLNC a porté ses fruits. La preuve, c’est qu’en 2015, nous prenons le pouvoir. Mais il semblerait que l’espoir né à ce moment-là n’ait pas été à la hauteur des attentes. Les élus que nous avons mis en place n’ont pas répondu à notre espérance. Aujourd’hui, il existe une déception profonde, non seulement chez les nationalistes, mais chez les Corses en général. Donc, pour moi, il y a aussi une part d’échec. Maintenant, il reste à savoir si, dans les prochains mois, l’autonomie de plein exercice sera accordée à la Corse, comme cela est prévu dans le processus engagé à l’Assemblée nationale. Si cela aboutit, alors nous aurons la satisfaction d’avoir combattu pour quelque chose de juste.
Malgré cette déception, gardez-vous encore espoir dans l’avenir politique de la Corse ?
Nous n’avons rien abandonné. Nous n’oublions rien. Nous sommes même encore capables d’avoir des réactions — non pas clandestines aujourd’hui, mais politiques — qui peuvent marquer la société corse et le monde nationaliste. Le combat, lui, n’est pas terminé.
Prochain article : IV - 50 ans de la création du FLNC – Antoine Battestini : « On pensait qu’on arriverait, un jour ou l’autre, à faire céder la France »



