Deux semaines après les critiques de Jean-Michel Blanquer visant les écoles immersives Scola Corsa, 70 chefs d’entreprise insulaires montent au créneau. Dans un manifeste commun, ils défendent la langue corse comme un patrimoine vivant et soutiennent activement son enseignement immersif, présenté comme un levier essentiel de transmission, de cohésion sociale et d’ouverture.
Deux semaines après les propos de Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, accusant sur son compte X les écoles immersives Scola Corsa d’être des « ferments de séparatisme », avec « des élèves chargés de dénoncer celui d’entre eux qui parlerait français pendant la récréation », 70 chefs d’entreprise insulaires ont tenu à apporter publiquement leur soutien à la démarche Scola Corsa au travers d’un « manifeste d’entreprise pour le corse ». « On a tendance à penser que le monde économique est là pour faire du profit et que ça s'arrête là, alors que nous sommes aussi des acteurs sociaux avec une responsabilité sociétale, et c'est important de regarder comment elle tourne : c’est à ce titre que plusieurs chefs d'entreprise ont décidé de venir en soutien à Scola Corsa », explique Moune Poli de l’entreprise Mediaterra Consultants, l’une des signataires.
Dans le texte, les chefs d’entreprise indiquent notamment que « le corse fait partie du patrimoine culturel mondial ». « Héritage culturel, intellectuel et social, forgé au fil des siècles, la langue corse est profondément enracinée dans notre territoire. Elle reflète des valeurs, elle façonne nos liens sociaux, nos façons de penser, d’apprendre, de travailler, de vivre ensemble. Elle permet l’inclusion et la cohésion sociale. Elle est moteur de société. Le corse est un bien commun. Ce n’est pas un sujet politique mais une affaire de sens, de transmission, d’avenir », peut-on lire dans les premières lignes du manifeste.
Ils appuient également leur démarche en expliquant que « le corse fait partie des langues menacées de disparition dans le monde » et que « sa disparition serait une perte irréversible de mémoire collective, de savoirs oraux, de diversité ». En réponse directe aux propos de l’ancien ministre, ils soulignent aussi que « la pratique du corse n’entre pas en concurrence avec le rayonnement du français » et qu’« a contrario, elle renforce l’ouverture d’esprit et le dialogue des cultures ». « Le plurilinguisme est un atout : il favorise la créativité, la flexibilité intellectuelle et la performance collective », expriment-ils dans leur texte.
Les chefs d’entreprise se disent surtout « très conscients que la langue est un vecteur culturel, une manière de penser, de voir le monde et d'échanger ». « Les différents chefs d'entreprise sont attachés à la langue corse mais sont aussi conscients qu'elle disparaît et que le bilinguisme tel qu'il est pratiqué dans les écoles, donne des enfants qui comprennent le corse et qui peuvent le parler un peu, mais ne sont pas des locuteurs actifs. L'immersion, c'est le seul moyen, et pas seulement pour le corse, mais pour n'importe quelle langue, vraiment efficace et qui permet de penser dans la langue, et pas seulement de se l'approprier en tant que matière, comme on apprendrait les langues à l'école », poursuit Moune Poli.
En apportant, à travers ce manifeste, leur « soutien moral, matériel et financier à l’enseignement immersif porté par Scola Corsa », ils indiquent que « cette démarche est structurante pour notre société » et qu’« elle prépare une génération ouverte, enracinée, plurilingue et confiante ». Les chefs d'entreprise appellent également « l’ensemble des entreprises, institutions et citoyens à rejoindre cet engagement, au nom d’une Corse qui fait coexister tradition, innovation et humanisme ».
