Corsica Linea renforce la desserte de la Balagne avec un navire modernisé, le Capu di Muru

Written on 04/21/2026
Maria-Serena Volpei-Aliotti

À L’Île-Rousse, l’arrivée du Capu di Muru marque un tournant pour la desserte maritime de la Balagne. En reprenant et modernisant l’ex-Kalliste de La Méridionale, Corsica Linea affiche clairement son ambition, améliorer la qualité de service tout en consolidant un maillage territorial essentiel à l’économie insulaire.

C’est dans une ambiance à la fois institutionnelle et conviviale que Corsica Linea a officiellement présenté son nouveau navire, le Capu di Muru, désormais affecté à la ligne L’Île-Rousse–Marseille. Autour de Pascal Trojani, président de la compagnie, et de Pierre-Antoine Villanova, directeur général, de nombreux invités avaient répondu présents. Elus locaux, représentants de la CCI, partenaires économiques et fournisseurs, témoignant de l’ancrage territorial fort de la compagnie.
« C’est une fierté de voir ici autant d’acteurs locaux, explique Vincent Horsigne, chargé de mission auprès de la direction générale. Cela montre que Corsica Linea ne se limite pas à quelques pôles, mais fait vivre l’ensemble des territoires corses, notamment à travers un réseau d’entreprises et de partenaires implantés localement». Une présence qui illustre une stratégie assumée, celle de structurer une activité économique durable, bien au-delà des seuls flux touristiques.
 
Un saut qualitatif pour la Balagne
Acquis in extremis alors qu’il était promis à la démolition, le navire construit en 1993 en Finlande et longtemps exploité sous le nom de Kalliste, entame une nouvelle vie sous pavillon Corsica Linea. « On s’est dit qu’un tel bateau ne pouvait pas disparaître. C’était un pari », confie Pierre-Antoine Villanova. Un pari relevé en un temps record, à peine un mois et demi pour remettre le navire aux normes, le sécuriser et l’adapter aux standards de la compagnie.
Le résultat, une montée en gamme nette par rapport au Monte d’Oro, qu’il remplace. « Même s’il n’a que quelques années de moins, on est sur une génération différente. Il tient mieux la mer, offre plus de confort et toutes les cabines disposent désormais de sanitaires », précise le directeur général. Un gain de qualité qui pourrait avoir un impact direct sur la fréquentation. « Certains passagers évitaient la Balagne à cause du bateau. Demain, on pense au contraire attirer davantage de flux ici».
 
Confort, fret et performance opérationnelle
Sur le plan technique, le Capu di Muru conserve une capacité passagers comparable à son prédécesseur, mais se distingue par un atout majeur, une capacité de fret nettement supérieure. « Le garage est plus vaste, les opérations commerciales seront plus fluides », souligne le commandant Aurélien Maillard.
Mais c’est surtout l’expérience à bord qui évolue. « On offre désormais le même standard que sur les autres navires de la flotte. Le confort, la qualité d’accueil, le Wi-Fi, la restauration, tout a été remis à niveau en quelques semaines », explique-t-il. Un chantier d’envergure mené à Marseille avec les équipes techniques et les sous-traitants de la réparation navale.
 
Un service public au cœur des enjeux
Au-delà du confort, l’enjeu reste stratégique. La ligne de L’Île-Rousse s’inscrit dans le cadre de la délégation de service public (DSP), essentielle pour assurer la continuité territoriale. « Sans la DSP, il n’y aurait pas de desserte en hiver. C’est vital pour l’économie corse », rappelle Pascal Trojani.
Le président insiste également sur le rôle crucial du port de L’Île-Rousse, seul en Corse à pouvoir accueillir certaines marchandises dangereuses. « Ce n’est pas une question de volume, c’est une question vitale. L’oxygène des hôpitaux passe par ici. Peu de gens le savent, mais c’est essentiel pour toute la population». 
Dans ce contexte, l’arrivée d’un navire plus performant prend tout son sens. « Plus de capacité, plus de fiabilité, c’est aussi plus de sécurité pour l’approvisionnement de l’île », ajoute-t-il.
 
Une ambition affirmée pour les territoires
Dix ans après la reprise de la SNCM, Corsica Linea poursuit sa croissance, passant de six à dix navires. Mais pour Pascal Trojani, la véritable réussite est ailleurs. « Ma plus grande fierté, c’est le sourire des collaborateurs. Cela veut dire que l’entreprise fonctionne. »
Et l’ambition reste claire, ne pas délaisser les ports dits secondaires. « Une année, ce n’est pas deux mois d’été. Il faut une activité toute l’année, équilibrée, au service des territoires », insiste-t-il.
Avec le Capu di Muru, la Balagne s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Une montée en gamme assumée, qui pourrait bien rebattre les cartes de l’attractivité maritime de la région.