À A Stazzona, à Pioggiola, la jeunesse corse et allemande a fait tomber les frontières le temps d’une semaine de création artistique. Portée par l’association Emma Laboratoire culturel, cette rencontre interculturelle autour des arts du cirque s’est conclue par une restitution publique où l’engagement environnemental s’est mêlé à l’émotion.
Sur la scène de A Stazzona, la restitution finale a donné à voir le fruit de cette immersion collective. « On va assister à une création collective en arts du cirque, née d’une semaine de rencontres entre des jeunes corses et des jeunes allemands. C’est une rencontre interculturelle autour d’une pratique artistique commune », explique Elsa Comelli, directrice de l’association.
Car derrière le spectacle, c’est tout un projet structuré qui se dessine. Depuis une dizaine d’années, Emma Laboratoire culturel agit comme point info de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) en Corse. « On est vraiment moteur sur des échanges franco-allemands, scolaires et extrascolaires. Cette rencontre est née d’un réseau construit avec l’OFAJ, et d’un partenariat créé il y a deux ans lors d’une rencontre culturelle. L’an dernier, nous étions en Allemagne. Cette année, c’est le match retour », poursuit-elle.
Une immersion artistique et linguistique
Durant la semaine, les jeunes ont exploré l’ensemble des disciplines circassiennes. Clown, acrobatie au sol et aérienne, équilibres sur objets, fil, boule, jonglerie. « On est sur une pratique artistique très riche. Les jeunes découvrent tout en début de semaine, puis choisissent un atelier. Certains sont déjà pratiquants, d’autres débutants », détaille Elsa Comelli.
Mais l’expérience ne s’est pas limitée à la technique. Des temps d’animation linguistique ont rythmé le séjour, mêlant corse, français, allemand, ukrainien et même russe. « On a parfois travaillé avec cinq langues différentes. Mais il y a aussi la langue du cirque, qui est universelle et qui permet de se comprendre immédiatement », souligne-t-elle.
L’environnement au cœur de la création
Cette année, le projet s’est construit autour d’une thématique forte, la protection de l’environnement, et en particulier des espaces naturels fragiles. Une journée de sensibilisation sur le littoral de Lumio, en partenariat avec l’association Mare Vivu, a permis aux jeunes de réfléchir aux pollutions plastiques et à la préservation des milieux marins.
« Dans le spectacle, on retrouve beaucoup cette thématique de l’eau, de la mer et de la protection de l’environnement », précise la directrice.
Une rencontre humaine avant tout
Au-delà de la performance artistique, c’est bien la dimension humaine qui marque les esprits. « Ils se retrouvent autour d’une passion commune, les arts du cirque. Et très vite, les liens se créent », observe Elsa Comelli.
Côté allemand, l’expérience a également été marquante. « C’est la première fois que nous venons en Corse, et c’est une expérience exceptionnelle. Le projet s’est très bien passé, la semaine a été extrêmement positive », confie un encadrant de l’école de cirque de Garbsen.
Sur le plan pédagogique, les échanges ont été particulièrement enrichissants. « Nos jeunes sont très axés sur la technique. Ici, ils ont découvert une approche plus théâtrale, avec un travail sur la direction d’acteurs qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir en Allemagne».
Mais c’est surtout le vivre-ensemble qui marque les esprits. « Les temps informels sont essentiels. C’est là que les liens se tissent vraiment. Et puis découvrir la Corse, entre mer et montagne, a été une richesse incroyable pour eux».
Une dynamique appelée à durer
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’un partenariat déjà engagé. « Les jeunes se connaissent désormais, le lien est créé. On va continuer à nourrir cette relation et organiser d’autres échanges », assure l’équipe allemande, issue de l’association TTA (Traumtänzer Artistik), dont le nom signifie « rêveurs, danseurs, artistes ».
Une mobilisation collective
Si le projet a pu voir le jour, c’est aussi grâce à un fort engagement local. « Il y a eu une vraie solidarité du territoire. La communauté de communes, le club de rugby pour les minibus, l’Aria qui nous a accueillis, les familles, les bénévoles… Un projet comme celui-ci est complexe, et sans ce soutien, il n’existerait pas », insiste Elsa Comelli, qui tient à remercier l’ensemble des partenaires.
Soutenu financièrement par l’OFAJ, ce projet illustre pleinement ce que peuvent produire les échanges interculturels, une ouverture, une conscience, et surtout des liens durables.
À Pioggiola, le temps d’une semaine, le cirque aura été bien plus qu’un art, un langage commun, au service d’une jeunesse engagée et tournée vers l’autre
